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Pour un idéal républicain
Publié dans El Watan le 24 - 04 - 2019

Depuis longtemps enfermés dans la violence assassine, après la nuit coloniale, nous vivons encore dans la nuit et nous espérons voir un jour la grande lumière.
Il semble que nous tournons en rond, depuis des millénaires, dans ce paradis terrestre tant convoité malheureusement transformé en un sombre pays de la mort. L'histoire nous traîne dans ses tourbillons atroces et répétitifs. Il semble que nous sommes englués dans la malédiction !
Mais une lueur d'espoir a jailli depuis le 16 février dernier à Kherrata, faut-il bien le rappeler pour l'histoire, une lueur qui est devenue une lumière qui s'étendait sur tout le territoire national à partir du 22…
Les marches pacifiques que le peuple organise chaque vendredi sonnent comme une blessante revanche sur le pouvoir d'El Mouradia qui est resté indéboulonnable dans ses mensonges, ses manœuvres carnavalesques, ses manipulations et ses trucages sur la légitimité de la mobilisation citoyenne née il y a maintenant deux mois dans le calme et le civisme suite à la première marche du 16 février dernier à Kherrata, la ville historique témoin et martyre des carnages génocidaires du 8 mai 1945.
Elles sont une réponse aux replâtrages ridicules initiés par ses petits tyrans peu en phase avec l'ère moderne. Replâtrages mystificateurs et à contre-courant des revendications populaires historiques qui exigent impérieusement un passage urgent à une démocratie réelle.
Mais comment, par quels mécanismes, par quelles procédures peut-on faire ce passage ?
Le passage d'une démocratie de façade à une démocratie réelle nécessite tout d'abord de défaire le cercle infernal et crasseux de ceux qui, soldats de pacotille obnubilés par le vedettariat et le leadership, avaient mensongèrement affublé la fraîche nation algérienne de ce fascinante intitulé : «République Démocratique et Populaire» sitôt la guerre de Libération terminée en pervertissant et en manipulant les idéaux nobles de Novembre et de la Soummam et en engageant l'Algérie sur la voie du pouvoir unique, du despotisme à la soviétique et du clanisme pétro-mafieux. Pour bâtir une vraie République, il faut chasser la vieille secte au pouvoir depuis 1962.
Ces «hommes du pouvoir», béotiens, sans vergogne et assoiffés de puissance qui ont «détourné le fleuve» de la Révolution et de l'indépendance en falsifiant, non seulement l'histoire d'une épopée sans égale pour faire de leur participation à la grande Guerre un inépuisable fonds de commerce en s'appropriant les fruits du dévouement de nos glorieux martyrs, mais l'histoire millénaire de tout un peuple, le peuple amazigh.
Comme les carabiniers qui arrivent après la bataille pour éteindre les cierges, ils n'ont endossé l'uniforme révolutionnaire que lorsque les chuintements des roquettes, les staccatos des mitrailleuses et les vacarmes des canons ont cessé et lorsque le peuple est arrivé, à la force de son sacrifice et de sa lutte, à vaincre héroïquement le colonialisme.
Rudyard Kipling disait qu'«une révolution n'appartient pas au premier qui la déclenche, mais toujours au dernier qui la termine, et qui la tire à lui comme un butin.» Chateaubriand disait lui aussi dans ses Mémoires d'outre-tombe que «les esprits du premier ordre qui produisent les révolutions disparaissent, les esprits du second ordre qui en profitent demeurent.»
Le passage à la démocratie nécessite ensuite de défaire le cercle infernal et crasseux de ceux qui représentent le pouvoir oligarchique actuel.
Héritiers de leurs aînés qui s'octroyaient indûment des privilèges sans limites au nom de la sempiternelle légitimité historique : des postes politiques et administratifs névralgiques, des pensions de guerre, des crédits et des facilitations en tous genres, des commerces florissants, des villas cossues et somptueuses, des biens immobiliers inestimables, des passeports diplomatiques, des visites médicales à l'étranger, des licences d'automobiles, des terrains stratégiques, des galons dorés de reconnaissance…
Repus et outrecuidants, ils n'ont pas seulement dilapidé les richesses du pays, mais ils ont surtout étouffé toute expression libre et toute réflexion contradictoire en mettant une épaisse chape de plomb sur toute la société.
Le cercle de cette bourgeoisie d'Etat, frauduleuse et parasitaire, et qui impose au peuple une existence amère. Les richesses et l'argent acquis par les détournements des capitaux publics et les pots-de-vin doivent être restitués au Trésor public.
Cet argent placé entre les mains des bourgeois de l'Etat et qui fait fonctionner les mécanismes de la dictature et écrase la dignité des hommes et des femmes en leur imposant de fait les affres d'une vie précaire et d'une misère noire qui s'agrippe aux parois de leur quotidien.
