La venue à Alger du ministre français de l'Intérieur est un signe avenant diplomatique relevant de la consonance. Avec le même doigté, Gérald Darmanin a eu la faveur d'être reçu par le président de la République Abdelmadjid Tebboune. Il est douteux que cette visite intervienne la veille du débat sur le projet de loi sur l'immigration au Sénat français. Il n'est pas écarté que les autorités françaises ont voulu prendre les devants pour étêter des «humeurs» qui selon elles seraient susceptibles de contrarier les efforts déclarés par le président Macron pour rapprocher les deux pays. Les responsables algériens sont très au fait de la situation politique française et de la fragilité du gouvernement de Paris. Ils savent que l'immigration est prise en otage entre des flancs politiques opposés dans un bras de fer dont l'issue est la commande du pouvoir. Souverains et convaincus que le sujet est une affaire franco-française, ils ne seraient pas disposés à se mêler dans un dossier dont les tenants et les intérêts manquent de clarté. D'évidence, dimanche, l'hôte français est venu entre autres avec l'intention de réclamer une plus grande disponibilité algérienne à recevoir les migrants refoulés de France. Dans la conjoncture actuelle et avec les graves remous qui font et défont le monde, le problème n'est pas simple. Aucun pays n'est disposé à endosser les difficultés d'un autre quand celui-ci a été le propre artisan de ses déconvenues. Sauf à vouloir monnayer sa souveraineté et son âme. L'Algérie a déjà fort à faire avec l'immigration subsaharienne et se fait un point d'honneur à tenter de préserver son humanisme et son devoir d'hospitalité malgré tous les dangers qui assaillent ses frontières. Certes, entre l'Algérie et la France il restera à consolider une coopération saine dans l'intérêt des deux pays pour chacune des deux nations trouve son juste compte.