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HEURS ET MALHEURS D'UN PAYS MEURTRI
Publié dans Le Quotidien d'Oran le 21 - 09 - 2017


Livres
L'Affaire Khider. Histoire d'un crime d'Etat impuni. Enquête historique de Tarik Khider. Koukou Editions, Alger 2017. 242 pages, 800 DA
Mohamed Khider est, c'est bien connu, un politique d'expérience, sévère et strict... Houari Boumediène, c'est bien connu, n'a pas la mémoire courte. Durant la période du Caire... nous dit l'auteur, Boumédiène a, en présence de H. Aït Ahmed (Khider et Aït Ahmed sont mariés à des sœurs, donc parents assez proches), été giflé par le premier. Pourquoi ? Boumediène, alors étudiant à l'université d'Al Azhar, exigeait de Khider une indemnité financière pour évacuer un logement qu'il occupait abusivement... Une humiliation qui sera ruminée bien longtemps, «avant d'ordonner la terrible vengeance». Peut-être ! Mais, il y a bien d'autres éléments, la vie politique des «révolutionnaires» étant toujours bien complexe et les relations inter-personnelles souvent compliquées allant jusqu'à l'oubli de la cause commune et à l'élimination physique : Abane Ramdane, Krim Belkacem, Mohamed Khemisti, Châabani, A. Medeghri, Mecili Ali... et bien d'autres, dont beaucoup d'illustres inconnus... la raison dite d'Etat se dressant, alors, toujours contre la justice. Et, bien des coupables exécutants et commanditaires - jamais arrêtés et punis.
Mais qui était donc Mohamed Khider ? Pour bien des observateurs, le grand militant de la Guerre de libération nationale et futur Sg du Fln était sincère et dévoué à la cause de son pays. Habile manoeuvrier, il avait l'expérience de ceux qui ont beaucoup souffert. Doté d'une ardente curiosité intellectuelle, il avait mis à profit ses nombreuses années de captivité pour s'instruire dans tous les domaines. «En toute honnêteté, il donnera sa confiance et son appui à Ben Bella». L'erreur fatale, d'autant que Mohamed Khider «détenait» un «trésor de guerre» (7 milliards de cts venant de La Fédération de France et remis en 1962 à M. Khider, alors responsable des finances au sein du Bp du Fln) qu'il avait mis à l'abri en Suisse- , en attendant lui, le partisan d'un parti de masse face au président du Conseil Ben Bella qui voulait un parti d'avant-garde - qu'un régime politique légitime et démocratique s'instaure juste après l'Indépendance, et ce dans la légalité. Un «trésor» que beaucoup, et Ben Bella en tête, voulaient récupérer... à tout prix. La suite est (presque) connue. Le 17 avril 1963, Khider démissionne de ses fonctions de Sg/Fln et part à l'étranger, voulant se démarquer de la «dictature» qui s'annonçait (avec un Ben Bella qui, le pouvoir aidant, est «consacré» par le fameux Congrès d'avril 1964) dévoilait peu à peu sa vraie nature, et d'un ministre de la Défense, Houari Boumediène, considéré comme un «danger potentiel pour le pays».
L'exil ! La Suisse, la France, la Grande-Bretagne... et enfin l'Espagne... Le coup d'Etat du 19 juin 1965 ne changera rien à la situation. Au contraire. Avec une opposition se trouvant à l'étranger qui s'organise de mieux en mieux (ex : le 29 décembre 1966, à la frontière franco-suisse, un pacte est signé entre M. Khider, Mohamed Lebdjaoui de l'Ocra, H. Aït Ahmed du Ffs et Mohamed Boudiaf du Cndr) et qui se verra (ainsi, d'ailleurs que d'autres personnalités opposées à H. Boumediène) aidée financièrement par M. Khider… Quelques jours après, le soir du 3 janvier 1967, M. Khider est assassiné à Madrid., sous les yeux horrifiés de son épouse... L'enquête, menée rapidement par la police espagnole, établit l'implication de membres de l'ambassade d'Algérie à Madrid et d'un certain Dakhmouche Youssef... recherché mais jamais arrêté. Mohamed Khider sera enterré à Casablanca. Il y est encore...
