C?est un jeune AOP (agent de l?ordre public). Il a une haute idée de sa mission. Il sait qu?il représente la loi. On le lui a suffisamment enseigné à l?école de police. Mais on a oublié, peut-être à bon escient, de lui dire qu?il doit être le premier à la respecter. Aussi, quand il conduit la fourgonnette de service, grille-t-il allègrement tous les feux rouges, même s?il n?y a pas urgence. S?y arrêter serait pour lui comme une dégradation. N?est-il pas «doula» ? C?est un élu. Il milite dans un parti «nationaliste», devenu grand dès sa naissance. Il a appris par c?ur des professions de foi patriotarde qu?il récite à tout bout de champ. Sur le revers de son veston, il a épinglé un emblème national et derrière son bureau de petit apparatchik, est accroché le portrait du chef de l?État. Il sait, comme tout le monde, que c?est à la fraude électorale qu?il doit son élection, mais cela ne le dérange nullement, puisque de toute façon, c?est la «doula». C?est un grand serviteur de l?Etat. Il est connu de tous. Il a cet air blasé et désabusé de celui qui sait qu?il est né pour commander et se servir. Il est allé au pèlerinage à La Mecque plusieurs fois. Un jour, son rejeton de fils est l?auteur d?une sale affaire. Le scandale n?est pas encore notoire. Il est vite étouffé et la victime est sommée, moyennant une petite rétribution, de mettre en sourdine ses plaintes. On n?allait tout de même pas salir le fils d?un membre de la «doula».«Il» a accaparé une villa de fonction pour laquelle il a obtenu un désistement et qu?il loue maintenant à prix d?or à une institution étrangère. «Il» a transformé la rue qui borde sa résidence en impasse. «Il» a obtenu de la société des chemins de fer que le train ne siffle plus à l?entrée de la ville, parce qu?il habite tout près et que ça le réveille. «Il» peut tout faire et tout se permettre, en toute bonne conscience et sans que cela choque qui que ce soit, parce qu?«Il» est «doula» !