Je tiens à remercier l'Association France – Algérie et sa présidente Mme Ségolène Royal, amie de l'Algérie, qui en visite en Algérie a été reçue, le 27 janvier 2026 par le président de la République Abdelmadjid Tebboune, ainsi que pour l'aimable invitation en tant qu'expert international indépendant au sein de ce prestigieux Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), afin d'atténuer les tensions entre l'Algérie et la France conciliant le devoir de mémoire et de préparer l'avenir afin d'entreprendre ensemble. Les relations algéro-françaises connaissent actuellement des fortes turbulences jamais égalées depuis l'indépendance politique. Devant souligner que dans les relations internationales, et c'est démontré récemment avec la stratégie du président américain pour le Venezuela, le Groenland, le Moyen-Orient via l'Iran n'existant pas de sentiments mais que des intérêts. L'ONU est devenue impuissante à agir sur le cours des événements mondiaux. Au sein d'un monde en plein de bouleversements, tenant compte de l'importante diaspora, des relations apaisées sont souhaitables entre l'Algérie et la France et d'une manière générale, entre l'Algérie et l'Europe, principal partenaire, loin de tout esprit de domination, sur la base d'un partenariat gagnant-gagnant. 1.- Quelques indicateurs économiques : échanges commerciaux Algérie-Europe En 2023, la structure des échanges commerciaux reste relativement stable par rapport à 2022, la Chine demeurant le principal fournisseur de l'Algérie, avec une part de marché de 22,9 %, suivie de la France (11,7 %) et de l'Italie (7,4 %). En termes d'exportations, l'Italie, la France et l'Espagne demeurent les principaux clients avec respectivement 15,2 milliards d'euros, 7,6 milliards d'euros et 6,7 milliards d'euros. En 2024, les échanges commerciaux entre l'Algérie et l'Union européenne ont atteint environ 46,4 milliards d'euros, l'UE restant le premier partenaire avec plus de 50%, Selon une étude du Trésor français, après trois années consécutives de croissance, les échanges commerciaux entre la France et l'Algérie ont reculé de 4,3 % en 2024, atteignant 11,1 Mds d'euros, cette baisse s'expliquant principalement par la diminution des prix des hydrocarbures, qui a entraîné une contraction des importations françaises en provenance d'Algérie, les exportations d'hydrocarbures avoisinant environ 5 milliards de dollars. Les exportations françaises de biens vers l'Algérie ont progressé de 6,6% en glissement annuel, atteignant 4,8 Mds d'euros, les produits industriels, qui constituent le premier poste d'exportation vers l'Algérie, représentent 39,8 % du total des exportations françaises. Les matériels de transport enregistrent une croissance dynamique de 28,2 %, atteignant 1,1 milliard d'euros, soit 23,2 % du total des exportations françaises vers l'Algérie, les exportations d'équipements mécaniques, matériels électriques et électroniques affichent également une progression soutenue de 22,8 %, s'élevant à 1,1 milliard d'euro et le secteur agricole, longtemps pilier des échanges franco-algériens est désormais le quatrième poste des exportations, atteignant 322 millions d'euros en 2024, après une chute de 73,1 % en 2023. Néanmoins l'Algérie représente moins de 1% des 598,3 milliards d'euros d'exportation et la baisse des exportations en direction de l'Algérie est évaluée à 15% en 2025. Entre 2023/2024, les échanges commerciaux entre l'Algérie et l'Union européenne ont atteint au cours de 1,17 dollar/un euro, 58,73 milliards de dollars et les exportations algériennes vers l'UE étaient de 41,38 milliards de dollars. Pour les importations de l'UE vers l'Algérie, elles étaient de 17,44 milliards de dollars, soit un excédent commercial pour l'Algérie de 23,93 milliards de dollars. L'Europe ayant eu recours à l'arbitrage international en juillet 2025, mais des discussions sont en cours pour aplanir les divergences étant deux partenaires stratégiques. C'est que l'Algérie exporte presque toute son énergie vers l'Europe, via canalisation Transmed Italie ou Medgaz Espagne en plus