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Un peu d'utopie, s'il vous plaît !
Hassi Messaoud II
Publié dans El Watan le 04 - 09 - 2005

Créer un établissement humain dans le désert est un immense défi pour l'aménagement du territoire, l'urbanisme, l'architecture et toutes les disciplines concernées par la production et la gestion de l'espace.
L'expérience algérienne dans ce domaine est significative d'une segmentation des processus de production du cadre bâti en projets ponctuels sans articulation et sans cohérence avec un schéma d'ensemble. L'absence de planification réelle et d'étude préalable des impacts des plans d'urbanisme et des projets génère des incohérences aux multiples incidences urbanistiques, architecturales, sociales, économiques, écologiques et politiques. Hassi Messaoud, Illizi, Ouargla et autres villes sahariennes ont subi une urbanisation sous pression des besoins et sans cadre de cohérence urbain, encore moins régional. Plus encore, ces développements n'ont pas été pensés et sont le fait d'une sédimentation d'actions sectorielles inscrites dans une approche urbaine standardisée dénuée de toute considération des spécificités des contextes d'intervention. Le résultat est édifiant : en quelques années le site pétrolier Hassi Messaoud devient une ville de 60 000 habitants en péril. Une croissance urbaine fulgurante (8000 habitants en 1987) au mépris des règles d'urbanisme et de sécurité industrielle. Dans ce chaos urbain, l'architecture et la qualité du cadre de vie sont loin d'être une préoccupation. A l'instar des autres villes et villages du territoire, la course à l'approbation immobilière préside la croissance de l'espace et du cadre bâti. Les constructions sont très onéreuses, inconfortables et énergivores, parce qu'inadaptées au climat. Alors que l'architecture et les réseaux modifient le mode de vie et l'utilisation de l'eau, les infrastructures techniques sont souvent incomplètes ou inappropriées, causant des risques majeurs de pollution des ressources en eau potable et de l'environnement en général. Délocaliser Hassi Messaoud est une nécessité incontournable et urgente. Mais il est aussi important de faire de ce projet l'occasion de capitaliser l'expérience dans le domaine de l'aménagement et de l'urbanisme pour penser la ville et la concevoir sans risques de reproduire les maux urbains actuels. Au-delà d'un marché à prendre, ce projet devrait être un sujet de recherche pluridisciplinaire et expérimental pour l'ensemble des acteurs concernés et des universitaires, dont certains (voir les travaux de fin d'études en architecture et urbanisme) ont une avance théorique sur la question. Ce projet peut être un formidable rendez-vous intellectuel où il est permis d'imaginer et de projeter une ville nouvelle au sens plein du terme, d'apprendre à concevoir des cités qui s'approprient les ressources du désert et s'adaptent à ses servitudes, comme le furent les Ksour, sachant que l'Algérie est un pays aride à 90%. D'apprendre à bâtir des cités modernes et enracinées dans la culture et l'architecture locales ; des cités où l'anonymat et l'isolement n'ont pas de place, où la citoyenneté ne souffre pas de l'exclusion... Bref, apprendre à concevoir des cités où il fait bon vivre pour tous. La mise en projet de cette ville nouvelle est à saisir comme un appel à cette contribution intellectuelle qui donne une place à l'invention, à la création, à cette autre vision de la ville, pourquoi pas empreinte d'utopie. « Voir autrement » met les bureaux d'études intéressés dans une démarche méthodologique particulière ; leurs propositions iraient au-delà des esquisses du plan d'aménagement urbain pour 80 000 habitants prévus, de la forme architecturale et du programme de logements et d'équipements. Tout est à repenser à la lumière de l'expérience du fonctionnement et les dysfonctionnements des villes actuelles, sahariennes en particulier en tenant compte des innovations et des problématiques émergentes d'ici et d'ailleurs : repenser la taille, l'organisation de l'espace, l'architecture, les matériaux, le confort thermique et sanitaire, le système de l'eau, l'énergie, l'équipement des habitations, le traitement des déchets, les espaces et services publics, les activités... Les solutions opérantes dans des contextes ordinaires ne devraient pas s'imposer par convention sans validation préalable de leur viabilité dans la cohérence globale du projet et l'aire d'intervention. Un « concours » sur ce projet serait un excellent moyen de réveiller l'utopie, faire émerger et confronter les idées et les solutions autour de la passionnante problématique des cités du désert. L'exigence de la pluridisciplinarité de l'approche nécessite un partenariat et une mutualisation des connaissances et des compétences à même de faire de ce projet une expérience intellectuelle partagée, passionnante et enrichissante. En revanche, toute approche classique de ce projet serait une régression monumentale tant l'opportunité de « penser et agir autrement » est bien réelle. Les prévisions de financement étatiques et l'appel aux bureaux d'études portant la création de la ville nouvelle montrent la volonté des pouvoirs publics de porter le projet tout en laissant (même si le choix du site et la taille de la ville semblent déjà fixés) la maîtrise d'ouvrage aux spécialistes. Pour la réussite de cet exercice de planification et de conception de la première ville nouvelle saharienne, les architectes de ce projet feront l'effort de rupture épistémologique, c'est-à-dire de mettre à plat référentiels, standards, normes et solutions fussent-ils consacrés.
