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Lettre ouverte à l'occasion de la fête de l'Indépendance: «Pour une réconciliation des mémoires et la restitution de notre dignité»
Publié dans Le Quotidien d'Oran le 06 - 07 - 2009

La réconciliation nationale, telle qu'elle a été initiée, nonobstant ses faiblesses, a été pour le peuple algérien une démarche qui, dans sa prospective, est acceptable. Elle a calmé bien des ardeurs et soulagé bien des douleurs. En l'espace de quelques années, ses effets n'ont pas seulement apaisé les esprits, freiné les élans néfastes, reconduit un tant soit peu sur rail certaines mesures d'urgence propres à la gestion des affaires de l'Etat. L'opulence dont s'est caractérisée l'économie nationale ces dernières années est, grâce à Dieu, en partie due à cette approche humanitaire qui mérite notre approbation et notre soutien.
Cependant, elle demeure insuffisante et inachevée pour être accomplie comme mission dont vous vous êtes assigné, tant les profondeurs occultes et les racines du mal induites des tumultes précédents, des rancoeurs et des rancunes historico-politiques, accidents d'un parcours naturel dans la constitution des nations, dont l'Algérie n'est sûrement pas exempte, ne doit pas servir d'alibi pour certains esprits malveillants pour perpétuer cette haine désabusée et continuer à profiter aux uns et en exclure les autres et consacrer l'inégalité au sein de cette société qui a tant souffert.
Vous n'avez pas besoin de museler, ou qu'on muselle à votre place, pour être reconnu en tant que tel. Vous avez tous les atouts et toutes les compétences nécessaires et suffisantes pour mener à bien la phase transitoire par laquelle se caractérise ce pays. Une phase qui n'a que trop duré, à mon sens. Et qui ne fait que profiter à bien des égards aux rapins et escrocs de tous bords. Nous sommes dans l'attente d'un renouement au sein d'une louable perspective entre les enfants de ce pays, d'hier et d'aujourd'hui. Les hommes que vous avez choisis au gouvernail ne sont pas tous aptes et dignes de vous représenter, et encore moins nous représenter. Il ne représentent qu'eux-mêmes, à défaut de trouver preneur dans la minorité des minorités de ce peuple. Vous n'avez qu'à tenter l'expérience et les soumettre aux suffrages universels directs pour vous convaincre de leur inexistence populaire. Pour la plupart, ils vivent en dehors de la plèbe, loin des néo-indigènes, ils se complaisent dans la rente et dans un esprit agrippé à El-Mahsoubia, le clientélisme, la rancune et bien d'autres maux qui gangrènent jour après jour cette noble nation, au million et demi de sacrifiés.
Certains d'entre eux sont mêmes partagés entre deux nations, porteurs d'une double identité, d'une double perspective, épris d'un double profit, animés d'une double intention, et on ne sait pour qui roulent-ils vraiment au point où sur tous les plans, voire le contentieux entre l'Algérie et la France, nous sommes quotidiennement humiliés par cette ex-puissance coloniale, sans pour autant qu'il y ait réaction ou dénonciation ferme et efficace. Alors que les vrais enfants de ce pays croulent sous leur diktat. Rien ne va plus, même si apparemment les choses semblent virtuellement évoluer. Tout est chiffres et quantités désuets susceptibles d'effondrement, fragiles et inconsistants. Une économie bâtie sur les ressources épuisables et épuisantes, aux relents désavantageux d'un modèle désapprouvé pour nous être bénéfique !
