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La contre révolution coloniale et ses Vendéens de Benghazi
Règlement de la crise libyenne
Publié dans La Tribune le 04 - 08 - 2011

En une sortie d'hôpital et un discours, Hugo Chavez vient de rappeler une question essentielle que ni la Russie ni la Chine ni les BRICS dans leur ensemble n'ont osé s'opposer à une coalition guerrière et agressive engagée dans le grand retour au colonialisme à l'ancienne et au système de protectorat. Que veulent solidairement les chefs de l'expédition coloniale, sinon mettre la Libye sous protectorat avec la participation active et avide de fantoches auxquels même l'armada aérienne de l'OTAN n'arrive pas à donner de consistance ? De quel droit et au nom de quoi vingt-quatre pays se sont regroupés pour régler «une question libyenne» qui n'est pas une question internationale, et ont monopolisé l'interprétation et l'exécution de la résolution scélérate sur la Libye? Nous pouvons – et nous devrions - réfléchir sur la sensibilité d'Hugo Chavez pour tout ce qui concerne l'indépendance nationale, la souveraineté nationale et l'atteinte au principe que les peuples ont besoin d'Etats nationaux constamment en vigilance sur les entourloupes, les séductions, les manigances qui nous feraient accepter d'insensibles influences étrangères au motif qu'elles seraient techniques, secondaires ou dénué d'intérêt stratégique. Les petits renoncements désarment progressivement et vous laissent incapables de réaction le moment venu. Nous pouvons, pour les besoins de notre propre indépendance nationale, émettre déjà l'hypothèse que Chavez est sensible à ce qui fait l'essence de son propre combat : la libération nationale. Car c'est bien de cela qu'il s'agit dans ce réveil des indiens d'Amérique Latine, au cœur de colonies de peuplement dans lesquelles les blancs avaient cru la question indienne réglée et, avec elle, la question de la terre et de la réforme agraire, la question des latifundia, d'United Fruits, aujourd'hui rebaptisée, et la question de la propriété en Amazonie et partout ailleurs. Que cinq siècles après cette lutte pour la terre et pour le pain prenne essentiellement des formes et des apparences des luttes sociales ne doit pas nous faire oublier que la base de cette lutte est en réalité la question nationale toute entière enveloppée et gainée dans la question sociale. C'est une «anomalie» du développement du capitalisme que des blancs soient pauvres dans leurs colonies de peuplement, mais c'est aussi la projection sur nos terres de leur structure sociale d'origine qui les a projetés chez nous. Il est évident que la Chine, la Russie, l'Inde, le Brésil, toutes entières projetées à l'international comme grandes puissances mais aussi comme puissances en expansion, soient devenues très peu sensibles à ce côté de la vie politique internationale. Chavez vient opportunément nous le rappeler. Le gouvernement vénézuélien, lui-même engagé dans une lutte complexe de libération de son pays de l'hégémonie étasunienne et de ses puissants appuis internes, ne pouvait mettre de côté la question des ressources comme l'a fait la Russie dans une fausse naïveté qui ressemble – et qui rappelle en tous cas – en tous points aux vieux réflexes du partage des zones d'influence. Chavez vient recadrer le débat : la guerre menée au peuple libyen est une guerre coloniale. Nous pouvons avancer que c'est une guerre de reconquête coloniale. Elle représente au plus haut degré un point d'inflexion et une action réactionnaire par excellence en remettant en cause l'acquis essentiel du vingtième siècle : le processus de la décolonisation, le processus des indépendances nationales, la naissances d'Etats nationaux indépendants. La chute du mur de Berlin puis de l'URSS ont fait longtemps croire à une victoire décisive et définitive de l'impérialisme. Courants libéraux ou ultra libéraux et courants sociaux démocrates, enfin libérés de la «contrainte», à gauche, du mouvement communiste, qui les obligeait à garder un langage de «gauche traditionnelle», pouvaient célébrer une marche triomphale de recomposition du mode à la sauce capitaliste et sous le strict modèle de l'économie de marché. Inutile de revenir sur «la fin de l'histoire» et autres balivernes d'idéologues jouissant d'une vérification de la thèse de Hegel, le cheval de Napoléon en moins. Mais pas très loin. Car malgré ce monde, enfin offert sans résistance aux appétits des bourses, allait sérieusement convulser avec le réveil latino américain, l'émergence des économies non européennes, la renaissance de etc. etc. Bref, l'essence du vingtième siècle, ce n'est pas le socialisme mais la libération nationale et partout où la réalité du processus apparaissait comme d'essence nationale comme en Chine, au Viet Nam, en Algérie, à Cuba etc. la chute du mur de Berlin a changé la donne politique mais n'a rien modifié au problème historique. Pour que le capital financier accroisse ses profits le monde entier doit lui céder sa souveraineté. Et cela ne marche pas. La guerre faite à la Libye est une guerre de la contre révolution conçue, organisée et menée par les anciennes puissances coloniales pour prendre les ressources de nos pays afin d'enrayer leur déclin face aux puissances émergentes et pour garder à leurs peuples cette vie au dessus de leurs moyens grâce à laquelle ils ont