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AIE : La consommation mondiale de pétrole sera vigoureuse en 2016 et 2017
Publié dans Le Maghreb le 16 - 06 - 2016

La consommation mondiale de pétrole augmentera plus que prévu en 2016 et conservera sa vigueur en 2017, tandis que la production d'or noir faiblit: le marché devrait retrouver son équilibre au second semestre de cette année, selon l'Agence internationale de l'énergie.
La demande mondiale d'or noir devrait croître de 1,3 million de barils par jour (mbj) cette année, contre une anticipation précédente de 1,2 mbj, pour atteindre 96,1 mbj, a détaillé l'AIE dans son rapport mensuel sur le pétrole publié mardi. "Ce taux de croissance est légèrement supérieur à la tendance précédente, principalement en raison de la faiblesse des prix du pétrole", qui stimule la consommation, notamment celle de carburants aux Etats-Unis, a précisé le bras énergétique de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). La demande devrait progresser dans les mêmes proportions en 2017 et s'établir à 97,4 mbj, tirée essentiellement par les pays non membres de l'OCDE, qui devraient consommer la quasi-totalité de la croissance de 1,3 mbj attendue l'an prochain. L'Inde, la Corée du Sud et la Chine figureront parmi les pays les plus gourmands. Face à cet appétit plus marqué pour l'or noir, la production de pétrole faiblit, ce qui conduit l'AIE à anticiper "un marché pétrolier équilibré au second semestre 2016", après un long épisode de surproduction massive."En janvier, nous estimions que l'offre excédentaire serait de 1,5 mbj au premier semestre 2016. Aujourd'hui (...), il semble qu'elle se chiffrerait plutôt à 0,8 mbj", selon l'agence basée à Paris, qui représente les pays consommateurs de brut. L'impact sur les prix, qui ont remonté depuis le plancher de 27,10 dollars le baril en janvier et flirtent désormais avec la barre des 50 dollars, devrait toutefois rester limité, a-t-elle estimé, en raison des stocks excédentaires restant à écouler.

Impact limité sur les prix
L'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) avait déjà dit lundi entrevoir un rééquilibrage du marché pétrolier au cours des "prochains trimestres", estimant que la demande mondiale de produits pétroliers est en particulier tirée par les carburants. Le cartel, qui pompe environ un tiers du pétrole mondial, ne s'était ainsi pas fixé de plafond de production lors de sa réunion à Vienne le 2 juin, jugeant sa production "raisonnable" et validée par la progression des cours. Sur le seul mois de mai, la production a atteint 95,4 mbj, soit près de 800.000 barils par jour de moins par rapport au mois précédent et 590.000 bj de moins sur un an, ce qui marque "la première baisse significative depuis le début de 2013", a souligné l'AIE. En cause, a-t-elle rappelé: le gigantesque feu de forêt dans la région de Fort McMurray, dans l'Alberta (ouest du Canada) qui a malmené la production du pays et, au sein de l'Opep, les attaques rebelles contre des installations pétrolières au Nigeria. Ces interruptions ont contrebalancé les hausses observées au Moyen-Orient, notamment en Iran, dont la production devrait croître de 700 000 bj à un peu moins de 3,6 mbj en 2016. En tout, l'Opep a écoulé 32,61 mbj le mois dernier, en repli de 110 000 bj. Jusqu'ici alimentée par le boom des hydrocarbures de schiste aux Etats-Unis, la production des pays hors Opep devrait pour sa part baisser de 900 000 barils par jour en 2016, contre une estimation précédente de 800 000 bj, pour atteindre 56,8 mbj. Un léger rebond de 240 000 bj à 57 mbj est anticipé en 2017. La production de l'Opep devrait également croître "modestement".

L'Opep confirme un prochain rééquilibrage du marché
Pour sa part l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) a confirmé la veille entrevoir un rééquilibrage du marché pétrolier au cours des "prochains trimestres", après un long épisode de surproduction massive. "La production excédentaire sur le marché va probablement s'estomper ces prochains trimestres", relève dans son rapport mensuel publié à Vienne le cartel de treize pays, qui pompe environ un tiers du brut mondial. Cette correction est suggérée alors que la demande mondiale doit progresser de 1,2 million de barils par jour (mbj) à 94,2 mbj cette année, la production hors-Opep se contractant parallèlement de 0,74 mbj, selon les prévisions de l'organisation, qui confirme ses précédentes estimations. La demande mondiale de produits pétroliers est en particulier tirée par les carburants, dans un contexte de prix toujours bas et de rebond des ventes de véhicules, relève le rapport. Pour autant, "la surproduction a persisté" en mai, malgré un léger tassement (-0,1 mbj) du côté de l'Opep, en raison principalement de troubles au Nigeria. Le cartel a pompé 32,36 mbj le mois dernier. Les ministres de l'Opep ne s'étaient pas fixé de plafond de production lors de leur réunion à Vienne le 2 juin, jugeant leur production "raisonnable" et validée par la progression des prix après un plus bas atteint en janvier. Sous l'impulsion notamment de l'Arabie saoudite, le cartel avait refusé de baisser sa production l'an passé, ce qui lui a permis de maintenir ses parts de marché tout en mettant sur la touche une partie de ses concurrents d'Amérique du Nord, en mal de rentabilité.

