Un groupe de cadres exerçant à la SNTA a effectué un travail de 8 mois d'investigations d'où ressort la « non-crédibilité » des bilans ayant fait l'objet de certification au sein de l'entreprise. « Le directeur des finances et comptabilité est un vacataire », témoignent, d'emblée, les cadres qui se sont déplacés à notre rédaction munis d'un contre-audit des comptes de bilan. Ainsi, les cadres remettent en cause ces bilans et déplorent l'« incompétence du directoire ». Un autre cadre atteste : « Je défie quiconque qui pourrait apporter un démenti à ce rapport. » Et d'ajouter : « Nous avons donné des ingrédients et c'est à l'actionnaire de déclencher un audit approfondi. » En effet, pour le bilan consolidé de l'exercice 2004, les cadres ont constaté un « écart de 172 millions de dinars » en tabacs entre les « achats reconstitués et les achats comptabilisés ». Pour le même exercice, il a été relevé un constat « d'écart de 60 millions de dinars » en tabacs locaux entre les « achats réalisés et les achats comptabilisés ». En outre, le contre-audit, effectué par ces cadres, a relevé une « dissimulation » au niveau du bilan consolidé de l'exercice 2004, de la rubrique « stock de carburants et lubrifiants » d'un montant, non conforme, de plus de 11 millions de dinars, dans la rubrique « stocks de pièces de rechange auto ». De 2002 à 2004, révèlent les cadres de la SNTA, il a été souligné l'absence de « stocks finaux de carburants et lubrifiants », d'où un déficit évalué globalement à plus de 65 millions de dinars. Nos interlocuteurs ont conclu, également, à un « manque de rigueur dans l'utilisation des comptes comptables des opérations de vente par rapport aux créances clients, d'où un impact négatif sur la fiscalité entreprise/Trésor ». La même expertise fait remarquer un « manque de rigueur dans l'application des procédures de « transferts (règlement) » des fournisseurs d'achat de matières et de fournitures en adéquation avec les « procédures de réception des achats ». Ainsi, dans l'exerce 2002-2003, les cadres avancent le cas de l'opération Trans Continental Leaf (TCC ). A l'issue de ces analyses comptables, les cadres considèrent que la situation actuelle de l'entreprise n'est guère favorable en matière de gestion financière et comptable. Ils font remarquer, également, que l'absence de « stratégie managériale » et de « dispositifs de contrôle interne permanent » ne permet pas à l'entreprise d'avancer conformément aux objectifs arrêtés, ni d'évoluer dans un cadre de gestion sain. Nos sources déclarent que les constats effectués sur les comptes audités, nous amènent à poser des questions sur la « qualité du système d'information » mis en place et sur la « crédibilité des états financiers et comptables émis ». Aussi, ajoutent-ils : « Nous nous interrogeons sur le devenir de l'entreprise de la taille de la SNTA, dirigée actuellement par un directoire, dont la priorité est de ‘‘valider'' le bilan financier et comptable sans aucune analyse ni lecture. » En guise de solution, les cadres de la SNTA recommandent aux actionnaires de procéder, en priorité, à un audit global des comptes suivants : achat de tabacs locaux et importation, les contrats fournisseurs et transferts, les conventions et financements des coopératives (producteurs de tabacs), les consommations de carburants et de lubrifiants et, enfin, les ventes succursales et les versements des recettes. La direction s'explique Sollicité pour expliquer les révélations de ces cadres, le porte-parole du directoire de la SNTA déclare que « la plupart » de ces accusations sont infondées. Ainsi, s'agissant de la dissimulation de la rubrique « stock de carburants et lubrifiants » dans la rubrique « stock de pièces de rechange auto » et l'absence de « stocks finaux de carburants et de lubrifiants » des exercices 2002 à 2004, notre source indique que l'administration « s'inscrit en faux » de ces déclarations. Pour ce qui est des écarts, notamment les 172 millions de dinars constatés dans l'exercice 2004, notre source exclut le fait qu'il s'agissait de « trous ou d'élément frauduleux ». Notre interlocuteur explique cet écart par « la comptabilisation des achats par la direction tabacs en feuille (DTF) directement dans les comptes stocks sans transiter par le compte 38 des achats ». La même source ajoute que cet écart s'explique, également, par « la comptabilisation des régularisations de prise en charge définitive dans les comptes de stock ». Autre explication : le délai entre le paiement du fournisseur et le règlement des frais portuaires qui s'en suit par la suite. En conclusion, le porte-parole du directoire précise que les comptes de l'exercice 2004 ont été certifiés par 3 commissaires aux comptes et approuvés par l'assemblée générale des actionnaires. Notre source ajoute que ces accusations dénotent d'une « méconnaissance flagrante de la politique comptable », mais aussi « d'un esprit de malveillance » à l'égard de la SNTA. Entre les explications du directoire et les arguments de ces cadres, seul l'arbitrage des actionnaires peut dévoiler la vérité.