Santé de Bouteflika et relations algéro-françaises : Quand Bajolet se lâche…    ANP : Gaïd Salah installe le nouveau commandant des forces terrestres    «Nous craignons un règlement de comptes»    Le RCD réaffirme sa position    Reddition de deux terroristesà Tamanrasset    ETRHB va obtenir la totalité des actifs du groupe espagnol Villar Mir dans Fertial : Les travailleurs protestent et interpellent le ministre de l'energie    Entre les menaces de Trump et les divisions au sein de l'OPEP : Difficile et houleuse sera la réunion d'Alger    Allemagne : Alstom lance l'aventure du train à hydrogène    CMAE: Zerouati examine avec ses homologues africains les défis de l'environnement dans le continent    Caisse nationale des assurances sociales La situation financière de l'institution est "équilibrée"    L'Algérie "resserre l'étau sur les groupes armés terroristes dans la région"    Syrie : Un sommet russo-turc pour déterminer l'avenir de la province d'Idlib    Sahara occidental : Le Front Polisario dépose plainte au Tribunal de Paris contre une société française    Guerre commerciale : La Chine ne dévaluera "jamais" le yuan    L'Algérie suspend la protection policière    Jaafari dénonce l'agression israélienne    Le MCA en péril à Oran    Engloutissement de deux enfants dans l'oued Mellah    2 morts et sauvetage de 11 personnes bloquées dans leurs voitures    Coups de couteau, viols et rixes mortelles… c'est l'été meurtrier La France est-elle devenue un pays violent ?    Pluies torrentielles à Bouira : Routes coupées et commerces inondés à Ighrem    Catastrophes naturelles en Algérie : 25 milliards de dinars de pertes en 2018    La bravoure des habitants d'El Kantouli    "Achoura" noire à Constantine    A Alger, les femmes ne sont en sécurité nulle part !    Maurice Audin revient cette semaine !    «Le GPRA, précurseur d'une diplomatie révolutionnaire et moderne»    Témoignage sur le parcours de Boualem Bessaïh :    Les promesses des dirigeants déjouent la grève des joueurs    Le supporter serait-il pris par la mauvaise gestion ?    Bendjemil désigné nouvel entraîneur national    Un appel au don de sang entendu    Les gagnants du Leapfrog Hack intègrent Sofrecom Tunisie pour un stage d'été    Des milliers d'employés de l'Unrwa manifestent à Ghaza contre des licenciements    Plus de prérogatives aux élus ?    Les habitants de Djanet fêtent la S'beiba    Gaïd Salah à l'installation du nouveau commandant des Forces Terrestres: «La sécurité de l'Algérie est au centre de nos priorités»    Ligue 1 Mobilis MCO – MCA, gare au perdant!    Les carnets de Hartmut Elsenhans de Rachid Ouaissa: La France reconnaitra-t-elle tous ses crimes ?    Leader de la Ligue 1 Mobilis: La JSK enfonce le CRB    La Hollande propose son soutien : Des opérateurs exposent les maux de l'exportation algérienne    Le football national… au plus bas    Equipe nationale : Belmadi dirigera la sélection des «locaux»    Djamel Allam vu par ses proches et ses amis : Un poète d'une grande sensibilité et immense générosité    Lutte antiterroriste : «L'Algérie resserre l'étau sur les groupes terroristes dans la région»    L'histoire est écrite par les vainqueurs mais l'histoire des vainqueurs n'est pas l'histoire qui finit, tôt ou tard, par reprendre ses droits    Le peuple algérien n'arrive pas à trouver l'organisation et le mot d'ordre fédérateur    Le PCF a boycotté le PAGS et continuait à inviter le FLN à sa place    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Karim Amellal (Auteur de l'essai Discriminez-moi !)
« Nous avons besoin d'un nouveau projet de société »
Publié dans El Watan le 14 - 11 - 2005

Le parcours de Karim Amellal est atypique. Franco-Algérien, il a vécu longtemps en Algérie avant de s'installer dans la banlieue parisienne. Il a fréquenté les grandes écoles et vient de publier un essai ( Discriminez-moi ! Flammarion) qui fera date. A 27 ans, le jeune essayiste crie sa révolte et dit qu'une autre France est possible.
Avez-vous été surpris par les émeutes qui secouent les banlieues françaises depuis deux semaines et comment les analysez-vous ?
Non. Ces émeutes étaient à la fois logiques et prévisibles. Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. Or, cela fait plus de vingt ans que rien n'a été véritablement entrepris pour lutter contre le creusement des inégalités, l'ampleur des discriminations raciales, les multiples ségrégations sociales et économiques qui emprisonnent dans des ghettos les personnes qui vivent dans les quartiers défavorisés, surtout les jeunes. Nos gouvernants ne cessent d'envoyer des signaux négatifs : ils ont peur de l'Islam, peur de la diversité culturelle, peur des quartiers, et comme ils ont peur, ils ont préféré refermer le couvercle sur la réalité des banlieues. Il n'a fallu qu'une étincelle, les mots de Sarkozy, pour enflammer le brasier. Aujourd'hui, on assiste, non à des actes de délinquance sauvage perpétrés par des « racailles », mais à un acte de révolte contre une société et des élites perçues comme autistes. Enfin, je pense que l'importance de ces émeutes doit nous alerter sur le degré de frustration des jeunes issus de l'immigration : ils ne peuvent plus tolérer l'exclusion globale dont ils souffrent, l'absence de représentation, l'impossibilité de sortir du ghetto. A force d'avoir ignoré et laissé pourrir tous ces problèmes, on a créé une situation hautement à risque, proche de celle qui a préfiguré des types bien plus graves d'émeutes raciales, comme aux Etats-Unis.
