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Antoine Basbous : «L'armée n'a pas voulu suivre la police»
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Publié dans El Watan le 17 - 01 - 2011

«Les présidents comme Ben Ali sont des lâches, ils n'affrontent pas la rue.» La colère de la rue et la position de l'armée ont été à l'origine de sa fuite. Il a essuyé le refus de plusieurs pays avant de rejoindre l'Arabie Saoudite. Ce sont les quelques points forts des propos tenus par Antoine Basbous, directeur de l'Observatoire des pays arabes. Dans l'entretien qu'il nous a accordé, il n'écarte pas une situation d'anarchie et de chaos, avant de retrouver la stabilité…
- Quelle analyse faites-vous des événements qui secouent la Tunisie ?
Il faut prendre en considération le fait que le régime tunisien a été marqué par un manque de légitimité. Le maintien au pouvoir par la modification de la Constitution, la corruption dans laquelle est impliquée la belle-famille de Ben Ali, la situation économique critique du pays et le mépris affiché envers la population, ce sont les cinq ingrédients qui ont engendré la situation que vit aujourd'hui la rue tunisienne.
- Vous parlez d'une situation économique critique, pourtant la Tunisie a de tout temps été présentée comme étant un modèle de réussite…
Il est vrai qu'il y a 7 ou 8 ans, la Tunisie enregistrait 7 à 8% de taux de croissance. Depuis, elle a chuté de manière drastique. Au moment où le peuple en subissait les conséquences, faisait l'objet de répression et de déni de liberté, la belle-famille de Ben Ali accaparait les richesses du pays. Il faut noter que la colère a été exprimée de manière inédite. Les gens se sont immolés. Ils ne se sont pas attaqués aux policiers, ni brûlé des institutions de l'Etat, comme nous avons l'habitude de constater dans les situations d'émeute. C'était une violence contenue.
- Selon vous, qu'est-ce qui a poussé au départ de Ben Ali, est-ce la colère de la rue ou une rupture du soutien qui lui était apporté au sein du régime ?
Les deux en même temps. Nous avons constaté qu'à chaque fois qu'il faisait des concessions, les morts continuaient à tomber et la colère montait d'un cran. Les gens comme lui sont des lâches, ils n'affrontent pas la rue. Il a vu que la machine répressive du ministère de l'Intérieur n'a pas pu contrôler les événements. Il a sans doute fait appel à l'armée et celle-ci n'a pas voulu suivre le chemin de la police. Elle est restée à l'écart et Ben Ali a compris qu'elle pouvait à tout moment se retourner contre lui. Il a limogé le chef des forces terrestres, mais cela n'a pas changé sa position. En fait, Ben Ali a dû certainement négocier son départ.
- Que va-t-il se passer maintenant que Ben Ali a été déchu ?
Je ne sais pas. Ben Ali a tellement concentré le pouvoir entre ses mains qu'il n'a laissé aucune institution capable de maîtriser la situation. Il désignait les chefs à la tête des institutions qu'il choisissait parmi une opposition qui lui était acquise. Aujourd'hui, c'est le vide et pour reconstruire le tissu social et politique du pays, il faut du temps. Cela va être difficile. N'oubliez pas que du jour au lendemain, nous passons d'une situation de dictature au vide.

- Pensez-vous que l'armée sera plus présente sur la scène politique, à présent que le ministère de l'Intérieur n'est plus ce qu'il était ?

Le ministère de l'Intérieur va être démantelé et restructuré. Je ne pense pas que l'erreur d'avant sera rééditée. Il va y avoir des purges collectives, sinon, ce sera toujours le même règne. La Tunisie va se diriger doucement vers la fin d'une époque.

- Ou peut-être vers un Etat où l'armée sera plus présente ?
Non. Je ne le pense pas. L'armée tunisienne a toujours été à l'écart de la politique. C'est une situation nouvelle pour elle. Elle n'a pas l'habitude du pluralisme démocratique pour avoir le pouvoir en Tunisie. Après une brève période de transition qui permet de réunir les conditions de retour à la stabilité, elle se retirera de la scène.

