Invité, hier, à débattre du sujet lors de la rencontre hebdomadaire « Rendez-vous avec le roman » qu'organise le ministère de la Culture, au palais de la culture Moufdi-Zakaria, à Alger, le romancier d'expression arabe, Mohamed Meflah, regrette le peu d'intérêt observé par les écrivains algériens au sujet du roman historique. « Nous ne connaissons pas suffisamment notre histoire et notre patrimoine. Et ce depuis bien avant les années soixante-dix », a-t-il déploré en pointant du dix doigt notamment le système scolaire tenu par l'enseignement d'une histoire officielle. Selon l'auteur de « Kheïra wa El-Djibal », cette situation s'est traduite négativement sur l'apport des hommes de lettres, y compris les plus célèbres, tels que Mohamed Dib, Mouloud Feraoun, Tahar Ouettar. Néanmoins, le romancier admet qu'un certain nombre d'auteurs contemporains, notamment d'expression française, notamment Abdelaziz Ferrah, Khelifa Benamara font part d'une expérience intéressante visant à introduire une dimension historique dans leurs œuvres romanesques. Il évoque, à ce sujet, quelques-uns de ses romans dont « Chouâbat El-Maïda », traitant de la libération de la ville d'Oran par la population autochtone, sous l'étendard du Bey ottoman, et « El Kalidouni » sur la déportation de milliers d'Algériens vers la Nouvelle-Calédonie. Plus didactique, le critique littéraire, Mohamed Amine Bahri, a soutenu que le romancier est tenu par deux paramètres pour faire un roman historique : l'histoire et la philosophie. Selon lui, il existe d'un côté des romans qui parlent de l'histoire au sens propre et de l'autre des romans qui utilisent l'histoire dans une perspective esthétique. « Le romancier est tenu par sa vocation littéraire. Il n'a pas le droit de s'exprimer en tant qu'historien », soutient-il, en mettant en garde contre les atteintes à l'histoire. Il cite, à titre d'exemple, l'écrivain Wassini Laredj qui a, poursuit-il, multiplié les « erreurs » et les « approches approximatives » dans son roman « L'Emir ». De son côté, l'académicienne Aachi Nassira a fait savoir que les écrivains sont sont soumis à l'histoire telle qu'édictée et imposée par les politiciens. Dans un sens inverse, elle cite quelques hommes politiques qui ont trempé leurs plumes pour parler d'histoire, en recourant à l'esthétique romanesque, tellesnles mémoires de l'ancien chef d'Etat Ali Kafi, et du défunt Hocine Aït-Ahmed. Elle parle également de l'expérience de Rachid Boudjedra dans « Hôtel Saint-Geroges », ou Saïd Sadi sur la biographie du colonel Amirouche. « Généralement, l'histoire est le monopole des politiques mais c'est à l'écrivain de redoubler de génie pour une création littéraire qui saura contourner l'histoire imposée », a-t-elle suggéré.