Tirer les enseignements
Autrement dit, toutes les questions et les remises en question sont recevables et nécessaires. Pourquoi une ville de 80 000 et pas deux ou trois petites villes de 20 à 30 000 habitants ? Pourquoi pas l'énergie solaire ? Faut-il individualiser les dispositifs de traitement des eaux et des déchets ? Quelle place pour l'architecture bioclimatique ? Quelle place pour le béton de ciment et les matériaux locaux ? Ne faut-il pas optimiser la consommation d'eau potable ? Quelle typologie de l'habitat ? Faut-il revêtir les trottoirs en bitume ? etc. Cette mise en question systématique des solutions et techniques établies permet avant tout d'envisager l'existence d'autres alternatives et exige leur recherche/évaluation et éventuellement leur intégration dans le projet. Ce projet est ainsi l'occasion de tirer les enseignements de plusieurs années de développement urbain, de planification et de croissance spontanée. C'est aussi le moment de récolter le fruit des expériences et les recherches réalisées dans le domaine de la construction, de dépoussiérer des techniques douces utilisées avec succès dans certains pays, de revisiter et peut-être récupérer les techniques des architectures traditionnelles, d'habiliter par exemple un matériau conçu pour la construction en milieu saharien : le béton de terre stabilisé (BTS). Le secteur de l'habitat a consenti d'importants investissements pour l'expérimentation du BTS durant les années 1980 avec pour objectif de le substituer aux matériaux classiques trop coûteux et inadaptés. Même fabriqué avec des presses manuelles ou hydrauliques de moyenne performance, le BTS est un excellent matériau, adapté au climat chaud, productible localement et à moindre coût. Le BTS est validé par le Centre de recherche en bâtiment (Cnerib) qui a élaboré en conséquence des recommandations pour sa mise en œuvre et un cahier des charges pour sa fabrication. Paradoxalement, on construit encore au Sahara en béton armé, en briques rouges et parpaings de ciment acheminés à prix fort du nord du pays. Est-ce pertinent de continuer à construire trop cher pour un confort insuffisant et une dépense d'énergie de plus en plus lourde pour les ménages ? Plusieurs raisons expliquent l'absence du BTS dans l'immense chantier algérien. Outre les paramètres psychoculturels donnant la cote au béton et l'absence d'évaluation des expériences de construction en BTS, il faut noter les résultats mitigés des machines italiennes et belges testées en Algérie. En effet, les petites presses hydrauliques installées dans certaines villes sahariennes n'ont pas été à la hauteur des capacités de production escomptées. Les arrêts récurrents causés par les pannes du système hydraulique (incompatible avec la chaleur) ont réduit l'intérêt pour ce matériau. L'arrivée sur le marché d'une presse franco-allemande (Geoluce) à compression mécanique plus performante et de capacité industrielle a corrigé les contre-performances des petites presses testées. Intégrée dans une unité de production complète, cette presse peut atteindre une capacité de production allant jusqu'à 6000 blocs/jour, répondant ainsi aux besoins des grands projets de construction. Le projet HM2 pourrait être l'occasion privilégiée pour consacrer ce matériau et les technologies qui lui sont associées pour créer une ville nouvelle confortable, moderne, sûre, économique, écologique et sans nuisance.
