Patientez, vos revendications seront prises en charge », c'est par cette phrase anodine que le ministre du Travail, Tayeb Louh, a tenté de raisonner les professeurs, docents et maîtres assistants en sciences médicales dont les deux syndicats ont reconduit, hier, pour la deuxième fois, leur mouvement de protestation de trois jours. Nacer Djidjeli, secrétaire général du Syndicat national des professeurs et docents en sciences médicales, a rétorqué : « Cela fait deux ans que l'on nous ressasse ces mêmes promesses, alors que l'on assiste systématiquement à la dégradation du pouvoir d'achat. Un élément qui nourrit la grogne des travailleurs, un fait que le pouvoir n'ignore pourtant pas. » Mardi dernier, le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a reçu, en présence du ministre du Travail, les représentants des deux syndicats afin de débattre de leurs problèmes et d'essayer de trouver une solution allant dans le sens de l'apaisement. Malheureusement, les deux parties ne sont pas arrivés à un terrain d'entente. « Le ministre de l'Enseignement supérieur, M. Harraoubia, se désengage et estime que nos doléances ne relèvent pas de ses prérogatives tout en rejetant la responsabilité sur le ministre de la Santé. » De son côté, M. Louh, chargé de réconcilier les parties en conflit, « a joué certes la carte de l'apaisement, mais n'a rien proposé de concret », regrette le professeur Djidjeli, qui rappelle que le ministre de la Santé leur a fait, quant à lui, clairement savoir qu'il était dans l'incapacité de prendre en charge leur revendication, tandis que du côté du Premier ministre c'est le silence radio. « Ces ministres font partie d'un même gouvernement, mais aucun d'eux n'est en mesure de suggérer une solution. Le pouvoir est donc incapable de prendre en charge son élite, ou alors il s'entête dans sa logique consistant à laisser pourrir la situation », a tonné notre interlocuteur. Toutefois, face à cette fuite en avant, les syndicats n'ont également pas d'alternative à l'exception du recours à des mouvements de grève cyclique qu'ils envisagent de radicaliser si les autorités refusent de se pencher sérieusement sur leur cas. « Nous n'allons pas fléchir ni baisser les bras, nous avons décidé d'agir et cette fois-ci, personne ne pourra nous amadouer avec de belles paroles sans lendemain », a fulminé un praticien. Hier, au premier jour de cette seconde protestation, les représentants des syndicats ont affiché leur satisfaction quant au taux de suivi qui a dépassé les 80%. « Tous les centres hospitalo-universitaires à travers le territoire national ont été paralysés. Nos collègues ont compris que seule une large adhésion à notre mouvement et une mobilisation autour de nos revendications légitimes peuvent apporter les fruits escomptés », fait remarquer un médecin qui déplore le comportement des autorités. Des autorités qui ont pu tripler en une fraction de seconde et sans complexe les salaires des députés, mais trouvent une gêne à augmenter ceux du corps de la santé.