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Solution de la crise en Libye: Les pays voisins préoccupés et insistent sur le dialogue
Publié dans Le Maghreb le 16 - 06 - 2019

L'Algérie, la Tunisie et l'Egypte ont réitéré leur appel au dialogue pour une solution politique, durable, négociée dans le cadre des Nations unies en Libye, où le processus politique est dans l'impasse depuis le début de l'offensive début avril de Khalifa Haftar sur Tripoli.

Les chefs de la diplomatie de ces trois pays voisins se sont à nouveau réunis à Tunis pour discuter du développement de la situation en Libye voisine, soulignant leur volonté de travailler ensemble pour rapprocher les parties libyennes et les convaincre à opter dans l'immédiat pour un cessez-le-feu.
"Les derniers développements en Libye et les moyens d'arrêter les combats et de reprendre le processus politique entre les différentes parties libyennes sous les auspices des Nations unies étaient le principal souci partagé lors de la réunion", a indiqué la déclaration commune à l'issue de la réunion.
Dans le premier chapitre de la déclaration tripartite, les trois chefs de la diplomatie ont appelé les protagonistes et rivaux libyens à "remédier aux souffrances du peuple libyen, à la prise en compte de l'intérêt national suprême de la Libye", leur demandant de faire preuve de la flexibilité nécessaire et de mettre un terme à l'escalade, et au retour au processus politique dans le cadre d'un dialogue approfondi et global "Libyens-Libyens". Les ministres tunisien, algérien et égyptien ont par ailleurs souligné qu'il n'existait aucune solution militaire à la crise libyenne. "Il s'avère assez primordial que vital de préserver la piste politique et de la soutenir comme étant seul moyen de résoudre la crise libyenne sous les auspices de l'ONU et à travers sa mission en Libye, conformément aux dispositions de l'accord politique et à la mise en œuvre de tous les éléments du plan des Nations Unies adopté par le Conseil de sécurité en date du 10 octobre 2017".

Rejet de l'ingérence extérieure et lutte contre le terrorisme
Les trois ministres ont dénoncé "les flux continus des armes en Libye de la part des parties régionales et autres, en contradiction flagrante des décisions du Conseil de sécurité". Ces flux des armes "ravivent le conflit" dans ce pays et "renforcent la souffrance du peuple libyen", ont-ils déploré. Les ministres ont exprimé aussi leur "profonde préoccupation des flux des terroristes étrangers en Libye". Depuis le lancement début avril d'une offensive de Khalifa Haftar pour s'emparer de Tripoli, plusieurs arrivées d'armes ont été signalées au profit des camps rivaux, dont les forces loyales au Gouvernement d'union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj, reconnu par la communauté internationale, en dépit de l'embargo sur les armes décrété par l'ONU. Le troisième point de la déclaration manifeste clairement le rejet total de toute ingérence extérieure dans les affaires intérieures de la Libye, "une ingérence qui ne fera qu'aggraver, de pire en pire, la situation dans ce pays". Les trois responsables ont fermement dénoncé ce qu'ils qualifient de "flot continu" d'armes en Libye émanant de parties régionales et autres, en violation flagrante des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, alimentant ainsi le conflit et les souffrances de la population libyenne, lui demandant (Conseil de sécurité) d'assumer ses responsabilités en matière de violations documentées des embargos sur les armes imposés à la Libye. Les ministres ont réaffirmé leur attachement à l'unité, à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de la Libye et à la nécessité d'unir toutes les institutions nationales libyennes et de les réhabiliter afin qu'elles puissent assumer pleinement leur responsabilité d'exprimer la volonté populaire, de représenter toutes les composantes du peuple libyen et de s'acquitter de ses obligations nationales afin de préserver ses capacités et ses intérêts. Les troupes de Haftar sont toujours bloquées aux portes de Tripoli. Selon un dernier bilan de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) au 9 juin, 653 personnes ont été tuées depuis le début de cette offensive sur Tripoli, dont 41 civils, et 3547 blessés, parmi lesquels 126 civils. D'après l'ONU, les combats ont aussi fait 91.000 déplacés. Mardi, l'émissaire de l'ONU en Libye Ghassan Salamé s'est entretenu séparément avec le chef du GNA, M. Sarraj, puis avec le vice-Premier ministre Ahmed Meitig. Les discussions ont porté sur les "moyens de reprendre le dialogue politique", a indiqué la mission de l'ONU sans donner d'autres détails.
Le GNA exige le retrait des agresseurs de Tripoli vers leurs positions initiales, dans le sud et l'est du pays, alors que Haftar affirme de son côté combattre des "terroristes" et refuse lui aussi de faire marche arrière, synonyme d'échec pour lui et ses alliés.
Depuis la chute en 2011 de l'ex-président Mâamar El Gueddafi, la Libye est plongée dans le chaos avec de nombreuses milices qui font la loi et une lutte de pouvoir depuis 2016 entre le GNA et M. Haftar, à la tête d'une Armée nationale libyenne (ALN).

