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Rachid Grim : «Dans la pratique, la police politique existe toujours»
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Publié dans El Watan le 15 - 03 - 2011

- Le ministère tunisien de l'Intérieur a annoncé, le 7 mars, la dissolution du corps de la police politique et de l'appareil de la sécurité d'Etat. Pourquoi, selon vous, la société civile tunisienne a fortement réclamé cette dissolution ?
Je crois que la réponse est évidente. La Tunisie de Ben Ali était le type même de l'Etat policier. Je ne sais pas si le chiffre d'un policier pour cinq Tunisiens était vrai, mais tous ceux qui avaient visité ce pays en ces temps-là avaient pu constater de visu combien le peuple tunisien craignait la police sous toutes ses formes. Surtout les policiers en civil qui étaient étiquetés «police politique» ; une police de triste réputation. Cette police politique était le pire symbole du système politique tunisien, avec ses arrestations arbitraires, les disparitions d'opposants (ou seulement soupçonnés d'être des opposants), les tortures systématiques, les assassinats, etc. Il est donc normal que la dissolution du corps de la police politique et de l'appareil de sécurité d'Etat soit l'une des toutes premières revendications de la société civile tunisienne. C'est le symbole même de la rupture avec l'ancien régime.


- Pensez-vous qu'avec cette dissolution, la révolution tunisienne a atteint ses objectifs et que plus rien ne s'oppose à la mise en place d'un système politique démocratique en Tunisie ?
La dissolution du corps de la police politique est nécessaire, mais pas suffisante pour la mise en place – et la pérennisation – d'un système politique démocratique. La démocratie n'est pas seulement une affaire de police et de droits – individuels et collectifs – des citoyens. Ce sont des institutions adaptées ; les libertés fondamentales reconnues, garanties et défendues ; l'intérêt général qui prime sur les intérêts particuliers ; un système électoral qui permet la représentation de tous les courants politiques ; une société civile forte et active ; et surtout, une justice vraiment indépendante du pouvoir. Tout cela n'est pas encore complètement acquis en Tunisie. Mais l'espoir de voir la démocratie réellement s'installer existe dans ce pays : les acteurs de la Révolution du jasmin semblent toujours vigilants. Ils ont mis les autorités intérimaires sous surveillance et refusent tout ce qui peut leur sembler ramener le pays vers le système passé. Il faut espérer que cette vigilance continuera longtemps et que la révolution ne sera pas récupérée par les uns ou les autres (ce qui reste du système de Ben Ali, ou par d'autres courants politiques de nature totalitaire, comme les islamistes). Ce qui est arrivé en Algérie après Octobre 1988 doit servir de leçon aux révolutionnaires tunisiens, pour ne pas se laisser récupérer.


- Quel était vraiment le poids de la police politique en Tunisie et dans le monde arabe ?

C'était un poids vraiment très lourd. On l'a vu même à l'étranger où les Tunisiens qui voyageaient en groupe se méfiaient les uns des autres et évitaient de parler politique entre eux et, bien entendu, avec des étrangers. Dans le monde arabe aussi, le poids de la police politique est énorme. Tout le monde connaît le pouvoir et la puissance des moukhabarate égyptiennes, d'avant la Révolution de la place Ettahrir. Ailleurs aussi – en Syrie, en Jordanie, au Soudan, au Maroc, en Libye et même dans les pays du Golfe –, la police politique est omniprésente et omnipotente. Pratiquement, tous les pouvoirs arabes gouvernent et se maintiennent, en grande partie, grâce au système de surveillance policière des organisations (partis politiques, syndicats, associations de défense des droits de l'homme et société civile en général) et des populations.


