Parler de la Méditerranée, ce n'est jamais seulement évoquer une mer. C'est convoquer des histoires, des mémoires et des sensibilités multiples. C'est précisément ce qui a animé la 16e édition des rencontres euro-algériennes des écrivains, organisée récemment à l'Hôtel Legacy. L'événement a rassemblé des auteurs venus de différents horizons pour faire entendre des voix parfois éloignées, mais profondément liées par un même espace. À l'initiative de la Délégation de l'Union européenne en Algérie, avec le concours des services culturels de plusieurs pays membres, cette manifestation dépasse le simple cadre littéraire. Elle s'inscrit dans une démarche de rapprochement où l'échange culturel occupe une place centrale. Le thème choisi, « La Méditerranée au fil des mots », traduit cette volonté de repenser les liens entre les deux rives. Il fait également écho à des orientations plus récentes, notamment le pacte pour la Méditerranée lancé l'année précédente, qui souligne l'importance des relations humaines et culturelles dans la coopération entre l'Europe et ses partenaires du Sud. Une mer qui raconte bien plus qu'un territoire Au fil des discussions, la Méditerranée s'est imposée comme bien plus qu'un cadre géographique. Elle apparaît comme un espace de narration où se croisent les parcours et les héritages. Les écrivains invités ont exploré cette dimension à travers deux panels, mettant en lumière la richesse née de la diversité. Sept auteurs ont participé à ces échanges, mêlant expériences européennes et algériennes. Chacun a apporté sa vision, sa langue et son imaginaire, contribuant à construire une lecture plurielle de cet espace souvent réduit à ses divisions. Des regards croisés pour dépasser les fractures Les écrivains européens — Almudena Sánchez, Martin Šorm et Immanuel Mifsud — ont dialogué avec les Algériens Akram El Kebir, Alima Abdat, Meriem Guemache et Dalila Nadjem. Les débats, menés par la journaliste Nelia Salem, ont permis d'aborder des thématiques à la fois intimes et politiques. L'intervention de Diego Mellado, ambassadeur de l'Union européenne en Algérie, a donné le ton. Il a insisté sur la nécessité de considérer la Méditerranée comme un espace partagé plutôt que comme une frontière. Dans un contexte international tendu, il a rappelé que la culture demeure un moyen essentiel pour maintenir un dialogue authentique entre les peuples. La parole marquante d'Almudena Sánchez Parmi les interventions, celle de l'écrivaine espagnole Almudena Sánchez a particulièrement retenu l'attention. Elle a évoqué la manière dont la Méditerranée est perçue des deux côtés, mettant en lumière une dualité forte : celle d'un lieu à la fois fascinant et douloureux. En découvrant le regard algérien, elle a été frappée par cette coexistence entre beauté et tragédie. Selon elle, ces deux dimensions ne s'opposent pas, mais participent d'une même expérience partagée par les peuples méditerranéens. Elles constituent une forme de langage commun, nourri à la fois d'espoir et de mémoire. Une source d'inspiration pour la création L'écrivaine a également décrit la mer comme une présence ambivalente, capable d'attirer autant que de déstabiliser. Cette tension, loin d'être négative, devient un moteur pour l'écriture. Elle ouvre un espace où les émotions contradictoires peuvent s'exprimer et se transformer en matière littéraire. Elle a, par ailleurs, plaidé pour la multiplication de ce type de rencontres, estimant que la diversité des points de vue enrichit la compréhension de cet espace complexe. Des mots qui prolongent l'échange Au-delà des discussions, les participants ont partagé des extraits de leurs œuvres. Ces lectures ont permis au public d'entrer directement dans les univers des auteurs, révélant des styles variés et des sensibilités singulières. Un espace d'exposition a également été aménagé pour présenter les ouvrages des écrivains invités ainsi qu'une sélection de publications consacrées à la Méditerranée et aux cultures européennes. Cette dimension a offert une prolongation concrète aux échanges, en invitant à la découverte et à la réflexion. Dans un monde marqué par des lignes de fracture de plus en plus visibles, ces rencontres rappellent que la littérature peut encore jouer un rôle discret mais essentiel. Elle crée des passerelles, ouvre des perspectives et permet de penser autrement les relations entre les rives. Ici, les mots ne séparent pas : ils rapprochent et donnent forme à un horizon commun.