"Il est urgent de faire taire les armes"
Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a appelé mercredi à "faire taire les armes" en Libye, soutenant que la France est pour "une solution politique, durable, négociée dans le cadre des Nations unies".
"Un cessez-le-feu (en Libye) est donc nécessaire pour retrouver le chemin d'une négociation. Nous le disons à M. Fayez al-Sarraj, président du gouvernement provisoire ( ). Nous le disons au maréchal Haftar, qui commande l'armée nationale libyenne ( )", a-t-il indiqué dans une interview au magazine Le Point, affirmant qu'il est "urgent" de "faire taire les armes et de revenir maintenant aux initiatives politiques, car personne ne pourra s'imposer par la force seule".
Il a précisé que la France est pour "une solution politique, durable, négociée dans le cadre des Nations unies", rappelant l'existence d'un accord entre les responsables libyens, mais "qui n'a pas été respecté".
Il a indiqué par ailleurs que la France s'intéresse à la Libye parce que la situation dans ce pays concerne la sécurité de la France et celle de l'Europe.
"Parce que c'est de notre sécurité et de celle de l'Europe qu'il s'agit. Ce pays si proche est en proie aux milices, aux groupes extrémistes. Son sort concerne aussi nos amis proches dans la région. Leur sécurité est en jeu et la nôtre est liée", a-t-il expliqué, soulignant que "stabiliser la Libye, c'est réduire les trafics divers qui agitent le Sahel, y compris d'êtres humains, c'est lutter contre le terrorisme".
Il a ajouté que c'est aussi un moyen de maîtriser l'immigration.
Sur la situation au Sahel, le chef de la diplomatie française a indiqué que les groupes terroristes "ne sont plus dans une logique de conquête et d'occupation territoriales", d'autant, a-t-il précisé, qu'ils "ne sont pas si nombreux".
"Mon constat, c'est que les groupes terroristes du Sahel ne sont pas si nombreux. Ils ne comptent guère plus d'un millier de combattants. Ils peuvent mener des opérations kamikazes, mais ne sont plus dans une logique de conquête et d'occupation territoriales, comme c'était le cas quand ils voulaient s'emparer du Mali pour en faire un sanctuaire", a-t-il fait savoir, avertissant qu'aujourd'hui, "ils peuvent faire des coups et agir dans une zone plus large, jusqu'au Burkina Faso".
Pour lui, "c'est une guerre plus diffuse et asymétrique", ajoutant que ces groupes "jouent sur les rivalités communautaires, comme on le constate autour des Peuls".
Pour lutter contre le terrorisme, le MAE français pense que les armées des pays concernés doivent se restructurer, qualifiant la force conjointe du G5 Sahel, de "belle initiative".
Cependant, il a voué que "c'est long, ce n'est pas facile, mais ce sera payant à terme", suggérant des efforts politiques, de stabilisation et de développement. Sur le dossier syrien, Jean-Yves Le Drian a indiqué que plus de 400 Français se trouvent encore dans les camps du Nord-Est syrien, sans compter la zone d'Idlib.
Ces Français, rappelle-t-on, sont partis en Syrie rejoindre le groupe terroriste autoproclamé "Etat islamique" (EI/Daech).
"Nous n'avons pas de contrôle sur cette zone. Nous étudions la situation des enfants, notamment orphelins ou isolés, au cas par cas, et, lorsque nous le pouvons, nous essayons de les ramener, comme nous l'avons fait en mars pour cinq enfants et ce lundi avec douze autres", a-t-il dit, soulignant que la solution définitive pour les adultes "devra être trouvée dans le cadre d'un mécanisme judiciaire spécifique, que nous étudions notamment avec les Européens".


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