de ses exportations en GNL. Selon le bilan 2024 du ministère des Hydrocarbures, 78 % des ventes partent vers la zone euro. Mais c'est surtout la répartition qui retient l'attention. Quatre pays concentrent à eux seuls plus de 80 % des flux. L'Italie arrive en tête avec 37 % du total, suivie de la France (18 %), de l'Espagne (17 %) et de la Turquie (10 %). En plus différents projets sont en cours où Algérie ambitionne de devenir un pôle régional en développant des projets d'hydrogène vert et d'ammoniac avec des partenaires européens comme Eni et VNG AG, visant de nouvelles interconnexions énergétiques, en plus des projets visant à faire de l'Algérie un hub énergétique, notamment avec l'Italie, grâce à des interconnexions électriques et le développement d'énergies renouvelables (solaire). Cependant, l'Algérie devra tenir compte de son principal concurrent qui sera la Libye en cas de stabilisation politique, premier réservoir d'Afrique de pétrole, 48 milliards de barils, 1500 milliards de mètres cubes gazeux exploité à peine à 10%, proche de l'Europe pour une population ne dépassant pas 7 millions d'habitants, d'où les convoitises étrangères et surtout des contrats entre l'administration américaine et l'Europe qui s'est engagé à acheter du pétrole gaz US pour 750 milliards de dollars sur trois ans (250 milliards de dollars par an) de l'éventuel retour de Russie qui arrange surtout l'Allemagne, sous réserve de la résolution du conflit en Ukraine, qui avant les sanctions approvisionnaient l'Europe à plus de 45% et des politiques énergétiques de l'Europe horizon 2030/2035, concernant l'efficacité et la transition énergétique qui ambitionne de couvrir ses besoins en énergies renouvelables entre 40/50%. 2.- Sécurité et développement par le dialogue C'est que l'ère des confrontations n'a eu cours pendant des siècles que parce que les extrémismes ont prévalu dans un environnement fait de suspicion et d'exclusion. Or, connaître l'Autre, c'est aller vers lui, c'est le comprendre, mieux le connaître et ce afin de favoriser le dialogue productif au profit de nos peuples. Aujourd'hui, face aux mutations du monde et aux défis communs, s'agissant de mettre en lumière les atouts de cette relation et les perspectives qu'elle ouvre, c'est dans ce cadre, me semble t-il, que s'ouvre notre rencontre à laquelle vous m'avez conviée en tant qu'expert indépendant. Dans le prolongement de mes interventions internationales, je considère que cette relation apaisée garantira la stabilité, tant économique que sécuritaire de la région méditerranéenne et africaine dont l'Algérie est un acteur majeur, le devoir de mémoire entre la France et l'Algérie devant être pris en compte, en laissant le soin aux historiens des deux pays d'en dresser le bilan, mais devant surtout avec les prochains bouleversements mondiaux de préparer l'avenir. La récente libération de l'écrivain Boualem Sansal dont il faut éviter toute instrumentalisation politique pour ne pas envenimer les relations, ce que souhaitent ceux qui ne veulent pas d'une relation apaisée, des deux côtés France et Algérie. En plus des relations économiques, il convient de mentionner les relations sécuritaires ainsi que la forte présence de la diaspora algérienne en France, ce qui rend les relations plus sensibles et complexes et peut servir de pont pour le développement entre nos deux pays. Il s'agit de privilégier le dialogue productif, afin d'éviter toute déstabilisation régionale qui aurait des conséquences dévastatrices sur tout l'espace euro-méditerranéen et africain, dont l'espace sahélien, appelé à connaître un profond bouleversement et dont l'Algérie est un acteur stratégique de stabilisation grâce aux importants efforts de l'ANP et de toutes nos forces de sécurité. Cependant, la consolidation des relations Algérie – France doit être insérée dans le cadre de la coopération algéro-européenne, à savoir l'Allemagne et la France, l'Italie et l'Espagne, l'Europe étant le principal client de l'Algérie via les hydrocarbures. (A suivre…) Abderrahmane Mebtoul Professeur des universités,