L'Organisation spéciale (OS) a été créée lors du congrès du PPA-MTLD des 15 et 16 février 1947. La mise en place de cette structure a buté sur des résistances de la direction, engagée dans la voie électoraliste défendue par Messali. Le congrès de Belcourt qui a mis en place de l'OS n'a-t-il pas été celui du compromis ? Il faut avoir à l'esprit une chose essentielle : il n'y a jamais eu, au sein du parti, un consensus réel sur l'opportunité ou la pertinence de créer une aile paramilitaire. Après le 8 mai 1945, le parti est resté dans la logique du combat politique et pacifique. La répression y était pour quelque chose. Il faut rajouter que le parti restait convaincu que les conditions objectives à une insurrection armée étaient difficiles à avoir dans le contexte de cette époque. Finalement, la création répondait plus à des arrangements et des recompositions au sein du PPA/MTLD. A titre d'exemple, le financement (faible) de l'OS par le parti renseigne sur les enjeux du moment. La guerre n'était pas un objectif immédiat. L'OS a été dirigée à ses débuts par Mohamed Belouizdad, qui passe la main à Aït Ahmed, lequel est remplacé par Ben Bella. Comment a fonctionné cette structure extrêmement cloisonnée et quel rôle ont joué ces très jeunes chefs d'état-major ? Beaucoup de volontarisme. D'amateurisme aussi. Le semi-échec de l'attaque de la poste d'Oran du 5 avril 1949 et l'affaire de Tébessa en 1950 (ayant abouti à la découverte de l'OS), montrent bien que l'Organisation n'a pas pu mettre en place une structure efficiente. Cela ne veut pas dire que l'OS n'a pas réussi son pari : ce sont ses membres qui ont été les initiateurs du 1er Novembre 1954. Comme organisation paramilitaire, l'OS n'a pas réalisé ses objectifs, mais comme idée et projet politiques, l'OS a balisé le terrain à l'indépendance nationale. Ait Ahmed, qui succéda à Belouizdad, atteint de tuberculose, joua un rôle essentiel dans l'organisation de l'OS. La réunion du comité centrale élargi à la ferme Zeddine (Aïn Defla) a été l'occasion pour la présentation d'un rapport qui fera date. Cela montre que les jeunes activistes, à l'instar de Hocine Aït Ahmed, ont compris que l'histoire avait besoin d'audace, de nouvelles idées et de s'opposer aux premières générations du Mouvement national et à leurs certitudes. Le rapport d'Aït Ahmed est la preuve que ces jeunes de l'OS, notamment les dirigeants, avaient une culture politique solide. Le rapport d'Aït Ahmed reste un modèle qui exprime une vision à la fois pragmatique et révolutionnaire de ce que devrait être l'action militaire. Fin novembre 1950, l'OS fut démantelée par la police française. Des centaines de militants ont été arrêtés, d'autres sont entrés dans la clandestinité ou ont été contraints à l'exil. Cette opération n'a-t-elle pas freiné un passage rapide à la lutte armée ? Je ne le pense pas. L'OS avait des difficultés à s'organiser. Ses relations avec le parti n'étaient les meilleures. Le projet qu'elle portait ne s'inscrivait pas dans une revendication nationale. Cela dit, au 1er Novembre 1954, les conditions n'étaient, elles aussi, pas au rendez-vous. Ce qui a changé, c'est que le parti était arrivé en 1954 à une situation de non-retour. C'est cela qui a ranimé le projet de l'insurrection armée porté par l'OS et lui a donné une nouvelle impulsion. La situation au Maroc et en Tunisie ont également permis à ce que le projet de l'OS soit d'actualité. Pour éviter la dissolution, le MTLD a nié l'existence de son bras armé et désavoué ses membres. Cette posture légaliste n'est-elle pas l'une des causes de la crise qui éclatera au sein du parti ? Non, l'OS n'avait pas une réelle assise au sein du parti. La marginalisation, réelle ou supposée, de ses cadres après 1950 montre que le parti n'était pas dans une logique de renoncement au combat politique. La crise de 1953/1954 avait d'autres causes, liées principalement à des postures et positions par rapport à la question de l'autorité, du leadership et des conflits intergénérationnels. A l'exception de certains témoignages de quelques activistes de l'OS et le travail de rares historiens, il est impossible de trouver des études exhaustives sur le fonctionnement de cette structure, qui reste mal connue. Pourquoi une telle situation ? Est-ce dû seulement à l'absence d'archives sur une structure foncièrement clandestine ? C'est dû fondamentalement à l'absence de nouveaux historiens qui travaillent sur ces thématiques. Nous n'avons, à ma connaissance, aucune thèse sur l'OS. D'où une connaissance imparfaite de cette organisation majeure dans l'histoire contemporaine de l'Algérie. C'est également le cas pour le 1er Novembre 1954. L'histoire contemporaine de l'Algérie est sous-étudiée. La désaffection des étudiants envers la recherche dans le domaine de l'histoire est réelle et inquiétante...