Solution alternative
Au moment du lancement de la réflexion et des études sur le projet du HM2, il est important d'insister sur l'existence de cette solution alternative viable et à hauteur du défi que les architectes du projet ont à relever. Le béton de terre stabilisé a toutes les chances de s'imposer dans la mise en œuvre de ce projet et par là même dans la construction en général, grâce à ses nombreux avantages exceptionnels qui en font un matériau révolutionnaire :
1 Il est adapté à la construction pour le grand nombre : le BTS est le matériau le plus adapté aux exigences des politiques d'habitat confrontées à la crise du logement. Productibles localement, sur site de construction, avec des qualités exceptionnelles, les blocs de BTS sont la réponse à la demande quantitative et qualitative de logements et d'équipements. En plus des blocs porteurs, le béton de terre stabilisé peut, suivant les presses, servir à fabriquer des tuiles, des dalles et bordures de trottoirs et des pavés d'une résistance exceptionnelle.
2 Il permet de construire et d'habiter à moindre coût : le BTS est le matériau économique par excellence. Il garantit le plus bas prix de la construction grâce à la réduction importante sur la totalité du procès de construction (coût du matériau, mise en œuvre, temps de réalisation, main-d'œuvre, consommation d'énergie en production et en utilisation, transport des matières premières et du matériau, entretien...). Grâce au confort thermique naturel procuré par le BTS, l'élimination possible de la structure jusqu'à R+1, des travaux et matériaux d'isolation (revêtement et crépissable des parois et des équipements de climatisation...), procure davantage d'économies.
3 Il s'adapte à tous les climats : grâce au système de pilonnage mécanique d'une puissance allant jusqu'à 300 bars/cm2, le matériau BTS s'adapte à tous les climats, les saisons et les régions. Il assure le confort et la sécurité sous le froid, la chaleur, l'humidité, en basse et haute température. Il résiste aux aléas climatiques : vents, pluie, sécheresse, écarts de température, humidité.
4 Il garantit la longévité des bâtiments : la résistance des matériaux obtenue avec le système de pilonnage mécanique permet aux constructions de durer plus que les bâtiments en terre crue et autant, voire plus que ceux édités en béton de ciment. Associé à des techniques simples déjà testées, le BTS peut s'adapter au risque sismique sans surcoût.
5 C'est un matériau universel : la fiabilité, la viabilité et l'adaptation à tous les contextes font du BTS un matériau approprié à toutes les constructions, partout et pour tous : cultures, peuples, régions, climats, catégories sociales, types d'opérateurs... Il peut être mis en œuvre aisément par les professionnels et les autoconstructeurs. Il peut être utilisé en murs porteurs ou en parois de structures en béton.
6 Il garantit le confort thermique : le BTS procure un confort thermique inégalé par les matériaux utilisés, y compris la terre crue à épaisseur égale. C'est un matériau exceptionnel capable de remplacer à lui seul la combinaison de technologies de régulation thermique extrêmement coûteuses et souvent polluantes. Naturellement climatisés, les bâtiments construits en BTS permettent des ambiances agréables quelle que soit la température extérieure et cela sans surcoût avant ou durant l'utilisation permettant une réduction exceptionnelle de la consommation énergétique.
7 C'est un matériau écologique : fabriqué essentiellement avec la terre et un minimum de ciment, le BTS est le matériau propre par excellence. La construction en BTS est un processus de production de l'espace bâti sans aucune pollution de l'environnement et sans dangers pour la santé de l'utilisateur. De l'extraction de la matière première à son utilisation comme habitation ou bâtiment professionnel en passant par sa fabrication, le BTS n'a aucune incidence sur l'équilibre de la nature. Acceptant (sur les presses Géoluce) toutes sortes de terre, latérite, sables et tous venants, le BTS peut contribuer à la résolution du problème du désensablement des plages et des cours d'eau, désormais protégés par la loi.


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