Un long métrage documentaire consacré à Ibrahim Abu Al Yakdhan a été présenté en avant-première ce samedi à Alger. Intitulé «Cheikh de la presse algérienne... Ibrahim Abu Al Yakdhan», ce travail retrace le parcours d'un homme engagé, à la fois journaliste, poète et acteur important du mouvement réformiste en Algérie durant la période coloniale française. Réalisé par Sofiane Heffar et produit par la Fondation Cheikh Abu Al Yakdhan, le documentaire met en lumière une vie entièrement dédiée à l'éveil des consciences. Dès les années 1920, Abu Al Yakdhan s'investit dans une mission d'information et de sensibilisation, dans un contexte marqué par la domination coloniale. Par ses écrits, il s'attache à défendre les fondements culturels et identitaires du peuple algérien, tout en dénonçant les injustices de l'époque. Le film adopte une approche narrative mêlant reconstitutions et archives pour revisiter les moments clés de son itinéraire. Parmi les étapes marquantes évoquées figure son départ, encore jeune, vers la Tunisie afin de poursuivre ses études à la prestigieuse université de la Zeïtouna, puis à la Khaldounia. Ces expériences ont joué un rôle déterminant dans la formation de sa pensée et dans son engagement futur. Tout au long du documentaire, des chercheurs venus d'Algérie, de Tunisie et d'Oman apportent leurs analyses et éclairages, enrichissant la compréhension de son œuvre et de son influence. Des témoignages de membres de sa famille viennent également compléter ce portrait, en dévoilant des aspects plus personnels de sa vie et les circonstances qui l'ont conduit à s'impliquer dans l'action politique et intellectuelle. Sur une durée d'une heure, le film s'appuie sur une narration visuelle moderne, intégrant notamment des outils technologiques récents, pour rendre accessible l'héritage Abu Al Yakdhan. Il revient notamment sur la création de son premier journal, «Oued M'zab», lancé en 1926. Imprimé en Tunisie mais diffusé en Algérie, ce journal marque le début d'une activité journalistique intense. Quelques années plus tard, en 1931, il fonde l'Imprimerie arabe, consolidant ainsi son rôle dans le développement de la presse nationale. Parallèlement, il s'implique très tôt au sein de l'Association des oulémas musulmans algériens, dont il devient membre du conseil d'administration en 1934. Toutefois, ses initiatives se heurtent à l'hostilité de l'administration coloniale, qui multiplie les entraves à ses projets. À ces difficultés s'ajoutent des problèmes financiers, contribuant à la dégradation de sa santé et à une paralysie partielle. Né en 1888 à Guerrara, dans la région de Ghardaïa, Ibrahim Abu Al Yakdhan demeure une figure incontournable du mouvement réformiste algérien. Il s'est illustré par une production intellectuelle riche, comprenant plus de soixante ouvrages, entre livres, essais, articles, poèmes et mémoires. Parmi ses écrits les plus connus figurent «L'Algérie entre deux époques, exploitation et indépendance», «Supplément à la biographie de Cheikh Ech-Chamakhy» et «Sullam al-Istiqaama», une série pédagogique en jurisprudence. Décédé en 1973, il laisse derrière lui un héritage durable au service de la culture et de l'identité algériennes.