- Croyez-vous réellement à la fin d'un régime maintenant que le chef du gouvernement, auquel Ben Ali a légué le pouvoir, a rectifié le tir en se conformant à la Constitution à travers la nomination du président du Parlement en tant qu'intérimaire, en attendant des élections anticipées ?
En fait le chef du gouvernement n'a fait que se conformer à la Constitution. Mais ne nous trompons pas. Nous sommes toujours dans le même système. Le chef du gouvernement et le président du Parlement c'est du pareil au même. Tous les deux sont inféodés au régime de Ben Ali, sauf que l'un est passif et l'autre actif. Ils incarnent le système contre lequel la rue a grondé….
- Pourquoi, d'après vous, Ben Ali a choisi comme terre d'asile l'Arabie Saoudite ?
Il ne faut pas se leurrer. Dans des situations pareilles, Ben Ali devait avoir sur lui une liste de pays qu'il a dû solliciter. Il a certainement essuyé de nombreux refus avant d'opter pour l'Arabie Saoudite.
- Pourquoi justement l'Arabie Saoudite, lui qui est connu comme étant anti-islamiste ?
C'est simple. Il devait opter pour un pays où la justice est maîtrisable. C'est-à-dire là où les risques d'un procès pour torture, exécution sommaire sont quasiment inexistants. Il devait également s'assurer que les richesses indûment accaparées ne lui soient pas confisquées. Ce sont tous ces paramètres qui ont dicté son choix. De plus, il ne faut pas oublier que l'Arabie Saoudite a reçu de nombreux dictateurs, comme le président ougandais ou encore des opposants pakistanais impliqués dans la corruption.

- L'apparition de groupes armés qui mitraillent dans les rues, en plus des actes de pillage et de sabotage, n'augure-t-elle pas une situation de chaos, comme cela a été le cas en Irak par exemple ?
N'oublions pas que la Tunisie bascule d'un règne absolu vers l'inconnu pour l'instant. Ceux qui détiennent des armes, connaissent parfaitement la carte du pays et sa composante, ce sont les relais de Ben Ali. Ils veulent le faire regretter en disant, aux Tunisiens, qu'en le chassant vous avez provoqué le chaos. Les opérations armées sont bien organisées, alors que les actes de pillage n'ont touché que les biens mal acquis de la belle-famille de Ben Ali, ce qui est tout à fait dans l'ordre des choses…

- Des évasions collectives sanglantes ont également eu lieu. La Tunisie ne risque-t-elle pas d'être prise en otage par des forces islamistes ?
Nous ne savons pas si les détenus évadés étaient des islamistes ou des prisonniers politiques. De toute façon, il y a longtemps qu'on ne parle plus d'islamisme en Tunisie. A l'heure actuelle, ce virus n'est pas à l'intérieur et ne risque pas d'accaparer le pouvoir. Il y a suffisamment de forces vives modernistes qui pourront constituer l'alternative.
- Les émeutes ont eu des incidences graves sur le tourisme, principale ressource de la Tunisie. N'est-ce pas un facteur aggravant de la crise ?
Il est évident que le coût de ces émeutes sera très lourd, d'autant que la situation économique était déjà critique avant les événements. Il est certain que les touristes ne sont pas près à revenir de sitôt. Il leur faudra une assurance d'apaisement et de stabilité. Il va falloir une véritable réorganisation pour pallier au vide institutionnel, c'est-à-dire reconstruire carrément l'Etat.
- Selon vous, ces événements peuvent-ils avoir un effet domino sur le monde arabe en général et la région du Maghreb en
particulier ?
En fait, les événements de la Tunisie ne peuvent contaminer que les pays où les quatre conditions que j'ai citées plus haut sont réunies, à savoir l'illégitimité, la corruption, le déni de liberté, et la crise économique avec une inégalité de la répartition des richesses. Si un de ces ingrédients manque, le scénario ne peut se rééditer.

- Le président libyen, Mouammar El Gueddafi, a reproché aux Tunisiens de s'être révoltés contre le régime de Ben Ali. Quelle analyse faites-vous de cette réaction ?
Ce qui s'est passé en Tunisie lui a donné peur, même très peur. Il détourne l'attention. Le message qu'il veut lancer aux Tunisiens mais aussi aux Libyens est : «Regardez ce chaos dans lequel est aujourd'hui la Tunisie après le départ de Ben Ali.» Le doyen des présidents de la planète, dont le pays n'a même pas de constitution, semble dépassé par les événements qui secouent son voisin. Il a proposé du travail aux Tunisiens pour aider son allié de toujours et atténuer la crise, mais il ne s'attendait pas à la sortie brutale de ce dernier. Il a très peur que la colère ne gagne son territoire, tout comme ces groupes armés qui mitraillent et terrorisent dans les rues tunisiennes, pour faire regretter Ben Ali.


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