Après la mort de H. Boumediène, et grâce à la politique plus ouverte et plus conciliante de Chadli Bendjedid, l'affaire des fonds trouvera enfin son dénouement... Qu'en fera t-on ? Là, c'est une toute autre histoire.
Aujourd'hui, heureusement, et grâce à Ali Kafi, le nom de Mohamed Khider est donné à l'aéroport à l'Université de Biskra... et, selon les «mémoires d'un agent secret» européen (Grasset, 1976), Dakhmouche, après avoir échappé à toutes les recherches, est mort, «la tête écrasée par un char»... ayant «trébuché sur une pierre (sic !), lors de manœuvres militaires» auxquelles il était invité.
L' Auteur : C'est le fils de Mohamed Khider, né en 1954 au Caire. Agé de 13 ans au moment du drame, il consacre sa vie à la recherche de la vérité sur la mort de son père. Son livre est dédié à sa mère, à sa famille mais, en premier lieu, à son père «assassiné par ses «frères»... et aux compatriotes «qui ont soif de vérité».
Extrait : «Malgré ces dissensions internes, la Révolution marque des points sur la scène internationale. Enlisée dans le bourbier algérien, la France perd le peu de prestige que le Général De Gaulle lui a restauré après la débâcle du régime de Vichy en 1940. La torture pratiquée à grande échelle par l'armée française soulève l'indignation de la communauté internationale. Un front Nord africain consitué à l'Onu mettra la France dans le banc des accusés» (p 58)
Avis : Très convaincant ! Fourmille d'informations et chargé d'émotion... car, et c'est bien vrai, malgré tout, «les héros ne meurent jamais». Voir, en annexes, des textes de haute teneur politique pour l'époque, le discours de M. Khider au Parlement français lors des séances du 18 mars 1947 (débat sur l'Indochine), du 26 juillet 1949 (débat sur l'intégration de l'Algérie dans le Pacte Atlantique), du 13 décembre 1949 (débat sur les évènements de Sidi Ali Bounab).
Citations : «Il avait un sens de l'humour très vif... Critiquant ce qu'étaient advenus les comités algériens d'autogestion... il avait dit «A vrai dire, ce sont des comités d'autodigestion» (p 131), «Que peut-on espérer, en effet, d'un régime décidé à effacer toute trace de Khider, de sa personnalité, de son combat ? Non satisfait de lui avoir ôté la vie, il veut salir son âme. Continuer à le faire passer pour un voleur reste, pour Boumediène, la seule voie à suivre pour achever sa victime» (p 163), «La guerre de libération a été, pour les uns une guerre totale et sincère contre l'occupant pour l'indépendance ; pour d'autres, une opportunité pour prendre le pouvoir afin d'asservir et de s'enrichir. Pour cela, ils n'ont pas hésité à éliminer ceux qui n'étaient pas d'accord avec eux» (p 198).
Toi, ma sœur étrangère. Algérie-France sans guerre et sans tabou. Essai de Karima Berger & Christine Ray. El Ibriz Editions, Alger 2016 ( Editions du Rocher, 2012). 192 pages, 620 dinars
Elles voulaient «goûter ensemble le sel de leur histoire». L'une est algérienne musulmane, une «indigène», une «Arabe», l'autre est une «roumia» de France ayant vécu une partie sensible de son enfance en Algérie (cinq années : 55-59, de l'âge de trois ans à huit), avec des parents «transplantés» professionnels.
Elles n'ont pas eu l'occasion de se croiser alors et encore moins «manger du sel ensemble» et pourtant, bien des années plus tard, elles ont bien des choses à dire et à se dire... les deux n'arrivant pas à se «libérer» du pays d'adoption (l'Algérie) pour l'une, du pays natal (l'Algérie encore et toujours) pour l'autre, car elles sont encore «habitées» par une histoire commune, un lieu commun, un soleil toujours éclatant et des événements partagés. Un livre à deux voix, beaucoup de questions et des réponses se terminant bien souvent... en questionnements. Il est vrai que, aussi bien pour l'une que pour l'autre, il est toujours difficile d'analyser et encore moins de juger de situations vécues durant l'enfance et les maux des autres.