- A l'instar de la Tunisie, l'Egypte vient également de vivre une révolution qui a d'ailleurs contraint Moubarak et le patron des services de renseignements à quitter le pouvoir. Est-il possible aussi d'imaginer que la police politique puisse, à moyen terme, être dissoute dans ce pays où les militaires gardent encore la haute main sur les affaires ?
Le problème de l'Egypte se pose différemment. Le régime Moubarak, continuateur de ses deux prédécesseurs – Nasser et Sadate – est un régime militaire. Il a été mis en place par les militaires pour leur propre service. La révolution de février 2011 n'a pas mis fin au régime militaire. Celui-ci semble avoir sauvé son existence, en sacrifiant Moubarak et quelques-uns de ses affidés les plus compromis. Contrairement à la Tunisie qui essaie d'aller vers un autre système politique – plus démocratique et moins dépendant de clans particuliers – la révolution égyptienne semble avoir gardé confiance en l'armée. C'est elle qui détient la réalité du pouvoir et qui fera tout pour la garder. Même si dans un premier temps, l'armée cédera une partie de celui-ci, cela ne remettra pas en cause le principe que ce sera toujours elle qui en sera la détentrice exclusive. Le régime militaire égyptien occupe une place particulière dans le jeu politique des Etats-Unis au Proche et Moyen-Orient. Il est l'élément indispensable pour la «pacification» du monde arabe au regard du conflit israélo-palestinien. Il est l'un des acteurs principaux de la politique des Etats-Unis dans la région. C'est pour cela qu'ils ont pesé de tout leur poids pour sauver le régime militaire égyptien. Il y aura certainement pendant un temps – encore indéfini – un assouplissement du régime en faveur de plus de liberté et de «démocratie». Mais il ne semble pas que l'armée – et par conséquent sa police politique – cède la place à un régime réellement démocratique.

- D'après vous, la police politique existe-t-elle encore en Algérie ? Qu'est-ce qui vous le fait dire ?
En théorie, la police politique algérienne n'existe plus. Du moins plus celle connue sous le vocable de «SM». Mais dans la pratique, elle est toujours présente. Elle a seulement changé de support. L'arrivée au pouvoir, en 1999, de l'actuel Président a coïncidé avec une action de déstabilisation de l'armée, en tant que source et unique détentrice du pouvoir politique en Algérie. Le Président, c'est connu, avait consacré son premier mandat à reprendre tout le pouvoir que lui donnait la Constitution, au détriment du pouvoir réel (celui détenu par les généraux). Et il a réussi au-delà des attentes. Le Président avait, dès 1999, exprimé toute son admiration pour le système politique tunisien : peu d'armée et beaucoup de police.
Il a fait en sorte que les activités de police politique exercées jusque-là par l'armée (DRS) passe petit à petit à la DGSN. Les pouvoirs et la puissance de la police ont été très fortement renforcés au détriment de l'armée. Tout le monde a pu se rendre compte de ce qu'est devenue la police depuis le début des années 2000 : un corps suréquipé avec des effectifs démultipliés. Aujourd'hui, on se rend compte que tout passe par elle, y compris l'activité de police politique. Le fait d'avoir nommé un général de l'armée à la tête de la police exprime peut-être un reste de lutte de clans au sommet du pouvoir et une manière qu'a encore l'ANP de peser sur ce dernier. Mais dans les faits, c'est la DGSN qui détient la réalité des pouvoirs de police, y compris politique.


- Cette police politique répond, selon vous, aux ordres de qui ou de quel centre de décision ?

Pour le moment elle obéit aux ordres du Président ; lequel, quoi qu'en pensent et disent tous les défenseurs «du pouvoir réel» (sous-entendu, celui des généraux), détient la totalité des pouvoirs. Je pense que même son état de santé ne l'empêche pas, pour l'instant, d'être le vrai patron du système politique en place.
Le retour aux manettes de l'armée n'est pourtant pas une vue de l'esprit. Il suffit de peu de choses, par exemple un délabrement de l'état de santé du Président et une passation de pouvoirs à problèmes, pour voir le retour de l'armée qui se comportera alors comme «le gardien du temple». L'armée, en tant que corps, n'a aucun intérêt à revenir directement aux affaires politiques. Elle a trop à perdre à se mettre en avant. Mais si les choses dérapent dans la succession, non encore organisée, de l'actuel Président, elle ne pourra pas faire autrement que de réinvestir, du moins pour un temps, le champ politique.

- Comment est-il possible d'en finir avec ces pratiques chez nous ?

S'il s'agit de pratiques concernant les activités de la police politique, la seule manière d'y mettre un terme c'est de réaliser une révolution qui consiste tout simplement en l'application de la Constitution actuelle : une séparation réelle des trois pouvoirs ; la primauté du droit sur la force ; la libération réelle du champ politique ; la reconnaissance des syndicats autonomes ; le développement de la société civile, etc. Mais ceci n'est qu'un vœu pieux qui ne se réalisera pas sans l'engagement réel et concret de tous ceux qui croient en la nécessité d'instaurer la démocratie dans le pays, y compris par des manifestations et des marches pacifiques de tous les jours.


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