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Portrait d'un rebelle marocain
Oussama El Khlifi
Publié dans El Watan le 24 - 03 - 2011

Qui sont ces jeunes Marocains qui sont sortis dans la rue pour défier le tout puissant Makhzen et réclamer que les choses changent ?
Quelle est leur vision des choses ? Nous sommes allés à Rabat, la capitale marocaine, à la rencontre de l'un d'eux.
Rabat (Maroc).
De notre envoyé spécial
Il a tout juste 23 ans mais il a déjà contribué à féconder par son engagement ce printemps tout neuf qui bourgeonne dans toutes les villes du royaume de Mohammed VI. Lui, c'est Oussama El Khlifi, que la presse marocaine surnomme déjà le «Che de Salé». Avec sa casquette jean, son keffieh et sa barbe de deux semaines, c'est vrai que ce longiligne jeune homme cultive un look de rebelle. A discuter cinq minutes avec lui, on se rend compte que cet esprit de rébellion n'est pas juste de la frime. Oussama est un écorché vif, un véritable insurgé qui porte tous les maux et tous les espoirs de son peuple sur ses frêles épaules. Diplômé en informatique, Oussama est cependant chômeur. «Il est difficile de trouver un boulot dans ce pays si t'as pas de ‘‘flouss'' ou du piston», avoue-t-il avec une pointe de regret dans une voix cassée par tous les slogans hurlés la veille.
Issu d'une famille militante, Oussama porte la fibre de la militance dans ses gènes. Son grand-père, qui faisait partie du mouvement national, a été condamné deux fois à mort. Une fois en Algérie et l'autre au Maroc. Il était parmi les fondateurs du parti de l'Union nationale pour la jeunesse de Mehdi Ben Barka, cette figure mythique de l'opposition marocaine. Son oncle a été détenu politique du Mouvement du 23 mars. C'est donc tout naturellement qu'il est venu à la politique. «A mon tour de reprendre le flambeau», dit-il pour expliquer cet engagement précoce qui l'a propulsé au devant de la scène politique et médiatique. Tout jeune, il a fait ses premières armes au sein des sections jeunesse de l'Union socialiste des forces populaires (USFP). Il largue les amarres avec cette formation en mai 2010, lorsque celle-ci prend la décision controversée de participer au gouvernement. Il devient alors un électron libre qui erre sur la Toile avant de s'ancrer sur le réseau social Facebook où il crée des groupes de discussion. La petite étincelle du départ, il ne va pas la chercher bien loin: «Avec mon groupe d'amis, nous avons reçu la révolution tunisienne comme une gifle», dit-il. Ils comprennent que le changement est possible avec la volonté populaire. Oussama et ses amis créent un groupe de discussion qui s'appelle «Des Marocains s'adressent à leur roi».
«L'idée était de s'adresser directement au roi puisque le gouvernement ne nous écoute pas», explique Oussama. C'est au sein de ce groupe que leurs principales revendications vont naître, petit à petit, les unes après les autres. Le groupe tisse sa toile à travers tout le royaume. Cette étape franchie avec succès, il fallait se résoudre à affronter l'épreuve de la rue pour passer du virtuel au concret. «Nous étions des amis virtuels. On ne se connaissait pas», précise Oussama. Très vite, la date du 20 février est choisie pour passer à l'action. Oussama revient sur le choix de cette date : «Nous nous sommes donné un délai d'un mois pour nous préparer à descendre dans la rue. C'est donc tombé sur le 20 février». Bien sûr, une telle agitation ne pouvait passer inaperçue aux yeux et aux oreilles des services marocains qui ont mâté des générations de militants de tout bord. «Le Makhzen a sorti ses griffes et ses canines», raconte Oussama. Menaces verbales, surveillance, filatures, intimidations, tout est fait pour faire reculer ces jeunes insurgés qui rêvent d'un Maroc plus démocratique et plus égalitaire. «Ils ont essayé de nous faire plier mais nous étions déterminés», dit Oussama en piochant dans son plat de panini/frites, dans ce snack de Rabat où nous nous étions réfugiés. Le jour J étant enfin arrivé, c'est une énorme surprise qui attend les insurgés de la Toile.
Des dizaines de milliers de Marocains répondent à leur appel. «Franchement, on ne s'attendait pas à voir autant de monde», avoue Oussama. Sa vie bascule. Désormais, il y a l'avant 20 février et l'après. La page Facebook ouverte quelques mois, voire quelques semaines plus tôt, ouvre une nouvelle page pour le Maroc qui prend acte du désir de changement issu de son peuple. Des ligues de coordination de ce qui est désormais appelé le Mouvement du 20 février sont créées dans toutes les villes marocaines. Il fallait prolonger la dynamique sur le terrain en expliquant aux petites gens, dans les quartiers, les objectifs du mouvement et ses revendications. Faire disparaître cette peur diffuse d'une jeunesse dont l'impatience faisait craindre le pire. «Nous sommes de jeunes Marocains. Nous aimons notre pays mais nous voulons nos droits, la démocratie et la justice sociale. Le peuple nous a compris et nous a rejoints», explique Oussama posément. Le 9 mars, soit trois semaines après les manifestations qui ont secoué la léthargie politique du pays, le roi Mohammed VI fait un discours dans lequel il promet du changement. Pour les partisans du roi et la plupart des partis politiques, c'est un discours tout simplement révolutionnaire. Pour Oussama et ses amis, c'est un non événement. «Rien de nouveau. Il fallait juste absorber la colère de la rue. La preuve est que le lendemain du discours, les chômeurs sont sortis dans la rue pour manifester», dit-il.
Un jour de colère maghrébin
Depuis le 20 février la vie du jeune Oussama El Khlifi a changé complètement. De simple chômeur inconnu, il est passé au statut de figure emblématique de la jeunesse. Une star médiatique que l'on critique ou l'on encense. A la question de savoir si cette soudaine notoriété lui monte à la tête, notre jeune rebelle hausse calmement les épaules. «Pour moi, c'est ordinaire. Je vais me retirer de la vie politique définitivement si nos revendications se réalisent», dit-il. Il poursuit : «Notre but est d'arriver à une véritable unité maghrébine entre le Maroc, l'Algérie et la Tunisie. Nos peuples ont les mêmes bases culturelles et ils en sont conscients. Personne ne peut vivre seul sans les autres, en dehors des autres», plaide cet homme qui tient autant de Mehdi Ben Barka que de Che Guevara. «Nous allons essayer de joindre nos frères en Tunisie et en Algérie pour essayer d'organiser ensemble un ‘‘jour de colère maghrébin''.
Il faudrait donner une leçon aux dirigeants de nos pays». L'avenir, Oussama El Khlifi l'envisage avec détermination. «Il n'y a pas de retour en arrière. Nous sommes déterminés à aller jusqu'au bout». Pacifiquement, cependant, comme pour les manifestations du 20 et cette leçon de maturité et d'organisation que la jeunesse marocaine a donné à tous ceux qui en ont besoin. «L'Algérie et le Maroc peuvent prétendre à un changement en douceur parce qu'ils possèdent des élites de valeur», dit-il. On ne peut vraiment plus douter que les pays du Maghreb possèdent des élites dotées d'une conscience politique et sociale aiguës, déterminées à aller de l'avant pour des lendemains meilleurs. Oussama El Khlifi en est la meilleure preuve.


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