La société algérienne, la guerre pour l'Indépendance, le racisme pied-noir, et /ou l'indifférence des autres à l'endroit des «indigènes», l'Islam, les religions, la tolérance, les personnalités qui ont marqué l'histoire coloniale ( dont l'Emir Abdelkader, le Cardinal Duval, Camus, Germaine Tillon,...), les croyances, la femme, les lieux (Tipasa, Alger, Timimoun....), l'exil... tout y passe, nous laissant parfois sur notre faim. Mais ce qui transparaît le plus, c'est bien un amour «fou» (avec ses souffrances, ses angoisses et ses joies) pour l'Algérie telle qu'elle a été vécue certes (avec des yeux d'enfant, cela s'entend), mais aussi telle qu'elle est aujourd'hui. Et, toujours, de l'espoir.
Les Auteures : Karima Berger, l'Algérienne, est née à Ténès. Et, ayant vécu à Médéa jusqu'en 1963. Etudes de droit et sciences politiques (Université d'Alger). Départ en France en juillet 1974 à l'âge de vingt ans. Auteure de plusieurs romans et essais (dont un édité en Algérie en 2013, «L'Enfant des deux mondes» ).
Christine Ray aujourd'hui plasticienne et écrivaine -, née en France, et arrivée en Algérie en 1955 à l'âge de trois ans, a passé quatre années de son enfance à Alger (1955-1959). Elle y est revenue comme journaliste entre 1979 et 1983. Auteure de plusieurs essais, notamment une livre d'entretiens sur le Cardinal Duval.
Extraits : «Mon pays est cet archipel aux filiations multiples, souterraines, aux identités plurielles qui creusent la matière de son histoire «(Karima, p 15), «L'Algérie (...) est une très belle femme, généreuse et splendide, elle a des enfants, très beaux aussi mais il lui manque un homme et personne ne veut l'épouser» ( Karima, p 52), «A l'inverse de nous, nos voisins marocains vivent leurs origines de façon plus décomplexée, c'est qu'ils n'ont pas connu la dépossession des Algériens ; chez nous, même après la guerre, c'est encore la guerre» ( Karima, p 63), «La guerre d'Algérie, pour moi, ce sont des images de fils de fer barbelés. Ils ont poussé partout. Et les voilà, aujourd'hui, au cœur de l'Europe» ( Christine, p 83), «L'Orient n'était pas qu'un continent ou une terre, il était une idée, une vision, un horizon, une boussole pour le cœur ; aujourd'hui, il est devenu une immense plaie, une terre à occuper, détruire et... recontruire pour les plus grands bénéfices futurs des marchés» (Karima, p 187)
Avis : Un ouvrage à deux voix, et tout particulièrement en forme d'essai, est toujours difficile à lire. Et, quand les sujets sont délicats, la liberté de ton ne cache pas toutes les divergences, la guerre laissant toujours des traces même chez ceux et celles les moins engagées. Une psychothérapie à deux ? Un livre défouloir ? Un livre qui tente de rassembler, surtout !
Citations : «Celui qui ne brûle pas derrière lui son bateau et reste les yeux rivés sur le pays perdu, risque de brûler ce qui est devant lui. Plutôt que de gagner le large de sa nouvelle terre et aller voir ce qui l'attend, il ne cesse de revendiquer son origine par une série de signes qui émergent comme des épaves à la surface d'une mer gelée... Il demeurera à l'âge où il a quitté son pays» (Karima, p 31), «Le «voir» est un art suprême dans la culture arabo-musulmane, et les femmes maîtrisent plus que tout cet art en restant cachées ; voir au dehors, c'est s'évader» (Karima, p 54), «Libération, c'est tellement beau pourtant ! Dans Libération, on est dans le plaisir, dans Indépendance, on est dans l'après-coup... Indépendance appartient aux politiques, Libération appartient au peuple» ( Karima, p 77), «Les religons ont transmis les textes, les saints, les récits de ceux qui ont cherché Dieu. Mais elles ont aussi accaparé le divin, enchaîné les esprits au lieu de les libérer. C'est un tout, mauvaises herbes et bon grain mêlés. La foi s'y fraye un petit sentier» ( Christine, p 126)
Notre rapport au monde. Eléments pour un manifeste de l'Algérie heureuse. Essais (11) sous la direction de Amin Khan. Chihab Editions. Alger 2017, 145 pages, 1 000 dinars.
