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Relations algéro-françaises : Macron, le candidat idéal par défaut ? Sa condamnation de la colonisation a séduit la population et les autorités algériennes
L'un des temps forts de l'actualité de ce mois est le premier tour de l'élection présidentielle française. Onze candidats en lice se disputent les deux premières places qui leur permettront d'accéder au deuxième tour. Deuxième tour qui devra départager les deux «finalistes» le 7 mai prochain. Le coup d'envoi du premier tour a été donné samedi dernier par les électeurs des territoires d'outre-mer, la métropole devant attendre aujourd'hui pour départager les candidats de ce scrutin, placé sous haute sécurité après l'attentat des Champs-Elysées. Dans cette course à cette dixième élection présidentielle au suffrage universel de la Ve République française et selon les sondages, deux candidats font la course en tête, Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Ils sont suivis, au coude à coude, par François Fillon et Jean-Luc Mélenchon. Le candidat du PS Benoît Hamon est largement distancé dans tous les sondages. Il faut dire que l'élection présidentielle en France est importante pour Alger, gouvernement et peuple. Le passé commun, les relations «passionnées» entre les deux pays, le nombre important d'Algériens qui vivent en France ou de Français d'origine algérienne, sans oublier les relations économiques, font que l'Algérie suit de très près l'élection présidentielle en France. Les enjeux sont multiples. Outre l'économie et la politique étrangère, il y a les questions de visa, de résidence, de nationalité mais surtout ce qui touche à l'histoire entre les deux pays, à la guerre d'indépendance algérienne. Et c'est justement grâce à ses déclarations sur la guerre d'Algérie qu'Emmanuel Macron apparaît comme le candidat préféré d'Alger, même s'il est vrai que généralement la société et les autorités algériennes ont de manière générale une préférence pour les candidats de gauche. Emmanuel Macron est le seul candidat qui a été officiellement reçu en Algérie. Le candidat du mouvement En Marche a organisé une réunion publique dans la capitale et a fait parler de lui en déclarant à une télévision privée que la colonisation était un crime contre l'humanité. Dans ses différentes interventions, Emmanuel Macron a su trouver les mots justes pour souligner l'importance de son déplacement en Algérie, la force des liens qui unissent les deux pays, mais il a surtout qualifié la colonisation de «crime contre l'humanité» et de «vraie barbarie». «La colonisation fait partie de l'histoire française […]. Ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l'égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes», a-t-il dit. De quoi satisfaire une large frange d'hommes politiques et de la population. «Y a-t-il quelque chose de plus grave, quand on veut être président de la République, que d'aller à l'étranger pour accuser le pays que l'on veut diriger de crime contre l'humanité ?», a réagi Marine Le Pen lors d'une discussion avec des internautes sur Facebook. «Il n'y a rien de plus grave. C'est la justification utilisée par les voyous de banlieue pour agir, lutter, combattre contre la France et tout ce qui représente la France et notamment, évidemment, nos forces de l'ordre. Nous, la France, nous l'aimons d'une manière inconditionnelle», a ajouté celle que les enquêtes donnent systématiquement présente au second tour. Le parti d'extrême droite qui a déjà atteint le second tour en 2002, œuvre de Jean-Marie Le Pen, père de l'actuelle candidate, a énormément de chance d'être finaliste lors de cette élection également. Cependant, ce ne sera sûrement pas grâce au vote de la communauté algérienne en France. La candidate de l'extrême droite n'est pas favorable à des excuses de la France sur la période coloniale en Algérie. Elle considère que la colonisation a beaucoup apporté à l'Algérie et que «les Français rejettent ces repentances qui divisent plutôt qu'elles ne rassemblent. Nous parlons de situations aussi complexes que douloureuses. La France n'a pas à s'excuser pour cette période. Elle doit rendre hommage à ses