Le titre de votre livre, Discriminez-moi, ressemble à un cri de révolte, d'amour et de désespoir...
Oui. Je suis révolté et désespéré par l'incurie des hommes politiques depuis vingt ans. Nous en sommes toujours au même point et cela fait mal. Le décalage qui existe entre les nobles principes de la République et la cruelle réalité des ghettos français est insupportable. La propension de la France à sans cesse s'ériger en donneuse de leçons à l'étranger, sur le terrain des droits de l'homme notamment, contraste avec son incapacité chronique à se remettre en question, à s'adapter à la réalité d'un pays devenu, qu'on le veuille ou non, multiculturel et multiconfessionnel. Le hiatus existant entre les droits formels affirmés dans les textes et les droits réels liés à une fraction importante de notre société, les personnes issues de l'immigration, est intolérable. Ma révolte vient aussi de ce que notre imaginaire national n'a finalement que peu évolué depuis la colonisation : la figure de l'« autre », l'étranger ou celui qui y ressemble, l'Arabe en particulier, continue de faire peur, de déranger et de susciter le rejet. Je suis donc désespéré et révolté par ce que je vois et ce que j'entends, mais je suis en même temps fier d'être un Français d'origine algérienne. J'aime mes deux pays comme un enfant aime à la fois son père et sa mère.
Le diagnostic est donc clair : l'intégration à la française est une impasse. Que faut-il faire à votre avis ? Instaurer la discrimination positive ?
Je ne dis pas que l'intégration à la française est une impasse. Elle a tout de même eu de beaux succès... mais au siècle passé ! Nous devons aujourd'hui adapter ce modèle sans toutefois trop rogner les principes qui le fondent. La République doit « digérer » la diversité culturelle, les différences culturelles, les religions, et non les rejeter en marge, les exclure du système. Nous avons besoin d'un nouveau projet de société, moderne, correspondant à la réalité multiculturelle de notre pays. Les jeunes des quartiers ne croient plus en la République, ils ne savent même pas ce que c'est. Il n'y a plus de « modèle », qu'un grand vide où s'insinuent toutes les frustrations. Pour redonner du sens à tout cela et recréer un modèle, il faut de puissants symboles, il faut une machine à positiver là où il n'y a que de l'échec. Il faut aussi taper un grand coup tant on a accumulé de désespoir. C'est pour cela que je préconise une discrimination positive, provisoirement, afin de produire de l'espoir, de nouveaux horizons de réussite ; bref, pour rétablir une égalité des chances qui aujourd'hui n'existe que sur de vieux parchemins.
On retrouve dans votre livre, dès la page 20, le mot « racaille ». Quelle est donc l'image aujourd'hui d'un jeune beur ?
Pour une vaste majorité de la population française, les « beurs » ont une image négative, en témoignent de nombreux sondages d'opinion sur le sujet. En réalité, les clichés sont nombreux et font encore écho, à certains égards, à la prégnance d'un schéma de type néocolonial dans notre imaginaire national. C'est vrai que pour beaucoup de Français, les jeunes beurs qu'ils voient à la télé, arborant une casquette et parlant en verlan, sont des « racailles ». Mais peut-on, à l'instar du ministre de l'Intérieur, se borner à de tels préjugés ? Naturellement non. Le problème, c'est que la très faible représentation (c'est un euphémisme) des personnes issues de l'immigration dans les lieux de pouvoir (grandes écoles, haute administration, politique, grandes entreprises) confirment d'une certaine manière les préjugés : autrement dit, pense-t-on, s'ils ne sont nulle part, c'est que ce sont vraiment des « racailles » ! C'est aussi pour cela qu'il faut des symboles puissants, pour changer les mentalités : plus on verra de personnes issues de l'immigration réussir (ce qui suppose de lever les barrières), plus on rétablira le dialogue, la confiance et la compréhension mutuelle.
Quand on s'appelle Karim Amellal et qu'on est diplômé de sciences po, est-ce qu'il est facile de trouver du travail ?
Le fait de passer par des grandes écoles (j'ai fait sciences po mais je suis aussi passé par l'Ecole supérieure de commerce de Paris) facilite beaucoup les choses : cela donne les codes et nous permet de nous insérer dans de bons réseaux. Dans cette mesure, les grandes écoles, pour les personnes issues de l'immigration, n'ont rien à voir avec les universités. C'est d'ailleurs pour cela qu'il faut élargir l'accès des grandes écoles aux personnes issues de l'immigration. Cela dit, j'ai un parcours assez atypique : je suis né en France, d'une mère française et d'un père algérien, et j'ai ensuite vécu plusieurs années en Algérie avant de venir m'installer dans une cité du Val-d'Oise. J'ai maîtrisé très tôt, grâce à mes parents, les codes culturels et sociaux requis pour une progression sociale optimale. Je ne suis pas un vrai « beur », je n'ai pas passé toute ma vie dans un quartier sensible même si je connais très bien cette réalité.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.