Les ennemis du peuple sont aussi ceux qui ne pensent qu'au fric et à la réussite, les affairistes, les privilégiés du système, les clientélistes obnubilés par le gain, les députés croupions ou récupérés par le gouvernement, les bureaucrates malhonnêtes et tous les escrocs mercantiles qui s'enrichissent sur les dos des pauvres gens.
Le passage de formalisme démocratique à la démocratie effective exige une véritable compréhension de concept «Démocratie».
Depuis plusieurs dizaines d'années, le mot «démocratie» provoque des débats houleux et suscite des résonances dans l'esprit des masses populaires en lutte pour l'égalité, la justice sociale, les droits de l'homme, la liberté sous toutes ses formes ou pour l'amélioration de leur niveau de vie. Chez nous, particulièrement depuis les premiers soulèvements populaires qui ébranlent le pays, ce concept coule sur toutes les lèvres.
Avant de parler des diverses normes de procédure qui doivent être présentes dans une démocratie politique moderne, tâchons de fixer et d'expliquer le sens de ce terme qui coule et circule comme une monnaie dévaluée sur la place du marché politique.
D'un côté, inlassablement, les hommes politiques de toutes tendances et appartenances cherchent à s'attribuer et s'approprier l'étiquette. De l'autre, contrairement, les spécialistes hésitent à l'utiliser sans qualificatif en raison de la confusion et de l'ambiguïté qui l'entourent. Beaucoup d'études et de recherches, anciennes ou récentes, ont tenté de définir ce concept.
Au sens vaste, la démocratie politique est un système de gouvernement où les dirigeants sont responsables de leurs actions, dans le domaine public, devant des citoyens qui agissent indirectement par le truchement de leurs représentants élus.
Charles de Montesquieu disait : «Lorsque dans la République, le peuple en corps a la souveraine puissance, c'est une démocratie.» Pour Rousseau, «la démocratie s'adapte mieux aux Etats dont le gouvernement est confié à la plus grande partie du peuple.»
La définition de la démocratie la plus répandue exige qu'elle comporte des élections régulières, libres et honnêtes.
L'idéal démocratique doit combiner la citoyenneté qui suppose la liberté de choix politiques avec le respect des identités des besoins et des droits. Il est clair pour tous et pour toutes qu'un vrai système démocratique exige des conditions minimales en matière de procédure qui doivent être réunies dans une vraie démocratie.
Dans une démocratie moderne, les élus sont choisis au cours de scrutins fréquents et honnêtes dont toute coercition est virtuellement exclue. Les élections sont de la nature de la démocratie.
Dans une démocratie, la Constitution accorde à des élus un droit de regard sur des décisions politiques du gouvernement. En démocratie, tout se fait au vote : «Tu n'es le meilleur que si tu es choisi par tous». Les élections sont devenues progressivement la force ordonnatrice des peuples et des Etats.
La justice, elle, doit se réapproprier son indépendance et son pouvoir constitutionnel usurpé par l'Exécutif. La séparation des pouvoirs est la seule règle qui peut garantir son autonomie. Les pouvoirs de l'ombre, ceux de l'argent, de passe-droits et autres ne doivent pas entraver ses mécanismes pour laisser prospérer l'injustice, l'abus et la corruption.
C'est ainsi que la vraie démocratie est un système qui consacre le principe de l'égalité des citoyens devant la loi qui est la décision de la volonté générale et de l'expression la plus pure de la liberté individuelle. Et c'est ainsi que dans une démocratie, «l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté», disait Jean-Jacques Rousseau.
Dans une République, l'institution militaire s'occupe principalement de la défense du territoire et de la sécurité des citoyens. S'impliquer dès lors dans la chose politique est synonyme d'une dérive dont les conséquences pourront être fâcheuses sur la stabilité des institutions républicaines et sur de la paix dans la Cité.
Dans une démocratie moderne, les citoyens ont droit aussi à une pluralité de sources d'information dont l'existence est protégée par la loi. En effet, il n'y a pas de démocratie sans pluralité de sources d'information, sans liberté de la presse, sans le droit reconnu à chacun de recueillir, de chercher, de recevoir des informations et de les diffuser.
«Tout être humain a droit à la liberté dans la recherche de la vérité, dans l'expression et la diffusion de la pensée. Il a droit également à une information objective», disait Jean XXIIIe.
La communication et la confrontation d'idées ne peuvent être respectées qu'avec, premièrement, la pluralité des secteurs (public, privé), deuxièmement, la pluralité des organes (presse écrite, l'audiovisuel…), et enfin la pluralité d'opinions et d'interprétations des discours.
Dans une République démocratique, on ne tabasse pas les étudiants en violant l'enceinte universitaire. On n'interdit pas les rassemblements pacifiques dans les rues et les places publiques. On n'interdit pas la tenue des Cafés littéraires et des conférences-débats. Bref, on n'empêche pas la société de s'organiser.