On ne bâtit pas un pays sur des promesses, des mots sans lendemain, des métaphores occasionnelles qui appâtent les galeries. Nous, jeune génération post-indépendance, sommes gavés de ce type de discours, sans qu'aucune initiative concrète ne vienne consolider nos revendications et celles des milliers de jeunes dans l'attente d'un signe d'espérance, pour qu'ils s'affirment en tant que tels. Du vide, plein de vide pour remplir le vide, rien que du vide. Du folklore politique tous azimuts. Notre lexique s'enrichit de jour en jour d'étymologie étrange : harga, hitiste, dégoûtage (âge du dégoût), meita (morte), tafia (éteinte) et bien d'autres expressions que je ne saurais énumérer pour la circonstance. Nul signe probant susceptible de réaffirmer l'adhésion et rétablir la confiance entre tous les composants de cette société. Triq el-beylik, Ghir yeslek rassi, Tag alamen tag, voici encore des étymologies auxquelles nous sommes encore attelés.
Comment peut-on accepter d'être encore au point de départ sur les questions relatives à la décolonisation de la mémoire de notre nation ? Que ce soit le 8 mai 45, le 17 octobre 1961, le 11 décembre 1960, les essais nucléaires, les résistances de l'Emir Abdelkader, de Mokrani, de Béni Chograne, des enfumages du Dahra et de bien d'autres moments tragiques qu'avaient vécus nos ancêtres et nos aïeux, nos pères et grands-pères, pas plus loin que les atrocités perpétrées par l'OAS réhabilitée par la France officielle, de 1962.
Mai 45, le mois de la mémoire demeure, déclassé par celui du patrimoine et les journées de sages-femmes, malgré les sommes faramineuses qu'avaient dépensées le ministère des Moudjahidine, les walis et bien d'autres institutions pour marquer l'évènement, n'ont fait que verser de la poudre aux yeux. Aucune publication digne de ce nom, aucun travail de fond consolidant pour apporter un plus, un iota même dans l'approche juridique capable de nous ouvrir des voies et moyens pour plaider notre cause dans les juridictions internationales. Aucun espace digne de ce nom, à l'image des mémoriaux de la Shoah, pour informer nos enfants et leur apprendre l'histoire de leur pays et celle de leurs valeureux aïeux.
600 correspondances adressées aux députés et membres du Conseil de la nation pour les inciter à réfléchir sur la question du rétablissement et de la reconnaissance de nos martyrs de 1945 en tant que chouhada à part entière, sans lendemain. S'ils ne sont pas reconnus par leurs pairs, par leur nation, comment voulez-vous qu'ils le soient par leurs bourreaux ? Seules quelques voix, méritoires, ont accueilli cette proposition avec dignité et intelligence. Nous saluons au passage Abdelmadjid Amokrane pour son acuité historique et son soutien à la cause.
Aujourd'hui, l'Etat français, héritier direct et légal de l'Etat colonial, comme nous l'avons souligné en tant qu'association à plusieurs reprises, nous nargue et traite les crimes commis sur notre sol comme de vulgaires et malheureux accidents de la route. C'est lui qui décide du sort des victimes comme il l'entend, sans pour autant qu'une voix digne de ce nom daigne réagir et répondre par la réciproque au même niveau des pouvoirs. On se demande, en tant que génération post-indépendance, où sommes-nous vraiment, est-ce sur une terre libérée ou une terre encore sous emprise coloniale ?
Indiquez-nous le chemin à suivre, Monsieur le Président, dans le cadre de cette réconciliation, d'abord entre nous, pour s'armer et faire face aux attitudes hautaines des ex-colonisateurs. Aiguillez notre ardeur et notre courage pour nous permettre de restituer notre dignité, qui semble s'effriter entre les mains d'indignes représentants du peuple.
La Fondation du 8 mai 45 s'inscrit en faux face au traitement sélectif et aux attitudes étrangement incompréhensibles de certains de nos politiques et représentants du peuple qui confondent entre nation libre, indépendante, souveraineté et relations diplomatiques et globalisation.
Le 5 juillet est l'occasion propice pour nous rappeler le lourd tribut consenti pour la dignité et l'honneur de la tribu Algérie et mesurer le pas franchi dans l'espace temps Algérie.
A vous la parole, Monsieur le Président.
Gloire et éternité à nos martyrs et vive l'Algérie libre et indépendante
* Le Président de la Fondation du 8 mai 45,


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