La mondialisation ? Un bien grand mot pour les uns, tout particulièrement ses promoteurs qui la présente comme une ère de grande liberté et de croissance puissante des moyens économiques et matériels et de l'accès de l'humanité aux bienfaits de cette nouvelle «ère». Mais, il est bien trop gros (comme mot) pour bien des analystes (et des citoyens du monde) qui n'y voient, tout particulièrement ces dernières décennies, qu'une accélération démente de la dilapidation des ressources naturelles (de la planète, l'Algérie compris), qu'une aggravation des inégalitées entre les pays (et à l'intérieur des pays, européens y compris), qu'une augmentation de la violence (y compris verbale), du terrorisme et de la criminalité, qu'une prolifération des conflits armés et des guerres «civiles», un démantèlement de bien des pays (Yougoslavie, Irak, Soudan, Libye...) et une décomposition parfois spectaculaire de nombreux autres (Mali, Ukraine, Yémen, Syrie... l'Algérie y ayant échappé de justesse avec les tentatives d'«ingérence» étrangère durant une décennie rouge une guerre civile ?- ayant causé près de 200 000 morts). La mondialisation, ce sont aussi les déplacements de millions d'hommes, de femmes et d'enfants brutalement déracinés...
Tout cela, dans un «marché global de l'illusion», facilitant la croissance de fausses valeurs, d'idées nocives, la fabrication massive de l'ignorance, la production et la consommation frénétiques de produits «toxiques et sucrées»... C'est, en fait, ce que tentent de montrer et de démontrer nos dix (10) auteurs, sur la base du fait que «le refus des évidences est une discipline intellectuelle salutaire». Donc, non un procès de la mondialisation et de ses effets néfastes, mais seulement un constat, certes sévère mais bien juste, et où l'Algérie n'est pas épargnée.
Mouanis Bekari nous parle des raisons de notre échec qui sont nombreuses, accompagnées de tragédies.
Amin Khan, lui, se penche sur la «fables des valeurs universelles» (l'individu, le racisme, la liberté, la justice, la paix) avec des analyses critiques.
Said Djaâfer pense que «le Maghreb ( est) une vieille idée à réinventer», une idée à laquelle il ne faut pas renoncer car le «renoncement est un luxe que nos sociétés ne peuvent se permettre» (Ait Ahmed dixit ).
Nedjib Sidi Moussa aborde «l'obscurantisme contemporain», demandant le «dépassement au profit d'une conception rationaliste et universaliste de la société, en évitant toute forme d'essentialisme et en rompant avec la quête morbide de l'homogénéité des nations ou des peuples».
Pour Akram Belkaid, il faut «changer notre rapport au monde», indiquant que «la rationalité et la bonne connaissance des relations internationales démontrent que tout n'est pas que complot» et que le «wanetoutrisme» (Venant du slogan «One-Two-Three, Viva l'Algérie») relève du chauvinisme étroit et de la propagande. Ahmed Cheniki se penche sur «nos indéfinissables altérités», résumées par une magnifique phrase «Je sais qui je suis, mais je ne sais pas comment je suis devenu ce que je suis».
Ahmed Bedjaoui nous présente les «Images de nous autres»... notre image se trouvant, 55 ans après l'Indépendance, amputée en bonne partie par des décisions destructives prises au cours des années 60.