Dans une nation civilisée, on ne dénude pas les femmes dans un commissariat. Au lieu de les marginaliser et de les brutaliser, il faut leur donner la place qu'elles doivent avoir dans la Cité. Il est clair que cela ne peut se concrétiser que par l'abrogation du Code de la famille. Artisane de l'histoire, le rôle capital de la femme non seulement dans la résistance aux côtés de l'homme aux successives agressions subies par le peuple mais aussi dans toutes les luttes démocratiques doit être revalorisé.
L'école doit être totalement repensée dans la forme et dans le fond. Elle n'appelle pas seulement de réformes, mais elle exige fondamentalement une refonte moderniste radicale. Il est temps de traiter résolument et définitivement la problématique de l'éducation et de dépasser toutes les questions secondaires, idéologiques et politiciennes qui aggravent et empirent de plus en plus la situation de notre école.
L'Algérie a besoin d'une école et d'une université dignes de ce nom. Il est criminel et antinational de continuer à s'abstenir dans le refus de la démocratisation de l'appareil éducatif.
Dans des Etats autoritaires et machistes qui entravent les droits de l'homme, le savoir lui-même est un grand danger. «L'éducation y est donc, disait Charles de Montesquieu dans ‘‘De l'esprit des lois'', en quelque façon nulle. Il faut ôter tout afin de donner quelque chose ; et commencer par faire un mauvais sujet pour faire un bon esclave.»
En vue d'obtenir un peuple servile, obséquieux, semblable à un troupeau malade, passif à souhait, en appliquant cette règle machiavélique et totalitaire, le pouvoir algérien a adopté depuis 1962 la politique d'abrutissement des écoliers dès qu'ils sont confiés à l'établissement scolaire, en éliminant toutes leurs capacités intellectuelles, interdisant l'intelligence en Algérie, pays de savoir et des génies.
Les langues étrangères doivent être immédiatement revendiquées et pleinement assumées par l'école. Le tamazight, la langue maternelle et originelle de tout le peuple, doit cesser d'être frappé d'ostracisme, d'exclusion et de négation. Reconnue comme langue nationale et officielle, elle doit être enseignée dès le cycle primaire.
C'est à l'Etat d'œuvrer à sa promotion et à sa diffusion. Socle identitaire inébranlable, aux côtés de deux autres composantes qui sont l'arabité et l'islam, elle droit être promue dans toutes ses dimensions culturelle, linguistique et civilisationnelle.
Les programmes scolaires doivent être adaptés aux besoins de la société d'aujourd'hui, aux aspirations du peuple du troisième millénaire et aux exigences de l'universalité. Ils auront à semer la tolérance et le patriotisme, à intégrer le savoir et les libertés de pensée, de conscience, d'opinion et de vivre différemment ainsi que le respect et les droits de l'homme et non le contraire.
Aujourd'hui plus que jamais, nous sommes interpellés par l'Histoire et par le devoir pour sauver notre école si on veut une République moderne et démocratique, ouverte sur le monde extérieur et sur les valeurs de la culture universelle, à la fois impliquée dans la modernité et nourrie de la sève de nos origines.La séparation du religieux et du politique est l'une des conditions fondamentales pour l'édification d'une véritable démocratie.
Les Algériennes et les Algériens doivent défendre tout d'abord le principe de la laïcité en suggérant de rechercher la solution au drame qui sape le pays dans le fond des choses qui garantissent le droit à la véritable citoyenneté à toutes et à tous, indépendamment des conceptions religieuses ou du clergé.
La laïcité est le meilleur protecteur de la religion contre toutes les perversions qui peuvent la menacer. Seule la laïcité peut nous assurer une sortie salutaire de «La République de l'abîme», expression chère à notre ami, l'écrivain Louenas Hassani qui a signé son deuxième roman sous ce titre justement La République de l'abîme après sa première fiction La coureuse des vents, (les deux romans édités au Québec chez les Editions Interligne, respectivement en 2016 et en 2017) vers la République des lumières.
Ce n'est que par la séparation du religieux et du politique que le pays peut se libérer de cangues de la tyrannie du pouvoir et de ténèbres de l'obscurantisme religieux qui ravagent la patrie et qui conduit inéluctablement la société vers les ténèbres. L'exigence est de plus en plus urgente.
La construction d'un Etat de droit civil exige un labeur, des réflexions, du temps et surtout de la persévérance. La démocratie ne s'érige pas sur la base de slogans creux, encore moins sur la démagogie et l'hypocrisie. Les élites nationales sont appelées à s'unir, à se reconnaître, à se mobiliser et à s'exprimer ouvertement et patriotiquement sur cet idéal républicain à construire.
C'est à elle d'animer, d'impulser et d'organiser ce débat déterminant autour de l'édification républicaine nationale.
L'idéal républicain ne se construit pas du jour au lendemain et l'histoire nous a appris que tout s'arrache et rien ne se donne.


Par Yacine Hebbache
Poète et écrivain,Diplômé en sciences politiques


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