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C'est encore loin l'Afghanistan ?
Publié dans El Watan le 26 - 01 - 2006

De Spojmaï Zariâb, j'apprends que le caftan quand il est noir est synonyme de virilité ombrageuse. Née à Kaboul en 1949, l'écrivaine afghane vit en France depuis 1991, et c'est sans doute pourquoi son œuvre commence à se faire connaître. Si elle vivait encore en Afghanistan, si elle écrivait encore en persan, elle n'existerait pas, inaudible pour le centre incontestable de la reconnaissance hier comme aujourd'hui : l'Europe et la France particulièrement.
Traduit en français et publié en 2001, un recueil de 13 nouvelles vaut à Spojmaï Zariâb une notoriété confortable et méritée, à laquelle n'est sans doute pas étrangère une actualité violente : d'abord l'invasion soviétique, puis, surtout, le sinistre épisode des talibans qui en disait long sur la façon très visible qu'avaient les Afghans de ne pas traiter du tout leurs femmes, les renvoyant à leur impossible féminité. L'Afghanistan, c'est loin depuis longtemps. Le pays des talibans s'est éloigné avec l'actualité qui regarde ailleurs, vers la violence toujours. Que deviennent ces femmes que l'on servait à chaque J.T. pour dire l'horreur de là-bas ? Là-bas, me dit Spojmaï Zariâb, le caftan est noir, et il n'est ni festif ni joliment féminin comme ici. Elles étaient si jolies les burkas qui traversaient le décor d'un Afghanistan livré à la poussière et à la pilosité. Dévoilant les nuances de bleu, ciel et ardoise, électrique et roi, somptueux lapis-lazuli, vous les avez vues, comme moi, naviguer en silence sur la terre des hommes, fendant un espace interdit à la peau douce et nue.
Un espace interdit
Le regard grillagé, les Afghanes paraissaient presque libres, fortes de leur intérieur de femme concentrationnaire. La burka bleue les rendait intouchables, jolies lépreuses d'un Moyen-Age sans clochettes. Juste du bleu pour faire écran, joli et protecteur, dehors. Dedans, loin des caméras, quand le voile tombe, la réalité rétablit le son et hisse l'image. Dans Le caftan noir, l'avant-dernière des 13 nouvelles de Spojmaï Zariâb, je retrouve certaines nuances du bleu sur le corps de Aïcha régulièrement battue par son mari Ismaël. Des bleus qui virent au violet dès la première nuit comme pour habituer la peau aux coups qui pleuvent, coups de poing, coups de pied. Et puis, le caftan noir va s'asseoir dans un coin, fumer sa pipe à eau en maugréant. « Je te tuerai, fille de rien. » Aïcha ne dit rien. On ne l'entend jamais. Elle n'a qu'un souci : protéger sa deuxième fille à naître. C'est sûr, ce sera une fille. C'est une année à filles, a dit la vieille bonne en voyant Aïcha se traîner, énorme sous le poids de sa deuxième fille.
L'aiguille plantée
La première est morte, droguée par une poudre verte censée la faire taire la nuit quand Ismaël aspire au sommeil et qu'il s'énerve. Grossier caftan noir d'où émergent une tête percée de deux yeux qui ne savent exprimer que haine et mépris, et d'un orifice obscur d'où jaillit la voix qui vocifère. « Je te tuerai, fille de rien. » « Alors le caftan noir s'agitait, les manches prenaient leur élan et les poings s'abattaient sur le visage de Aïcha ; son visage s'enflammait. Elle tournait alors son regard vers sa fille... mais ne croyez pas que pendant ce temps toute pensée s'arrêtait à l'intérieur du caftan noir ! Il en sortait par le bas deux gros pieds mal équarris qui venaient s'abattre de toute leur force sur la poitrine de Aïcha, sur ses reins et ses cuisses. Elle se tordait de souffrance pendant que le caftan noir continuait de s'adonner à ses gesticulations frénétiques. » Des bleus à cacher Aïcha ne dit rien. Un léger coup de pied dans son ventre. Rappel à l'ordre des certitudes. Aïcha voit un autre caftan noir, le même caftan noir s'agiter, lancer ses manches d'où sortiront des coups de poing, soulever le bas pour que deux pieds mal équarris viennent s'abattre de toute leur force sur les reins de sa fille, sa poitrine et ses cuisses. Des bleus à cacher, des semaines sans pouvoir aller au hammam, le temps que le bleu vire à l'indigo puis enfin, au rose. Si douce et si rose la peau d'un bébé fille que Aïcha n'osait pas caresser sa première avec ses doigts gercés et crevassés. En silence, Aïcha est montée sur la terrasse. Elle s'est enfermée dans les toilettes nauséabondes. Elle a planté une longue aiguille à tricoter, longue et rouillée dans son ventre, en plein cœur de son bébé tendre et rose. Je nous tuerai, filles de rien. Ni médecins ni chauffage dans un paysage dévasté par la guerre. Loin des caméras, Aïcha est morte et enterrée, vidée de son sang rouge mêlé à la douceur intacte de son bébé fille. L'Afghanistan, c'est loin. Le caftan noir fume dans son coin sa pipe à eau. Il maugrée quelque chose que personne n'entend. On ne voit même plus les burkas bleues traverser l'horizon de nos incertitudes.


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