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Corruption politique, le nerf de l'ordre autoritaire
Mohammed Hachemaoui passe au crible ses effets dévastateurs
Publié dans El Watan le 08 - 07 - 2012

La voix ponctuée de trémolos, le dernier intervenant au panel 5 consacré à l'analyse du régime politique algérien, le politologue Mohammed Hachemaoui, contient difficilement son émotion.
Et pour cause : c'est la première fois qu'il partage le fruit de ses travaux devant un public algérien, des travaux qui portent sur la corruption politique. Un gros morceau. Autant dire une bombe. En s'attelant à une si lourde tâche, Hachemaoui – qui a par ailleurs le mérite d'être le concepteur de ce colloque et son commissaire scientifique – s'impose comme un pionnier. Son sujet de thèse – «Clientélisme et corruption dans le système politique algérien» – annonçait déjà la couleur.
«La corruption politique en Algérie, dernière ligne de défense du régime autoritaire ?» C'est sous ce titre que se déclinera son exposé. Un exposé extrêmement dense, bien fouillé, qui livre les conclusions de plusieurs années d'investigations vouées à cerner un phénomène tentaculaire qui gangrène toutes les sphères du pouvoir et les strates de la société algérienne.
«Travailler sur la corruption politique n'est pas la manière la plus intelligente de se faire des amis en Algérie. C'est même la manière la plus sûre de se faire des ennemis», lance le sémillant chercheur en guise de prologue, pour dire la témérité de sa démarche. «Je ne veux pas adopter la posture d'un imam révulsé par la corruption morale des croyants. Pas davantage celle d'un militant qui brave les interdits et dénonce la corruption au quotidien. Je respecte ces deux postures, qui sont nécessaires dans une cité. Mais ce n'est pas la démarche que j'ai choisie. J'ai choisi d'être un sociologue du politique parce que je crois que la science sociale se doit d'opérer le dévoilement des logiques de domination.» Et de poursuivre : «Ce sujet est un casse-pipe, mais il faut savoir le contourner d'un point de vue épistémologique. Il est difficile parce qu'il y a énormément de confusion autour de ce sujet, qui nous concerne tous et qui conditionne le destin de notre nation.»
La «chkara» institutionnalisée
Mohammed Hachemaoui nous apprend que très peu d'études sont consacrées, dans le champ des sciences sociales, à ce nouvel objet : «Il a fallu attendre l'affaire Watergate pour que l'on assiste, d'abord aux Etats-Unis, à un boom dans les études sur la corruption. Mais ce boom est resté cantonné dans la science politique anglo-saxonne et américaine. En France, il y a très peu de travaux sur la corruption. En Algérie, c'était tabou. Après, à partir des années 2000, on en parlait occasionnellement pour écarter un concurrent, Messaoud Zeggar, tel général, l'affaire Khalifa… Moi, j'ai commencé à travailler sur la corruption à partir de 2002. Je constate une évolution. On en parle énormément, mais dans la confusion la plus totale.»
Détaillant quelques éléments de méthode, Hachemaoui confie : «Ce matériau est le fruit d'une enquête de terrain que je mène depuis 2002 dans différents sites, dans des municipalités de la wilaya d'Alger dont je ne dévoilerai pas le nom, également dans l'est et le sud du pays. Je me suis focalisé sur une sociologie de la corruption locale. Au départ, je travaillais sur le clientélisme politique et, au cours de mes enquêtes, j'ai rencontré ce qu'on appelle la ‘chkara'. Et je l'ai vue à l'œuvre dans les mécanismes électoraux. Alors, je me suis dit : c'est là qu'il faut chercher. Ensuite, je suis monté micro, mezzo, au niveau départemental, dans le gouvernorat du Grand-Alger dont personne ne parle. Après, je me suis intéressé aux affaires de grande corruption : Khalifa, BRC, etc.»
Pour Hachemaoui, on aurait tort de réduire la corruption aux seuls pots-de-vin : «Les pots-de-vin sont une forme dominante de la corruption, mais ce n'est pas la seule. Se focaliser sur les pots-de-vin, c'est oublier les conflits d'intérêt, l'extorsion, le népotisme…» Le conférencier l'admet : «Il est difficile de quantifier la corruption.» Le plus important dans une telle étude, insiste-t-il, est d'analyser le système politique qui préside à l'instauration de la corruption comme mécanisme de régulation du jeu politique : «La corruption n'est pas un phénomène isolé. Elle a besoin d'un environnement institutionnel pour exister.» Il apporte dans la foulée une précision de taille en postulant que «la corruption existe même dans des régimes démocratiques».
