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Mon premier 5 Juillet
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Publié dans El Watan le 06 - 07 - 2012

Cinquante ans plus tard, les souvenirs de la guerre de Libération s'estompent. Face à ce vide, Wassyla Tamzali raconte, dans une nouvelle exclusive pour El Watan Week-end, un jour d'indépendance rêvé, entre retour des exilés et défilés populaires.
J'ai oublié le premier 5 juillet 1962. Plus le temps creuse ma route et plus le présent recouvre la mémoire de ce jour. Plus précieux que ce passé consommé que furent ces longues années, 50 ans, plus utile pour continuer cette route, s'impose mon premier 5 juillet, futur antérieur de ce basculement du 1er Novembre 1954 de tout un peuple et d'une adolescente qui ne sait pas encore qu'elle n'aura plus assez de temps pour vivre son enfance. «Ce matin-là, nous nous lèverons très tôt» C'est faux, depuis que nous étions revenus dans la maison de la ferme, nous nous levions très tôt, tous les jours. Les bruits de la campagne faisaient sursauter les petits citadins que nous étions devenus après toutes ces années passées en ville. Nous avions quitté la ferme en 1955 ; les militaires français s'y étaient installés à notre départ. Une forte odeur de peinture fraîche flottait dans les pièces, elle recouvrait celle des pins, inchangés eux, grandis sans aucun doute. Comme avant, la lumière couchante rougissait les troncs majestueux qui formaient, vus de la route, une couronne autour de la maison blanche aux colonnes de grès noir. Je reconnaissais leur odeur toujours quand je me trouvais dans des bois, ailleurs, loin.
Plus de traces
Une odeur faite d'humus et de résine, ma madeleine de Proust. La Pinède, c'est bien la seule chose qui n'avait pas changé, mais son odeur avait disparu. Depuis un mois, peintres, menuisiers, plombiers envahissaient la maison, sous les ordres de ma mère qui tentait de faire disparaître les traces de l'occupation, de retrouver sa maison comme elle l'avait laissée. Une tâche épuisante. Déjà les boutures de rosiers prenaient et promettaient beaucoup. Les colonnes noires avaient retrouvé leur lustre. Sur la véranda, la table du petit-déjeuner avait été dressée. C'était une nouvelle manière de vivre la maison. Avant, nous prenions le petit déjeuner en bas dans la grande cuisine. Le séjour en ville avait rendu plus précieuse cette véranda qui ouvrait sur la baie de Bougie, avec en fond de décor Imma Gouraya. Nous ne voulions rien perdre de cette beauté. La veille, dans la nuit, nous avions reçu une dizaine d'hommes et de femmes qui arrivaient de Tunis en voiture. Le lendemain, un grand repas a été organisé. Le premier couscous de l'indépendance ; pour l'occasion, mon père avait sorti les dernières bouteilles de vin rouge que la ferme avait produites. La vendange de 1954. Autour de la table, les convives se serraient joyeux, affamés par la route.
Abane et les autres
Parmi eux, il y avait Hassiba Ben Bouali, cette cousine lointaine, une héroïne. Elle avait les cheveux flamboyants. Je me sentais si petite et si insignifiante. Et puis, il y avait aussi Abane Ramdane, il arrivait d'Ifri, il avait voulu repasser par ce lieu avant d'entrer sur Alger. Mon père était très prévenant. Je ne savais pas qui c'était, mais j'avais tout de suite compris qu'il était important. Abane Ramdane racontait avec émotion et gravité comment il avait retrouvé l'endroit où s'était réuni le congrès fondateur de l'Algérie libérée. Cela avait été difficile de maintenir vivant le principe de la Soummam, «le civil prime sur le militaire», pendant les longues années de la guerre, mais il avait réussi, et maintenant on comprendrait pourquoi il avait farouchement défendu ce principe. Puis l'atmosphère devint plus légère.
Chacun racontait ses petites histoires de la guerre, et tout le monde riait quand notre cousin Z. raconta comment il avait transporté d'Alger les documents pour le Congrès de la Soummam, et qu'il n'en menait pas large. Mon père riait comme jamais je ne l'avais vu rire. Puis Abane Ramdane parla du futur, de l'Algérie que nous allions construire. Tout le monde se tut. Il parla beaucoup des jeunes, de l'éducation. Près de lui, il y avait un jeune homme silencieux, un Français, semble-t-il, il l'appelait Maurice. Ces deux hommes devaient souvent parler de l'Algérie future. Il parla aussi des femmes, de leur importance pour l'Algérie de demain. Il regardait Hassiba en disant cela. Et il me dit que c'était un exemple pour les filles comme moi. Un messager est arrivé. Il venait d'Alger. Il fallait partir. Il avait une lettre qu'il remit à Abane Ramdane.
