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Le film Rengaine : tabous et certitudes bousculés
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Publié dans El Watan le 20 - 11 - 2012

Rachid Djaïdani ne filme pas, il dynamite. Rengaine est une œuvre explosive, elle fait voler en éclats les codes cinématographiques.
«Ce que veulent accomplir mes personnages à leur échelle intime, en réconciliant le Noir et l'Arabe, le chrétien et la musulmane, au stade où en sont les mentalités, ça tient d'une révolution. Et c'est pour ça que ça peut leur coûter la vie», relève le cinéaste, de mère soudanaise et de père algérien. Que veulent donc ces personnages ? De l'amour, c'est à la fois simple et complexe. Surtout complexe, très complexe. Un amour entre un Noir catholique et une Maghrébine musulmane tient de la nitroglycérine, à manier avec tact. Seulement voilà, sur une rugosité apparente, le réalisateur déconstruit avec bonheur tous les clichés. Roméo et Juliette version Barbès tient plus de Derrida que de Shakespeare. Deux communautés se côtoient, vivent ensemble, souvent mal, mais ne se mélangent pas. On est loin, très loin d'un film de bonne conscience. Une Maghrébine avec un Noir, ça ne va pas, non ? Comment dire… Non, ce n'est pas possible, «hchouma», «touche pas à ma sœur».
Justement, elle est ta sœur, pas ta femme, balance un personnage, avec beaucoup de lucidité. Rachid Djaïdani nous fait entrer dans une dimension proche et, paradoxalement, lointaine, car tue, cachée. Les racistes ce sont les autres, pas nous. Non, nous, nous sommes les victimes. Tout à coup, la rengaine bégaie, nous renvoyant à nos complexes de néocolonisés. Nous ne sommes pas racistes, hein, mais voilà, «touche pas à ma sœur», si tu es Noir, surtout Noir.
Rachid Djaïdani ne filme pas pour passer le temps, sinon il ne serait pas resté plus de neuf ans pour venir à bout de ce projet. Un film tourné à l'arrache, avec si peu de moyens qu'on ne peut qu'admirer sa ténacité. Dans une interview, il a remercié le maire de Paris… d'avoir mis beaucoup de lampadaires, sinon il n'aurait pas pu se payer l'éclairage. «Si j'avais fait ce film en banlieue d'où je viens, ç'aurait été du pain béni pour tout le monde, on aurait été en plein dans le cliché. Là, je vais à Belleville, à Ménilmontant, au pont des Arts, et je montre que l'on est là, nous les ‘‘pixels caramel'', même si on nous nettoie façon Amélie Poulain sur les cartes postales et les images aériennes de la ville. Je voulais montrer les fantômes qu'on efface à coups de photoshops, ceux que l'on ne veut pas voir. Et j'ai choisi de filmer surtout en gros plan, parce que je me suis dit que, pour une fois, le spectateur allait devoir se confronter à nos visages, nous regarder en face», confie-t-il à Libération.
Ce film bouscule les certitudes et vous donne envie de regarder au plus profond de vous-même, pour (re) découvrir le meill8eur et le pire.


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