Quelle est la recette pour réussir un festival ? Pour absurde qu'elle paraisse, la question est néanmoins justifiée, du moins en ce qui concerne l'organisation et la gestion de certains festivals en Algérie. Au lieu de faire convenablement le travail dont ils sont chargés, les commissariats de ces festivals, qui sont nommés par le ministère de la Culture, ont en effet trouvé la bonne formule pour cacher les imperfections, lacunes et ratages de leur organisation : taire la critique. Pour ce faire, il suffit de gagner les journalistes en couverture et les envoyés spéciaux en leur offrant de travailler pour le commissariat. Ils seront payés pour alimenter la revue du festival, en comptes-rendus élogieux évidemment, se charger des inscriptions aux ateliers, chauffer un siège dans le service de communication, intégrer l'organisation comme consultant ou tout autre poste fictif... peu importe. Car, en fait, ils sont payés à ne rien faire, surtout ne pas écrire de mauvaises choses sur le commissariat. Les budgets ont beau être insuffisants, on trouvera toujours de quoi raquer pour avoir bonne presse. L'important c'est de mettre le journaliste dans sa poche en lui glissant quelques billets dans la sienne. Et la pratique donne les résultats escomptés par les commissariats. Nous l'avons vu avec les festivals du théâtre à Alger et nous le revoyons avec le Festival du film arabe d'Oran (Fofa). A la lecture de la presse, arabophone et francophone, on a l'impression que tout se passe comme sur des roulettes, c'est du velours, pas la moindre aspérité, pas une ombre au tableau. D'ailleurs, les articles se limitent à rendre compte, platement, du film projeté. Pourtant, à la veille de l'ouverture de cette 7e édition du Fofa, un appel a été lancé sur le site des pétitions citoyennes avaaz.org. Les signataires de la pétition dénonçaient le «Festi-vil mondain» qui «n'intéresse pas les citoyens d'Oran» et dilapide des «sommes faramineuses pour perpétuer la médiocrité culturelle». Ils soutenaient que les crédits alloués à cette manifestation culturellement improductive devaient servir «judicieusement à la réhabilitation et la construction de nouvelles salles de spectacles et théâtres de proximité» dans une ville qu'on qualifie de capitale de l'Ouest et qui «compte plus de cinémas en ruine que de vestiges historiques». Comment peut-on défendre un festival du cinéma qui se tient dans une ville où il n'y a pas de cinémas ? Comment peut-on se mettre au service d'un festival qui est complètement déconnecté de la ville où il se tient et de ses habitants ? Quel journaliste digne de ce nom peut mousser une organisation qui excelle dans l'approximation, le bricolage et la médiocrité ? Quant aux rares professionnels qui osent la moindre critique, ils se comptent sur les doigts d'une main et souvent ils sont descendus en flamme par leurs pairs qui émargent au festival et qui, toute honte bue, les accusent d'amateurisme et de subjectivisme. H. G.