«C'est de Ben M'hidi Larbi», dit-il par courtoisie à mon père. «Je dois partir.» Mon père a bien essayé de retenir Hassiba, mais A. R. était catégorique, «elle doit venir avec moi, sa place est à Alger». J'avais tant de choses à lui demander. Dans la grande salle à manger, il n'y avait plus de trace de ce déjeuner, tout avait été rangé, et nous attendions le départ pour Bougie où déjà sans doute les rues s'emplissaient pour ce 5 juillet.
«Nous sommes indépendants»
Nous sommes descendus dans la nouvelle voiture de mon père, une DS noire. La dernière Citroën, la XV, était encore dans une remise, mais c'était un vieux souvenir. Mon père, comme toujours, était en bleu de Chine avec une chemise blanche et des espadrilles blanches aussi. Très blanches. Il se tourna vers ma mère : «Je t'avais bien dit que l'on y arrivera. Voilà, nous sommes indépendants ! Les enfants, c'est le plus beau jour de votre vie ! Ne l'oubliez jamais.» C'était sa manière de nous parler. Il n'était pas bavard. Juste quelques mots, mystérieux parfois pour les enfants, mais qui feront leur chemin. «Rappelez-vous : nous ne sommes pas des Français !» «Les filles et les garçons ont les mêmes droits.» Et quelques autres encore. Sur son visage, on voyait combien il était heureux, soulagé. Les derniers temps avaient été difficiles. De plus en plus difficiles. Il avait été assigné à résidence à Bougie. Il aurait pu partir bien évidemment, mais il ne s'est pas donné ce droit. Il disait à ses amis : «Il faut bien qu'il y en ait qui reste.»
Nous avons longé la baie toute dans sa beauté, indifférente à l'histoire. Mon père, ma mère, mon frère, ma sœur et moi dans la voiture noire, silencieuse et féline. Un bonheur tranquille nous habitait. Nous n'avions plus peur de rien.Mon père était resté à Bougie pendant toute la guerre, et maintenant il pouvait accueillir ceux qui rentraient d'exil. Depuis quelques semaines, tous les jours s'arrêtaient à la ferme des cousins, des cousines, leurs amis, mes oncles avec leurs camarades, des hommes politiques importants, semble-il, avec garde du corps et accompagnateurs. Mon grand-père était là aussi. Il regardait ses fils. Vivants. Le maquis et la clandestinité les avaient épargnés. Je le connaissais bien, il faisait déjà des projets, un nouveau magasin, une nouvelle ferme. Il était satisfait, les champs étaient labourés après les années d'abandon et d'occupation militaire. Les vignes seront replantées, des tracteurs neufs étaient en route. Le gérant de la ferme, monsieur Colomba était revenu. «Si vous voulez toujours de moi.»
«Houria»
Dans la voiture, je racontais que j'avais rêvé ce grand jour de la fête de la Libération il n'y avait pas si longtemps ; sans doute à cause des discussions de table ; des flancs boisés d'Imma Gouraya descendait à pied une foule en liesse qui criait : «Houria, liberté.» Il y avait aussi des cavaliers. J'étais emportée par la foule, les femmes m'embrassaient. Il y avait des youyous. Je n'avais jamais vu autant de monde. Des vagues et des vagues ! Des centaines de drapeaux flottaient au vent sur cette mer humaine. Des drapeaux de toutes les couleurs, je ne me souviens pas si c'était le drapeau algérien. J'essayais de raconter ce rêve à mon père. «Tu vas voir, c'est comme ça que ça va se passer, on va monter avec la voiture, tu verras.» J'ai vu. Notre voiture avançait au pas avec des jeunes garçons sur le capot, sur les pare-chocs. Mon frère était passé devant et klaxonnait. Tout était permis.
C'était comme dans mon rêve, sans les chevaux. Mais tout était bien là. Les drapeaux étaient des drapeaux algériens, dans mon rêve sans doute aussi. Longtemps après, nous avons quitté le centre de la ville, nous sommes allés à la Brise de Mer. Le restaurant était ouvert. Tout le monde offrait à boire à tout le monde. La terrasse de bois de l'établissement donnait directement sur la mer. Le soleil se couchait. D'une manière inexplicable, je sentais monter en moi une grande nostalgie, comme une crainte devant ce grand bonheur, ce 5 juillet 1962 que nous avions projeté en novembre 1954. Notre futur antérieur n'advint pas. Mon père ne sera plus là le 5 juillet 1962. La maison restera une maison mutilée à jamais. Les vignes ne seront pas replantées, jamais. Abane Ramdane et Hassiba Ben Bouali ne s'arrêteront pas à la ferme, ni partout ailleurs. Pour moi, les espoirs renouvelés chaque journée du 5 juillet, si forts pendant les premières années, s'estomperont jusqu'à celle du 50e anniversaire qui s'ouvre sur un silence fracassant.


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