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«Le vivre-ensemble en paix» selon Khaled Bentounes
Publié dans El Watan le 14 - 12 - 2018

Cheikh Khaled Bentounes a animé, dimanche dernier au Crasc d'Oran, une conférence sur la thématique du «Vivre-ensemble en paix».
Cheikh Khaled Bentounes est celui qui a eu l'idée, en 2014 de susciter un élan mondiale pour la création de la journée internationale du vivre ensemble en paix. Cette idée a vu le jour en Algérie, à Oran, lors du Congrès international féminin pour une culture de paix, en octobre 2014.
La première action a été alors de lancer une campagne internationale de sensibilisation, en mobilisant tous les acteurs de la société civile. Quelques mois après, en mars 2015, l'ONG AISA International, à laquelle appartient Cheikh Bentounes, a fait la présentation du projet à l'ONU.
Ont alors suivi plusieurs événements organisés à travers le monde, qui ont confirmé le succès grandissant à cette initiative, notamment en France, en Turquie, en Algérie, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Espagne, au Canada. L'Algérie a alors déposé, en septembre 2017, la résolution pour l'adoption de la Journée internationale du vivre-ensemble en paix.
Et c'est le 8 décembre 2017, lors de sa 78e session, que l'assemblée générale des Nations unies a adopté à l'unanimité, par consensus des 193 Etats membres, la résolution instituant que le 16 mai de chaque année sera la Journée internationale du vivre-ensemble en paix. Cette journée est une obligation où chacun et chacune doit s'engager pour un monde plus juste et plus fraternel. Une réconciliation des membres de la famille humaine.
Dimanche dernier, lors de sa conférence, Cheikh Khaled Bentounes s'est d'abord félicité de la réussite de la béatification des 19 martyrs chrétiens en Algérie : «Ces journées de béatification, nous ont apporté la conviction que ce pays a mûri et dans cette maturité – qu'il a atteint à travers les douloureuses expériences qui ont failli le détruire – il s'en sort encore plus grand parce qu'il a proposé, à travers la résolution qu'il a mené jusqu'au bout au niveau des Nations unies, où il a proposé un concept qui s'appelle le vivre-ensemble en paix.
Ce concept a été non seulement avalisé, accepté, reconnu par les 193 pays qui composent l'assemblée générale de l'ONU, mais va bien au-delà puisque les deux journées que nous venons de vivre à Oran, à l'origine, c'est ce concept du vivre-ensemble qui nous a permis de poser les jalons pour arriver à la béatification de ces 19 martyrs chrétiens.»
Le concept du vivre ensemble en paix s'exporte très bien à travers le monde, a-t-il dit, en citant le cas de l'Ethiopie, dont le gouvernement vient de créer un ministère de la Paix et du Vivre-ensemble.
Académies de paix
«Le vivre-ensemble et la paix mérite qu'on leur donne une institution, et cela partout dans le monde. Ce concept est utile philosophiquement, spirituellement, politiquement, économiquement. Il permet de créer des liens, il permet de créer des ponts qui peuvent aider chacun à profiter de l'autre. La vie est toujours dans l'échange. C'est un échange permanent, où chacun prend ce dont il a besoin tout en donnant à l'autre la réciprocité.»
Cheikh Khaled Bentounes se désole du fait qu'on ait créé des académies militaires mais pas des académies de paix : «On enseigne l'art de la guerre, de la stratégie militaire, mais enseigne-t-on la paix ? La guerre a ses institutions et une forme de reconnaissance universelle. Mais en est-il de même pour la paix ?
La question a été souvent soulevée, mais se résume, au final à nous amener à accepter de gérer les conflits et non pas à les bannir.» Et de préconiser d'aller en amont pour guérir le mal. Pour faire comprendre cela, Cheikh Khaled Bentounes recourt à une métaphore en comparant la guerre à une maladie. Il faut alors, argue-t-il, «une prévention pour que la maladie ne se transforme pas en épidémie».
Et d'indiquer une autre vision de nous-mêmes ou une autre vision de la gestion du monde : «Jusqu'à aujourd'hui, la gouvernance s'est faite à travers un système pyramidal, qui a une base et un sommet, le sommet est occupé par ceux qui détiennent le pouvoir, les avoirs et la distribution des biens ; la base est là, elle doit subir ce qui vient d'en haut et en même temps réagir à pouvoir aller vers le haut.
C'est une situation de conflit qui agite la société en permanence, car basée sur un concept de concurrence qu'on appelle la hiérarchie sociale. On situe les hommes par rapport au degré où ils se trouvent.
Le système du vivre-ensemble en paix est séculaire, c'est la sphère, le cercle. Le cercle, si vous prenez là où vous posez le doigt sur la circonférence du cercle, que vous prenez le point qui est en haut ou celui qui est en bas, vous devez commencer quelque part ; quand vous faites le tour du cercle et que vous revenez à lui, il y a à la fois le début et la fin.
Ce concept nous invite à une autre vision où le premier d'entre nous est aussi le dernier. Nous sommes promus par les qualités, les valeurs de ce que nous produisons, nous apportons à la totalité de ceux qui composent le cercle.»


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