L'or noir continue à déprimer en Asie
Les cours du pétrole étaient encore orientés à la baisse hier matin en Asie, la hausse des réserves américaines de brut s'ajoutant aux inquiétudes d'une sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne. Vers 04H30 GMT, le baril de light sweet crude (WTI) pour livraison en juillet perdait 69 cents à 47,80 dollars dans les échanges électroniques en Asie. Le baril de Brent, référence européenne du brut, pour livraison en août, reculait de 71 cents à 49,12 dollars. "Il y a beaucoup d'incertitude sur le marché pétrolier et beaucoup d'investisseurs cherchent un refuge avant un éventuel Brexit", a déclaré Peter Lee, analyste chez BMI Research.
Le yen et l'or font partie de ces valeurs refuges. "Les cours du pétrole risquent de baisser jusqu'à ce que la Grande-Bretagne se décide." L'effet de ces inquiétudes a été renforcé par l'annonce de la fédération professionnelle American Petroleum Institute (API) -en attendant les chiffres officiels du département américain de l'Energie (DoE) mercredi- d'une hausse des réserves américaines de 1,2 million de barils la semaine dernière, alors que les experts tablaient sur une baisse de l'offre. Par ailleurs, un rapport de l'Agence internationale de l'énergie paru mardi a contribué à plomber l'atmosphère.

Pénalisé par le regain du dollar
Mardi, les cours du pétrole ont fini en baisse pour une quatrième séance de suite, surtout pénalisés par le regain du dollar et la déstabilisation des marchés financiers mondiaux avant le référendum britannique sur l'appartenance à l'Union européenne. Le cours du baril de référence (WTI) pour livraison en juillet a perdu 39 cents à 48,49 dollars sur le New York Mercantile Exchange. A Londres, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en août a cédé 52 cents à 49,83 dollars sur l'Intercontinental Exchange (ICE), finissant sous le seuil des 50 dollars pour la première fois depuis le 3 juin. "Le marché du brut se laisse emporter par la dégradation générale du moral liée à l'économie", a commenté Matt Smith, chez ClipperData. Selon lui, les inquiétudes des investisseurs, manifeste dans la baisse des marchés d'actions, se reflétaient également dans la hausse du dollar. Or toute hausse du dollar a tendance à peser sur les cours du brut, qui sont libellés en billets verts car elle pénalise les acheteurs munis d'autres devises. Par ailleurs, a-t-il noté, un rapport de l'Agence internationale de l'énergie paru mardi "n'a pas été assez optimiste pour réorienter les prix" du brut. Pour Tim Evans, chez Citi, ce rapport a été considéré par le marché comme "une confirmation de ce qu'il savait déjà plutôt qu'une nouvelle fraîche". Par ailleurs, le marché attendait la publication mercredi des chiffres hebdomadaires du ministère américain de l'Energie (DoE) sur le niveau des stocks de pétrole et de produits pétroliers, ainsi que la production nationale. M. Smith a indiqué qu'il tablait sur un nouveau reflux des stocks de brut, ce qui, selon lui, "pourrait provoquer un petit rebond après quatre séances de baisse". Mais les investisseurs pourraient aussi sanctionner l'annonce d'une nouvelle augmentation de la production américaine, a-t-il estimé, alors que les investisseurs s'inquiètent déjà qu'un baril à plus de 50 dollars pousse les producteurs à relancer des opérations de pompage que la baisse des cours les avait convaincus d'arrêter ou ralentir.
Une première estimation des stocks doit être fournie en soirée par la fédération professionnelle API. M. Smith et M. Evans ont estimé que, à côté de la baisse des réserves de brut, les stocks d'essence et de produits distillés devraient avoir peu évolué, M. Smith estimant même qu'ils pourraient avoir augmenté durant la semaine achevée le 10 juin.


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