L'enfant du pays a défendu l'opportunité d'installer en Algérie un centre de traitement du cancer par hadronthérapie, en recourant à l'énergie nucléaire. L'Association des amis des cancéreux de Tazmalt, en collaboration avec un ensemble d'autres associations de la commune, a invité vendredi dernier l'éminent professeur en physique nucléaire Pr. Madjid Boutemeur, professeur des universités et membre du Centre de recherches en nucléaire (CERN) de Genève, pour une conférence qui a intéressé un grand monde. Le nom de l'invité, nominé deux fois au prix Nobel de physique, a suffi pour faire presser le pas à des foules de femmes et d'hommes, de jeunes et de moins jeunes, qui ont convergé vers la salle des fêtes, qui a abrité la rencontre. Photos de groupe, bain de foule, selfies, ils sont venus très nombreux voir l'enfant du pays, né à Tazmalt. L'enfant de Taddert Lejdid, du arch Iwaquren, est venu présenter une méthode innovante de traitement du cancer par les hadrons et défendre la possibilité d'ériger dans le pays le premier centre de traitement du genre en Afrique qui utilisera l'énergie nucléaire. «Une cellule cancéreuse est à 60% composée d'eau. En physique, on s'est dit que si on brise cette composante en eau, on détruit la cellule et, avec elle, le cancer», explique-t-il. Cette technique de pointe recommande de la précision sans laquelle une cellule saine, mal ou insuffisamment détruite deviendra cancéreuse. Un physicien-médecin «Lorsqu'on est soumis à des radiations atomiques, lors d'une explosion d'une bombe ou en travaillant dans un hôpital ou ailleurs, on peut attraper un cancer juste en recevant une dose qui n'est pas suffisante pour tuer les cellules d'une manière définitive», argumente-t-il dans un langage très simplifié et imagé qui fait voir la cellule saine devenue ainsi cancéreuse comme une cellule qui «a perdu la tête». Son langage est convaincant, empreint d'humour et plaît à son auditoire. Les physiciens s'intéressent à rompre l'énergie qu'ils disent avoir découverte, grâce à la physique de l'interaction élémentaire, entre les cellules. En s'employant à s'attaquer à cet élément médiateur, ils veulent stopper le déploiement des cellules cancéreuses. Cela est avancé parallèlement aux traitements du cancer qui existent et qui conjuguent chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie par les rayons X ou hormonothérapie, mais aussi des soins palliatifs. Des «Bombes» à l'énergétique Physicien connu et reconnu, le Pr Boutemeur n'est certes pas médecin, mais la physique, qui s'est mise au service de la médecine, l'a fait «médecin» malgré lui, tant il maîtrise son sujet. Il considère que la science des gènes favorisera la prévention par la création d'un vaccin contre le cancer du sein que l'on pourrait avoir en 2017. En attendant le vaccin, le cap est mis sur le remplacement des rayons X par les hadrons, soit par les protons (protonthérapie) ou les ions carbone (carbonethérapie). Le Pr Boutemeur a défendu la possibilité de créer dans le pays un centre ultra-moderne de hadronthérapie, un laboratoire qui fera de l'Algérie une puissance régionale dans le domaine. Il s'agit d'installer d'abord un accélérateur des particules à 100 mètres sous terre sur lequel sera érigée une clinique. Le traitement se fera par l'envoi de rayons d'atomes qui brûleront les cellules cancéreuses. Spécialiste au départ plutôt des «bombes», il a fini par virer vers l'énergétique et travaille sur cet aspect de la physique dédiée à la santé depuis six ans. «L'Algérie peut mettre en place un centre de hadronthérapie en 2018. Ce sera une clinique capable de traiter des tumeurs cancéreuses non opérables d'une manière très efficace. Le centre permettra de mettre l'Algérie au sommet de l'Afrique pour les technologies avancées et d'égales compétences dans ce domaine que l'Allemagne et le Japon» a-t-il déjà soutenu sur son compte facebook. Cette méthode de traitement est destinée aux cancers «non repérables et/ou radiorésistants». Le conférencier a donné à voir des images de malades «complètement guéris» d'un cancer. La première clinique d'hadronthérapie est à Ugo, au Japon, avec un traitement rapide d'une minute et demie par patient. Comme l'Allemagne, le Japon tient sa clinique d'hadronthérapie depuis 5 ans. La France, elle, n'en dispose pas encore, mais prévoit de la réaliser en Basse-Normandie. «On peut acheter l'outil de base pour le monter ici», recommande-t-il. Selon lui, «la majorité des directeurs de recherche des centres sont de chez nous ou acceptent de venir avec nous». Mieux, «les accélérateurs les plus performants du monde sont inventés par des jeunes de Oued Aïssi», ajoute-t-il, convaincu de la possibilité d'avoir un centre 100% algérien. «Et on peut le dupliquer» renchérit-il. Selon lui, le centre nécessite un budget de 120 millions d'euros pour sa réalisation et 20 millions d'euros pour son fonctionnement annuel et pourra traiter 2 000 patients chaque année. «Il faut apprendre à faire confiance aux enfants du pays», exhorte le futur prix Nobel de physique, qui a reçu de la part de ses compatriotes un burnous en signe de respect et de fierté qu'il leur inspire.