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Est-ce la fin de la mondialisation ?
Publié dans La Tribune le 20 - 11 - 2016

L'élection de Donald Trump signifie-t-elle que c'en est fini de la mondialisation, ou est-ce une exagération que de le dire ? Est-elle seulement en panne, et en cas y a-t-il lieu de s'inquiéter ? Pour l'économie mondiale, quelles seront les répercussions du ralentissement de la croissance du commerce qui s'annonce ?
L'élection de Donald Trump signifie-t-elle que c'en est fini de la mondialisation, ou est-ce une exagération que de le dire ? Est-elle seulement en panne, et en cas y a-t-il lieu de s'inquiéter ? Pour l'économie mondiale, quelles seront les répercussions du ralentissement de la croissance du commerce qui s'annonce ?
La croissance du commerce mondial fléchirait même sans Trump. Elle était déjà pratiquement nulle au premier trimestre 2016 et elle a chuté de presque 1% au cours du deuxième trimestre. C'est la continuation d'une tendance antérieure : entre 2010 et il y a seulement quelques mois, le commerce mondial était en croissance de presque 2% par an. Ce fait, ainsi que la hausse supérieure à 3% de la production des biens et de l'offre de services faisait que le taux du volume du commerce rapporté au PIB était en nette hausse, alors qu'il diminue maintenant.
Pour les experts de la mondialisation, cette évolution inquiétante traduit la résurgence du protectionnisme qui se manifeste dans l'hostilité au Partenariat transpacifique (PTP) et au Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (Ttip), ainsi que dernièrement par l'élection de Trump. Autrement dit, on ne tire pas profit des bénéfices qu'auraient pu apporter l'ouverture des frontières et la mondialisation.
Les dégâts économiques sont parfois difficiles à percevoir, mais ici ce n'est pas le cas. Jusqu'à présent, le ralentissement de la croissance du commerce est la conséquence de celle du PIB - et non l'inverse.
C'est particulièrement évident si l'on considère les dépenses d'investissement qui sont en chute depuis la crise financière mondiale. Ces dépenses sont très liées au commerce parce qu'un peu partout on a tendance à compter trop exclusivement sur les importations d'un petit nombre de pays comme l'Allemagne pour les moyens de production sophistiqués.
Le fléchissement des échanges traduit aussi le ralentissement de l'économie de la Chine. Jusqu'en 2011, la croissance de ses échanges commerciaux était fulgurante et elle connaissait un taux de croissance à deux chiffres. Or ce taux a diminué d'un tiers, d'où une diminution de la croissance de ses échanges commerciaux.
Le miracle de la croissance chinoise qui bénéficie à 20% de la population mondiale est l'événement économique le plus important de ces 25 dernières années, mais il ne se reproduira pas. Et maintenant que la Chine a rattrapé l'économie mondiale, ce moteur du commerce mondial va ralentir.
La chaîne d'approvisionnement mondiale est le deuxième moteur de la croissance mondiale. Le commerce des pièces détachées et des composants a bénéficié de la baisse des coûts de transport, ce qui reflète la «containerisation» et les progrès en logistique. Mais les progrès dans l'acheminement des marchandises ne vont probablement pas se continuer à un rythme plus rapide que celui de l'amélioration du processus de production des biens. Aujourd'hui déjà, lors de leur fabrication, les systèmes de transmission des voitures traversent plusieurs fois la frontière USA-Mexique. A un moment ou à un autre, aller plus loin dans cette évolution ne pourra que réduire les bénéfices.
Dans ces conditions, faut-il s'inquiéter du ralentissement de la croissance du commerce ? Oui, dans le sens où un docteur se préoccupe de la fièvre d'un patient. En elle-même la fièvre est rarement un symptôme mortel, mais elle révèle un état sous-jacent. Pour nous, il s'agit du ralentissement de la croissance (que l'on appelle aussi stagnation séculaire) dû à une baisse des investissements, elle-même provoquée par les problèmes financiers et les incertitudes politiques.
Les accords commerciaux comme le TPP et le TTIP n'y remédient qu'indirectement. Par contre l'augmentation des dépenses publiques dans les infrastructures est bien adaptée pour encourager directement l'investissement et la croissance. Mais il reste à voir si le gouvernement de Trump et le nouveau Congrès américain choisiront cette politique et pourront l'appliquer.
Plus généralement, il faut un consensus politique pour appliquer une politique d'encouragement à la croissance, de manière à ce que l'investissement ne soit pas otage d'un conflit politique. Il n'est pas sûr que cela soit possible sous la présidence de Trump.
La question des flux financiers transfrontaliers est encore plus spectaculaire. Le total des flux financiers (entrants et sortants) est, quant à lui, en baisse significative en termes absolus depuis 2009.
Mais spectaculaire ne veut pas dire alarmant. Ce sont essentiellement les prêts et les emprunts bancaires internationaux qui diminuent. L'investissement direct étranger (les flux financiers permettant de construire des usines à l'étranger ou d'acquérir des sociétés étrangères) reste à son niveau d'avant-crise. Il en est de même des emprunts et des prêts internationaux à travers les échanges de titres et d'obligations.
Cette différence tient à la réglementation. Ayant conclu à juste titre que le prêt bancaire transfrontalier est très risqué, les régulateurs ont fait preuve de sévérité en ce qui concerne les opérations bancaires internationales. C'est pourquoi beaucoup de banques ont diminué leurs opérations à l'international. Mais c'est plutôt un signe rassurant, car les opérations financières transfrontalières les plus risquées ont diminué, sans toutefois perturber les formes d'investissement étranger les plus stables et les plus productives.
Il est possible que le gouvernement américain abroge la loi Dodd-Frank et revienne sur les réformes financières de ces dernières années ; une déréglementation financière pourrait favoriser la reprise des flux financiers internationaux. Pour autant, soyons prudents dans nos choix !
B. E. (Traduit de l'anglais par Patrice Horovitz)
*Professeur d'économie à l'Université de Californie, Berkeley et Pitt Professeur d'histoire et d'institutions américaines à l'université de Cambridge. Ancien conseiller politique principal au Fonds monétaire international. Son dernier ouvrage est Hall of mirrors : The great depression, the great recession, and the uses - and Misuses - of History (Salle des miroirs : La grande dépression, la grande récession, et les usages - et les abus - de l'Histoire).
In project-syndiacte.org


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