Cette présente contribution, en fonction de mon expérience sur le terrain, loin des théories abstraites pendant plus de 40 années, est une analyse objective de la gestion des projets, expérience qui peut être utile pour l'Afrique. Le défi 2026/2030 pour l'Algérie est la refondation de l'Etat renvoyant à un nouveau mode de gouvernance dont le fondement est la liberté au sens large pour une société participative et citoyenne, impliquant une réelle décentralisation autour de grands pôles régionaux. Les responsables algériens s'adapteront–ils à ce nouveau monde dynamique en perpétuel mouvement, n'existant pas de modèle statique, par une nouvelle politique économique tenant compte des nouvelles filières mondiales axée sur la transition numérique et énergétique. L'action économique de la nouvelle organisation doit définir clairement les objectifs stratégiques et les actions opérationnelles datées auxquelles doit s'atteler le gouvernement afin d'établir un bilan des réalisations et des insuffisances de chaque département ministériel qui s'articulent autour de cinq axes : premièrement, comment se pose le problème ; deuxièmement quelles sont les contraintes externes (engagements internationaux de l'Algérie) ; troisièmement, quels sont les contraintes sociales, financières et techniques internes; quatrièmement, quels sont les choix techniquement possibles et les ensembles de choix cohérents et quelles sont les conséquences probables de ces choix et cinquièmement, quelles méthodes de travail choisir qui permettent de déterminer les paramètres (moyen et long terme) et les variables (court terme) dont dépend un système complexe. Après avoir décomposé la difficulté en éléments simples, il convient de se poser des questions et apporter des réponses opérationnelles, loin des théories abstraites, réalisations physiques et plan de financement sur chacun des éléments : Quoi ? Qui ? Où ? Quand ? Comment ? Combien ? Pourquoi ? Comment faire ? L'on devra distinguer dans la hiérarchisation les projets capitalistiques dont le seuil de rentabilité, si le projet est lancé en 2026, ne sera rentables qu'à l' horizon 2030 des projets hautement capitalistiques, donc au bout de cinq à sept années et pour les projets faiblement capitalistiques (PMI/PME) au bout de 2/3 années. Une nouvelle réorientation de la politique économique moins dépendante de la rente des hydrocarbures éphémère s'impose impliquant de profondes réformes structurelles en encourageant les industries de l'avenir d'avenir: la santé, l'alimentation, l'écologie, l'hygiène, l'éducation, la recherche, l'innovation, la sécurité, le commerce, l'information, la culture ; et bien d'autres, ces segments étant capables d'augmenter leur productivité, et d'améliorer sans cesse leur capacité de satisfaire la demande sociale. L'action en faveur des réformes est globalement formée de plusieurs segments qui fondent le processus opérationnel de mise en œuvre: l'administration qui constitue la cheville ouvrière par son importance stratégique, la société civile-syndicats, les citoyens dans leur diversité, les partis politiques et les opérateurs publics et privés. C'est une entreprise d'envergure consistant principalement à réorganiser : premièrement, le champ des partis politiques et de la société civile, le mouvement qui ont de moins en moins d'audience auprès de la société ; deuxièmement, la réforme des institutions centrales et locales impliquant la débureaucratisation, et une réelle décentralisation autour de grands pôles économiques régionaux. Troisièmement, revoir le système information au sens large avec la numérisation qui n'est qu'un moyen qui en ce XXIème siècle, car posséder la bonne information, c'est le cœur du pouvoir même, Quatrièmement, la promotion de la femme signe de la vitalité de toute société. Cinquièmement, la réforme de la justice par l'application et l'adaptation du Droit tant par rapport aux mutations internes que du droit international; sixièmement, adapter le système éducatif, centre d'élaboration et de diffusion de la culture et de l'idéologie de la résistance au changement et à la modernisation du pays où la déperdition du primaire au secondaire et la baisse du niveau devient alarmant. Sixièmement, la réforme du secteur de l'énergie avec le primat à l'efficacité énergétique et un nouveau modèle de consommation, allant vers un Mix énergétique (énergies renouvelables, hydrogène vert, bleu et blanc) avec un nouveau management stratégique de Sonatrach, lieu de production de la rente pour plus de transparence dans sa gestion. Septièmement, la réforme du foncier agricole et industriel du système financier (banques, fiscalité, domaine, douane) qui est un préalable essentiel à la relance de l'investissement public, privé national et étranger, les banques publiques et privées étant au cœur d'importants enjeux de pouvoir entre les partisans de l'ouverture et ceux de préservation des intérêts de la rente. En conclusion, pouvant avoir les meilleures lois du monde mais rarement appliquées le blocage essentiel à la relance de l'investissement réside dans l'écosystème bureaucratique et les changement périodiques de cadres juridiques qui enfantent la sphère informelle dont la dualité de la monnaie (pour l'Algérie début avril 2026, le le dinar algérien sur le marché parallèle (square Port-Saïd), s'échange autour de 279,50 DZD un euro et le dollar américain proche de 238,50 DZD, l'écart entre le cours officiel et le cours sur le marché parallèle dépassant les 75%). L'Algérie ne pouvant revenir à elle- même que si les faux privilèges sont bannis et les critères de compétences, de loyauté et d'innovation sont instaurés comme passerelles de la réussite et de la promotion sociale. Ainsi, s'impose un Etat régulateur (non Etat gestionnaire) au moyen d'une planification stratégique fondée sur la moralisation de la société, la lutte contre la bureaucratie et la corruption qui accentuent le divorce Etat-citoyens constituant un frein à l'investissement national ou international créateur de valeur ajoutée. Pour réussir les réformes, l'Algérie a besoin de nouvelles intermédiations politiques, sociales, culturelles et économiques, loin des aléas de la rente, afin d'éviter un affrontement direct forces de sécurité citoyens en cas de malaise social. Un regard critique et juste doit être posé sur la situation de l'Algérie, sur ce qui a déjà été accompli de 1963 à 2025, et de ce qu'il s'agit d'accomplir entre 2026/2030/2040 au profit exclusif d'une patrie qui a besoin de se retrouver et de réunir tous ses enfants autour d'une même ambition et d'une même espérance, la sécurité nationale et le développement économique et social du pays. Professeur des Universités Expert international Abderrahmane Mebtoul