anciens combattants et solder l'épineuse et dramatique question des harkis, avec la création d'une fondation dédiée à leur cause», a-t-elle affirmé, lors de sa campagne électorale. Toutefois, la fille de Jean-Marie Le Pen est favorable à des relations «apaisées» avec l'Algérie. «En dehors de ces questions mémorielles, il faut avoir des relations apaisées avec l'Algérie, notamment dans la coopération en matière de terrorisme et d'immigration», a affirmé la favorite des sondages. Ce n'est pas suffisant pour plaire à l'Algérie officielle, encore moins à la population. En ce qui concerne François Fillon, il est grandement fragilisé par les affaires judiciaires, après la révélation fin janvier de l'emploi présumé fictif de son épouse comme collaboratrice parlementaire pour lequel la justice l'a mis en examen. Cependant, ce n'est pas cette mise en examen qui le met en difficulté par rapport à Alger, mais plutôt ses positions sur le passé colonial de la France en Algérie et sur l'islam qui inspirent une certaine méfiance. Ce candidat de la droite et du centre aux prochaines élections présidentielles en France, exclut de présenter des excuses pour les crimes commis par la France pendant la guerre d'Algérie. «Envisager les relations de la France avec l'Afrique et le Maghreb à travers les seules pages sombres du passé est une erreur. Cela ne peut qu'alimenter des ressentiments et instrumentalisations politiques», a affirmé Fillon dans un entretien accordé au journal le Monde. «Oui, il y a eu des drames, des injustices, mais on peut regarder notre passé avec lucidité et équilibre. Inutile d'insulter des générations qui ont vécu dans leur chair l'histoire passionnée et douloureuse qui lia la France et l'Algérie», a ajouté le candidat du parti Les Républicains considérant que «la jeunesse d'Alger comme la jeunesse française n'a plus de compte à régler avec les années de guerre. Il faut construire l'avenir». Sur l'Islam, si Marine Le Pen affiche une position virulente sur la question en affirmant qu'«il faut s'attaquer à la racine du mal. C'est le fondamentalisme islamiste qui est l'idéologie qui arme ces terroristes», François Fillon, qui avait auparavant affirmé qu'en France il n'y a pas de problème religieux mais un problème lié à l'islam, a modéré son discours durant sa campagne électorale. L'ex-Premier ministre de Nicolas Sarkozy dénonce les personnes «tentées de s'attaquer à la liberté religieuse», affirmant qu'il n'y a pas des «communautarismes», mais «il y a juste un problème, c'est le problème de la montée de l'intégrisme au sein de la communauté musulmane, et c'est ce problème-là qui doit être réglé» à travers le durcissement de «ce qu'on appelle les lois de la laïcité», estime M. Fillon. Reste le candidat Jean-Luc Mélenchon, qui a vu sa cote nettement progresser dans les enquêtes d'opinions, principalement au détriment de Benoît Hamon, le candidat du PS. Quatrième homme en 2012, Jean-Luc Mélenchon a invité son concurrent dans la course à la présidentielle Emmanuel Macron à «peser ses mots» sur l'Algérie. «On ne doit pas dire de bêtises, il faut peser ses mots», a déclaré le président de France insoumise avant d'ajouter que «nous condamnons tous la colonisation […]. La colonisation est un fait qui doit concerner les historiens». Mais il faut rappeler que ce même Mélenchon avait, dans le cadre d'une tournée au Maghreb en 2013, déclaré concernant la repentance de la France pour ses crimes en Algérie : «Je pense que ça serait une belle perte de temps.» Il avait aussi déclaré que «le peuple français n'est pas davantage responsable de la colonisation que de l'esclavage ou de la déportation des juifs…» Ce défenseur de la laïcité républicaine avait fini par parler de «guerre civile» à propos de la guerre d'indépendance. Cette position, à elle seule, suffit pour écarter le candidat de l'extrême gauche de la liste des «candidats préférés» d'Alger et de son peuple. Ainsi donc, Emmanuel Macron apparait comme le «candidat par défaut» de l'Algérie et de sa communauté en France. Mais une chose est certaine, quel que soit le président, cela va marquer le point de départ d'une nouvelle politique entre les deux pays. H. Y.