Enfin, Tin Hinan El Kadi nous raconte ses études et sa vie en Chine («L'Algérie est le pays qui a battu la Corée du Sud») et Suzanne El Farra, algéro-palestinienne, son «intégration» et et ses déchirements avec «Algérie/Palestine, une histoire de miroirs». Quant à Jihad Hudaib, le poète Palestinien né en Jordanie (et décédé en 2015), «oiseau voyageant continuellement entre les deux rives», sa contribution est un court poème, au titre évocateur : «Etrangers».
Un critique a affirmé que «le lecteur a maintenant tous les outils entre les mains pour discerner la passion de la raison… et on ne lui fera plus avaler des couleuvres». Pas si sûr, tant les dégâts et les cassures causés d'abord et avant tout par les «décideurs» - à la conscience et aux comportements des citoyens sont nombreux et profonds, la folie l'emportant (presque ) toujours sur la raison ! Là-bas. Içi.
Les Auteurs : Mouanis Bekari, Amin Khan (Introduction et texte), Saïd Djaafer, Nedjib Sidi Moussa, Akram Belkaïd, Ahmed Cheniki, Ahmed Bedjaoui, Tin Hinan El Kadi, Suzanne El Farra, Jihad Hudaib.
Une bio-bibliographie des auteurs est présentée (avec date et lieu de naissance... tous des 1954 et plus (avec une naissance en 92) ; Ahmed Bedjaoui étant la seule exception, en fin d'ouvrage... ce qui est assez nouveau, donc original et utile pour une meilleure compréhension des styles et des contenus (assez «engagés» pour ne pas dire militants).
Extraits : «La vérité est qu'il n‘y a jamais d'identité fixe, ni d'altérité autre que relative et datée. Il n'y a jamais de sang pur ou de sang impur, pas plus qu'il n'y a de nation éternelle, de nature humaine, ou de vérité absolue. Les humains, ou les peuples, ne sont ni bons ni mauvais. Leur histoire est le résultat, toujours provisoire, de mille déterminations et de mille circonstances «(Amin Khan, introduction, p12), «Le tabou du métissage tout comme l'internationalisme borné font partie des limites significatives du populisme algérien- jadis révolutionnaire, aujourd'hui réactionnaire» (Nedjib Sidi Moussa, p 63), «Venant après l'oppression agraire des Ottomans et les expropriations françaises, on ne peut se demander si la réforme agraire menée en 1974 par Boumediène n'a pas un peu plus accentué la cassure de l'Algérien avec sa terre, créant un fossé difficile à combler» (Ahmed Bedjaoui, p 100).
Avis : Deuxième ouvrage sous la direction de Amin Khan (le premier étant «Nous autres. Eléments pour un manifeste de l'Algérie heureuse», déjà présenté dans Mediatic). Ecrits globalement assez pessimistes (mis à part le texte «piquant et frais» de la benjamine des contributeurs, Ti Hinan), le bonheur n'étant, en réalité, ni «dans le pré» ni tout près. Lutter, encore lutter, toujours lutter... Décidemment, on ne s'en sortira jamais. Peut-être, s'en foutre ou se limiter à gérer son quotidien ?
Citations : «Dans la phase actuelle de la mondialisation, le consensus est une des techniques de gouvernance internationale privilégiées des dominants» (Amin Khan, p 31), «Contrairement à la «tolérance», notion paternaliste, hypocrite, conservatrice, discriminatoire et raciste, qui maintient l'état moral en l'état, le respect est une condition nécessaire du dialogue, de la cohabitation, de la coopération, du vivre ensemble, de la démocratie et du développement» (Amin Khan, p 43), «Les frontières les plus hideuses sont bien celles qui s'érigent sur le béton armé de l'amnésie historique et de l'ignorance «(Said Djaafer,p 51), «Un publi-reportage, c'est-à-dire de la publicité payante maquillée en reportage, ne profite jamais à celui qui le commande, mais à celui qui le commercialise» ( Akram Belkaid, p 69), «L'authenticité est un ghetto» (Ahmed Cheniki, p 76), «Il n'y a pas de culture vierge. Toute culture emprunte à une autre des traits et des éléments correspondant à son vécu et à son besoin social. On ne peut pas vivre hors du /le monde» (Ahmed Cheniki, p 79).


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