Il déconstruit au passage ce qu'il appelle «un paradigme dominant selon lequel la corruption prospère dans les Etats rentiers». «On parle beaucoup de la malédiction du pétrole et moi-même, j'ai été le propagandiste de la rente. Après, j'ai constaté que la corruption existe même dans les Etats non rentiers. Il faut donc opérer un renversement de perspective en mettant les institutions au centre de la réflexion.»
Mohammed Hachemaoui avancera dès lors deux thèses qui vont étayer son étude. Première thèse : «La corruption politique est posée dans les fondations institutionnelles mêmes du régime comme le pendant de l'ordre autoritaire.» Deuxième thèse : «Les arrangements institutionnels sous-jacents à l'autoritarisme et à la corruption structurent l'organisation de l'Etat et de l'économie politique, par-delà les métamorphoses formelles et discursives du système politique.»
«On a un régime fort et un état faible»
Mohammed Hachemaoui souligne au passage que son intérêt va se porter fondamentalement sur «la corruption systémique qui est enchâssée dans les processus politiques et économiques». Il s'intéresse de près à la corrélation entre «régime prétorien» et richesses. «Les questions qui ont guidé ma réflexion étaient : comment les institutions confèrent à certains groupes et intérêts un accès disproportionné au processus de prise de décision ? Comment s'opère le transfert entre pouvoir et richesses ? Qui met en place ces opportunités, qui y accède et qui n'y accède pas ?»
Le politologue assure que les changements «de façade» survenus après les émeutes d'Octobre 1988 ne changeront rien au cœur de l'équation : «Après 1988, tout a changé sauf l'essentiel : les règles du jeu politique. C'est cela, la force de ce régime. C'est qu'il a su reproduire les règles du jeu politique sous des formes institutionnelles changeantes.» Quelles sont ces règles ? «1- Concentration et exercice non imputable du pouvoir. Il n'y a pas de reddition des comptes. 2-Institutionnalisation de monopoles et d'oligopoles. 3-Affaiblissement institutionnel de l'Etat et de la société civile. On a un régime fort et un Etat faible. 4- La dirty tricks politic. La politique des sales coups. Et nous avons là tout un répertoire qui comprend les intimidations, le harcèlement, l'homicide politique, les complots. Il y a un organe qui a le monopole de ce répertoire : la police politique. Tout a changé en Algérie, sauf la police politique.» Hachemaoui observe que «le régime est construit selon deux logiques structurantes qui ont des affinités électives entre elles : autoritarisme prétorien-corruption politique.»
A partir de l'ossature théorique et méthodologique adoptée, le chercheur en vient à identifier cinq séquences dans l'évolution de la corruption politique en Algérie. 1962-1965 : la corruption des factions. 1965-1988 : la corruption de patronage. 1989-1991 : l'ère des réformateurs confrontés à la «garde prétorienne». 1992-2000 : la corruption dans sa corrélation à la violence politique. 2000-2012 : la fabrique des tycoons dont la figure emblématique s'appelle Abdelmoumen Khalifa.
De ce magma nauséabond, Hachemoui retient la séquence 1989-1991, la fameuse «parenthèse enchantée». Il estime que le couple Hamrouche-Ghazi Hidouci a été la chance manquée de l'Algérie. «Personne, avant eux, n'avait eu les leviers du gouvernement et personne ne les a plus jamais repris après eux. Plus jamais on ne donnera les leviers du pouvoir, la réalité du pouvoir, à un civil», martèle-t-il. «Après 1992, on a assisté à un véritable démantèlement institutionnel.» Hachemaoui termine en sériant ce qu'il appelle «les effets dévastateurs» de la corruption : «Elle démultiplie les procédures bureaucratiques, gangrène les marchés publics, récompense l'incompétence. Elle enrichit les plus riches et appauvrit les plus pauvres. D'où toutes ces disparités sociales, alors qu'il y a tant de ressources.»


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