éloigné le spectre des révolution sociales que les «indignés» espagnols ou les manifestants de Grèce ou les grévistes du Wisconsin font de nouveau planer sur leurs têtes. Les dirigeants européens en avaient parfaitement conscience et le savaient profondément. Ils le savaient si bien, qu'à Lisbonne, pour leur grande réunion du 19 au 21 novembre 2010, ils ont rajouté aux missions de l'OTAN celle de défense de la démocratie. Tout le monde sait -même nos prêtres indigènes du marché – que les maîtres du monde et maîtres de la lexicologie politique ont transformé le terme «démocratie» en nom d'emprunt du libéralisme et partout nous devrions écrire «démocratie alias le libéralisme». À ce moment cette chronique avait attiré l'attention sur ce changement pour indiquer qu'il s'agit pour l'OTAN et pour ses maîtres de se préparer à frapper les citoyens européens tentés de se débarrasser du capitalisme «alias la démocratie». Le toute accompagné par des tentatives répétées d'interdire les partis communistes à cause du passé et d'interdire l'extrême gauche pour son radicalisme et ses «accointances» surmédiatisées avec les islamistes notamment palestiniens – entendez avec les terroristes. Ces tentatives toujours en cours montrent à quel point il est urgent pour les dirigeants de gauche comme de droite de préserver cette vie européenne – et américaine – au dessus de leurs moyens réels pour sauver le centre de gravité du capitalisme. La crise de la dette américaine montre avec éloquence combien ces peuples vivent au dessus de leurs moyens et combien on leur achète «la paix sociale» sur notre dos d'africains, de latino ou d'asiatiques.Pour la survie du capitalisme il faut prendre l'argent là où il se trouve. Dans les banques ou en puisant dans les ressources de nos pays. Alors ils viennent le prendre. C'est exactement ce que nous rappelle Chavez. Et pour que le parti socialiste comprenne bien : la reconquête coloniale qu'ils soutiennent de toutes leurs forces comme, de toutes leurs forces, ils ont soutenu, hier, le colonialisme des Bugeaud, est une immense entreprise politique réactionnaire, une tentative de retour en arrière ou, à tout le mois, une tentative d'empêcher ou d'enrayer une évolution vers plus d'autonomie et d'indépendance, comme cela semble être le cas pour l'Algérie. Cela ne marche pas non plus et les pays africains se sont montrés bien sourds aux admonestations américaines à propos de Kadhafi et encore plus sourds à propos du «danger colonialiste» de la Chine. Et c'est presque naturel que cette entreprise réactionnaire prenne les couleurs des royalistes contre les anciens putschistes républicains et les allures des Chouans coincés entre les symboles du Roi et ceux de l'Eglise. Les socialistes français sont aujourd'hui vendéens. Face aux socialistes français qui se mettent du côté des vendéens de Benghazi se dressent de toute leur grandeur historiques l'indien du Venezuela et le Bédouin de Libye dans un internationalisme trop vite enterré sous les pierres du mur de Berlin et déjà appelé à un nouvel avenir. Hugo Chavez n'a pas ramené qu'un recadrage de la question libyenne et n'a pas ramené que cette fraîcheur du langage révolutionnaire qui éloigne de nous les miasmes des médias mensonges. Il nous permet de comprendre aussi pourquoi Longuet déclare que la France s'inscrit dans la durée dans sa guerre contre la Libye et pourquoi les anglais assurent qu'ils resteront le temps qu'il faudra. Nous savions tous que l'agressivité des euro-américains, et particulièrement de Melle Rice en son temps, visait le remodelage de nos pays, les modifications de nos frontières, la recomposition de notre région. Nous pouvons dire maintenant qu'anglais et français avertissent leurs opinions publiques que ces Etats, au service du grand capital, sont entrés dans une phase longue des guerres de reconquête. Les anglais avouent leur échec en Libye tout en nous annonçant l'ouverture d'une période de conflits et d'agressions visant de nouveaux pays, et par nouveaux pays il faut entendre essentiellement le notre. La guerre reste dans la configuration actuelle la seule issue à leur crise puisque la chute de l'URSS a obéré sérieusement toute issue révolutionnaire au cœur du système. La troisième guerre mondiale pour réduire les menaces de la Chine, de l'Inde, du Brésil de surpasser l'économie euro-américaines n'aura pas forcément le rythme, ou la concentration des théâtres d'opérations ou la cadence des conflits mais apparemment nous sommes dans une inquiétante amorce. .Il faudra un réel réveil des peuples pour arrêter les mains criminelles des Sarkozy, des Cameron et des Obama. La guerre totale faite au peuple libyen, en essayant de priver d'eau Tripoli et d'affamer les libyens en bombardant les entrepôts de nourriture, nous montre à l'envi que cette
guerre vise à faire plier le peuple de ce pays frère et nous rappelle, après le Vietnam et l'Algérie et l'Irak, Ghaza et le Liban, à quel genre de criminels endurcis nous avons affaires. Le discours de Chavez montre la voie de la riposte : résister fermement. Le peuple libyen résiste pour nous aussi. Quand donc nous nous lèverons pour rendre à ce peuple une infime partie de ce qu'il nous donne et lier en partie les mains américaines, françaises et anglaises qui s'apprêtent à nous frapper ?
M.B.


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