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Essai. Victor Hugo et l'Algérie : Elans et doutes
Publié dans El Watan le 27 - 03 - 2010

Le grand poète a oscillé entre un soutien à la colonisation et une dénonciation de ces excès.
Victor Hugo est né en 1802. Il avait trente ans lorsque la France a conquis l'Algérie. Un des plus grands écrivains romantiques, il est connu principalement pour sa poésie (Les Contemplations, La Légende des siècles), pour ses œuvres romanesques populaires (Les Misérables, Notre-Dame de Paris) ou encore pour son théâtre, avec Hernani. Le grand public connaît moins ses prises de position politiques et ses écrits dans ce domaine. Il faut savoir qu'au XIXe siècle, les hommes de lettres étaient souvent engagés politiquement, et Victor Hugo le fut par ses différentes positions courageuses. C'est dans ce domaine que Franck Laurent a publié un ouvrage averti, de bonne tenue et bien argumenté sur les prises de position de Victor Hugo quant à l'Algérie dans Victor Hugo face à la conquête de l'Algérie.
Universitaire, Franck Laurent aborde l'écrivain qui fut un contemporain de la première jeunesse de l'Algérie dont la conquête eût lieu en juillet 1830, suite à une rupture des relations diplomatiques avec le dey d'Alger en 1827. Le sujet était si présent que Victor Hugo avait même songé à donner à un recueil le titre Les Algériennes, mais il a finalement opté pour Les Orientales, dans lequel il évite même d'évoquer l'Algérie. Cependant, lors des débats sur la question, il a manifesté son intérêt pour l'Algérie dans les années qui ont suivi 1830. Lors d'une rencontre avec le général Bugeaud, qui n'était pas convaincu de l'utilité d'une telle occupation, « les terres sont peu fertiles », disait-il, Victor Hugo a tenu un discours plutôt volontariste sur la conquête de l'Algérie, en 1841 : « Comment… voilà ce qu'est devenu ce que l'on appelait le grenier des Romains ! Mais en serait-il ce que vous dites, je crois que notre nouvelle conquête est chose utile et grande. C'est la civilisation qui marche sur la barbarie. »
Sa position était plutôt claire, mais plus tard, il sera plus critique par rapport aux dépenses occasionnées par la colonie et par rapport à l'émigration des forces ouvrières vers l'Algérie, qu'il voyait comme néfaste pour les revendications en France. La vision de Victor Hugo évolue et son esprit critique devient plus acerbe. Suite à l'arrestation et à l'exil imposé à l'Emir Abdelkader, Franck Laurent rappelle ce superbe poème que Victor Hugo a publié sur L'Emir Abdelkader, à qui il donne une stature de premier guerrier algérien et de héros épique : « Lui, l'homme fauve du désert, lui, le sultan né sous les palmes, le compagnon des lions roux, le hadji farouche aux yeux calmes, l'Emir pensif, féroce et doux. » Dans ce poème, le poète valorise l'Emir Abdelkader au détriment de Napoléon III. Etrangement, l'Emir Abdelkader devient pour Victor Hugo « la figure épique de la conquête algérienne ».
Sous la Monarchie de juillet, lui qui n'a jamais foulé le sol algérien, décrit avec une précision surprenante, mêlant réalisme et poésie, l'arrivée d'un bateau à Alger où « de magnifiques rayons horizontaux découpaient, pour l'amusement des yeux qui errent ça et là, tandis que l'esprit rêve, de bizarres trapèzes d'ombre et de clarté sur cet amphithéâtre de maisons carrées, plates, basses et blanches ». Au-delà du portrait qu'il en fait, la chute de son texte est prémonitoire et hautement symbolique de cette conquête vis-à-vis de laquelle il développe une attitude sévère, certes, mais en même temps ambiguë. Ce bateau, le Ramier, en provenance de Marseille, apportait la civilisation, ironise Victor Hugo, puisque cette « civilisation arrivait à Alger sous la forme d'une guillotine » ! Une allégorie pour une colonisation sombre. Texte surprenant, comme le note Franck Laurent.
Les écrits politiques de Victor Hugo démontrent son savoir de la géopolitique de cette deuxième moitié du XIXe siècle et, particulièrement, de la rivalité entre la France et l'Angleterre, du fait colonial. Victor Hugo montre combien la conquête de l'Algérie devient la fierté de la France. C'est vers 1869 que Victor Hugo change totalement de ton en dénonçant les misérables des deux rives de la Méditerranée : « Partout la faim, Roubaix, Aubin, Ricamarie. La France est d'indigence et de honte meurtrie… Famine dans Oran, famine dans Alger, voilà ce que nous fait cette France superbe ! » Victor Hugo critique le manque d'humanité dans le monde. Sollicité à se présenter aux législatives de 1872, pour être député à Alger, fut une idée qui ne l'enchantait guère. Cependant, dans le même temps, il avait cette conviction que l'on pouvait changer les choses dans le bon sens, pour le bonheur de tous et surtout pour la grandeur de la France.
Son souci était de sauver l'union républicaine. Ce qui est certain, c'est que Victor Hugo était choqué par les représailles contre les « indigènes », contre les Algériens que l'armée française enfumait dans les grottes. Il écrit : « La barbarie est en Afrique, je le sais. » Il dénonce l'arbitraire et les méfaits de l'administration dans « Fragments d'histoire », mais aussi l'armée lorsqu'il écrit : « Dans les prises d'assaut, dans les razzias, il n'était pas rare de voir des soldats jeter par les fenêtres des enfants… » Franck Laurent va loin dans son analyse historique et textuelle pour montrer comment ce grand écrivain qu'est Victor Hugo était en fait pris dans un tourbillon historique dont il faisait partie, mais qui le dépassait d'une certaine manière, où son amour pour la France le plaçait dans des situations paradoxales mais toujours dans la défense des plus miséreux et de la République, une France face à elle-même et face à l'Autre. L'auteur s'étonne que malgré l'importance du fait historique qu'est la conquête de l'Algérie pour la France, Victor Hugo n'ait pas écrit d'œuvre de fiction dont le sujet aurait été justement l'Algérie.
Franck Laurent, Victor Hugo face à la conquête de l'Algérie, Ed. Maisonneuve & Larose.


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