Par : B. Boumaïla // Le Récit d'une comédienne est une pièce d'Abdelmadjid Feniche, d'après le texte de l'écrivain Abdelhak Zerouali, qui s'est inspiré de faits réels pour écrire cette pièce. Elle a été représentée, avant-hier soir, au Théâtre régional de Batna, dans le cadre des Journées théâtrales maghrébines. La pièce est l'histoire d'une comédienne, qui a toujours vécu dans le théâtre, par le théâtre et pour le théâtre, jusqu'à ce qu'elle devienne l'esclave de ses personnages qu'elle a interprétés, oubliant par-là d'être elle-même, d'être une femme. Dans une prise de conscience, cette comédienne décide de prendre sa revanche. Elle décide de se retirer d'une manière définitive du théâtre et de n'interpréter aucun rôle, parce qu'elle s'est rendu compte qu'elle a été exploitée, avilie et déshonorée et qu'on s'est servi d'elle durant toute sa carrière. Cette décision irrite un metteur en scène inconnu (interprété par Saïd Belkadder) qui désire se servir d'elle pour gravir les échelons et atteindre la renommée. Malgré les sollicitations, les encouragements et les menaces du metteur en scène, la comédienne n'en fait qu'à sa tête ; elle persiste et signe sa détermination de ne plus jouer la comédie et d'être femme, tout simplement. Mais le naturel revient très vite au galop : lorsqu'elle entend les spectateurs clamer son nom et l'applaudir, elle ne peut faire autrement que d'aller les saluer. La fin de la comédienne sera tragique ! Le Récit d'une comédienne, truffée de flash-back, est une réflexion, profonde et sincère, sur le rôle du comédien et la situation, souvent précaire, de l'artiste, qui se bat pour avoir un statut social, mais également pour faire la paix avec lui-même. Répliques, tirades, monologues, apartés et stichomythies laissent raconter le récit, l'histoire d'une comédienne. Les types de paroles, sciemment travaillées, s'enchevêtrent, tissent et narrent d'une manière si intelligente et bien réfléchie le tableau d'un drame humain, d'une comédienne, qui vous plonge dans une grande méditation pour démêler le bien du mauvais. Le récit du hakawati hypnotise, attire, séduit et force à l'écouter, à vivre le spectacle jusqu'à la fin. Les répliques se succèdent et marquent à l'évolution du dialogue ou même de l'action ; elles s'opposent, se répondent, se complètent. L'espace référentiel est gommé volontairement, c'est-à-dire le lieu n'est pas fixé par le metteur en scène. Grâce à un décor dépouillé composé d'une chaise ordinaire, d'une chaire de metteur en scène et d'une coiffeuse, le spectateur pourrait imaginer n'importe quel lieu où un cas similaire pourrait arriver. La mise en scène propose une lecture très simple dont le spectateur saisit parfaitement le message véhiculé.