La Banque mondiale vient de révéler que la pauvreté a partout reculé sauf en Afrique. En Algérie par contre ce fléau est tapis à l'ombre d'une statistique peu fiable parce qu'établie par un organisme davantage enclin à relayer le discours onctueux de l'Exécutif. Et tant pis pour l'autonomie de ces structures de production de l'information statistique dont tout indique qu'elles subissent toutes sortes des contrôles politiques. Nombreux sont ceux, en effet, qui ont cru avoir débusqué les domaines d'intérêt du « toilettage » des chiffres. Il s'agit déjà des taux de chômage, de l'inflation, des niveaux de participation aux élections, de l'indice du développement humain (quand bien celui-ci serait déterminé par l'application de certaines normes internationales), en somme de toutes ces informations qui ne sont plus que des chiffres froids en raison de la valeur politique qu'elles renferment. Comme la pauvreté par exemple qui, au-delà du travail d'évolution que peuvent bien révéler les institutions internationales dans leurs études, risque de dévoiler surtout des tares de gestion d'une équipe au pouvoir ou carrément lever le voile sur les dérives d'une politique qu'il faut clouer au pilori. Ainsi, l'opinion commune semble s'être bien installée dans le confort du doute sur tous ces chiffres qu'on nous sort des laboratoires publics de la statistique à partir du moment où l'on peut déjà privilégier soi-même un modèle mathématique par rapport à un autre. Combien de fois n'a-t-on pas remarqué une volée de bois vert entre le gouvernement et les organismes jaloux de leur autonomie comme le Cnes de Mohamed Salah Mentouri, ou parfois même des organismes internationaux quand ce ne sont pas carrément des économistes soucieux de leur objectivité ou des politiques dressés sur leur ergot pour porter la réplique de l'opposition. Hormis toutes ces lacunes culpabilisant les dirigeants politiques, il va sans dire que le danger vient de là où l'on regarde le moins. En effet, la manipulation des chiffres est d'autant plus grave que cette entreprise participe non pas à corriger les erreurs mais plutôt à les nourrir. Comment peut-on prétendre s'attaquer à toutes formes d'exclusion, aux inégalités sociales et autres fléaux de la société, si au préalable on ne s'est pas assuré de la fiabilité de tout le travail nécessaire pour en mesurer l'importance et mieux les connaître ? Sans compter qu'à côté de cela, des informations tout aussi importantes sont comme interdites au public. Qui peut dire aujourd'hui combien de riches compte l'Algérie au lendemain de l'ouverture de son économie ? Sommes-nous dans un pays riche qui compte mal ses pauvres et ne dit rien sur ses riches ? Aux dernières conclusions du CENEAP, une population de quelque 20% de riches enregistre près de la moitié des dépenses totales en 2005. Pour parler des pauvres, mieux vaut peut-être compter les riches.