Belhimer trace au marqueur le rôle futur du Hirak    L'Algérie applique le principe de réciprocité    Tebboune relence le débat sur lamémoire    Pagaille à l'aéroport d'Alger    "Proche du véhicule neuf", selon Ferhat Aït Ali    Rezig s'en prend de nouveau aux laiteries    Un charnier découvert dans la Ghouta orientale    Contrôle sanitaire en pleine radew    "Je ne suis pas mort"    Le Président Tebboune réitère son engagement à récupérer les restes mortuaires des chouhada    Real : Un rêve d'enfance pour Reinier    Boukadoum reçu par Fayez Al-Sarraj à Tripoli    Industrie: vers une révision de la réglementation en faveur de l'investissement    Ligue 2 (19e j): le RC Arbaâ sur le podium, l'ASM Oran étrillée à Boussaâda    COUR SUPREME : Deux anciens walis de Skikda placés en détention provisoire    DEBRAYAGE DANS LE CYCLE PRIMAIRE : Les enseignants menacent de boycotter les examens    ORAN : 10 nouveaux appareils d'analyses médicales pour le CHU    BELHIMER SOULIGNE LES BIENFAITS DU HIRAK : Vers le 22 février, ‘'journée nationale''    Air Algérie: la Justice ordonne l'arrêt immédiat de la grève du PNC    Amar Belhimer annonce prochainement un encadrement juridiquement    Cumul retraite et nouvelle activité    La course des strapontins s'emballe !    Dortmund-PSG et Atlético-Liverpool pour ouvrir le bal    Hammouche reste confiant pour la suite    Karim Younès nommé médiateur de la République    "Opticharge" lance sa plateforme logistique digitale    Arrestation d'un groupe d'extrême droite qui visait des mosquées    Une famille s'en remet au ministre de l'Habitat    Le trafic routier basculé vers la RN5    Un colis de près de 40 kg de kif rejeté par la mer à Abou-el-Hassan    «La libéralisation du code des collectivités locales est une priorité»    Tizi Ouzou : hommage à la conteuse et poétesse Djedjiga Bourai    Chidekh Azouz présente ses ouvrages à El-Milia    Des journées dédiées au théâtre révolutionnaire    Il était une fois, la halqa et la waâda    ACTUCULT    Coronavirus : Fin de confinement et aucun cas de Covid 19    «Je livrais des uniformes et des armes à l'ALN»    Syrie : L'armée syrienne libère plusieurs localités    RCA – MOB : Les Crabes visent un bon résultat    France : Les incidences positives de l'immigration    En bref…    Ateliers d'art-thérapie pour enfants malades à El Oued : Une première dans la région    Nouvelles opérations de rapatriement: Plus de 70 Subsahariens transférés vers leurs pays d'origine    Ligue 1: ASAM 1 - USMA 1: Un nul équitable    USM Bel-Abbès: Les dettes, un casse-tête pour Benayad    Manifestations pro etcontre une nouvelle Constitution    13 harraga algériens secourus    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Quand Kamel Daoud enterre la contestation algérienne.
Publié dans Le Quotidien d'Algérie le 22 - 01 - 2020


PUBLIE LE19 JANVIER 2020 PAR JEAN-PIERRE FILIU
https://www.lemonde.fr/blog/filiu
L'écrivain algérien apporte sa caution brillante, mais très discutable, à la propagande du régime algérien.
Kamel Daoud manifestant contre le cinquième mandat de Bouteflika, le 1er mars 2019 à Oran (Ali Ezhar, « Le Monde »)
Cela fait près d'un an que des foules d'Algériennes et d'Algériens défilent pour exiger une transition démocratique digne de ce nom. Près d'un an que le régime cherche au moins une figure intellectuelle pour relayer les rengaines officielles. Il vient enfin d'atteindre cet objectif, avec l'éloge funèbre de la contestation algérienne, tout récemment publié par Kamel Daoud sur cinq pages dans « Le Point ». Ce ralliement de fait est d'autant plus appréciable que l'auteur de « Meursault contre-enquête », le roman qui l'a rendu mondialement célèbre en 2015, avait vigoureusement dénoncé le système Bouteflika. La place éminente de Daoud dans le débat d'idées, sans doute plus en France qu'en Algérie, rend dès lors nécessaire l'analyse de ses arguments.
UN SEUL HEROS, LE CHEF D'ETAT-MAJOR?
Le romancier ouvre son manifeste par les obsèques nationales du général Gaïd Salah, décédé le mois dernier, après quinze années à la tête des armées algériennes. Il décrit cet « enterrement digne d'un chef d'Etat », mais omet d'ajouter qu'un tel faste consacre à titre posthume le statut du chef d'état-major comme véritable maître du pays. Non, Daoud préfère voir dans ces funérailles « l'émotion manquante pour souder un nouveau consensus politique ». Il reconnaît pourtant que c'est une fois encore l'armée qui se voudrait au coeur d'un tel « consensus », cette armée qu'il pare des « artifices d'une nouvelle épopée messianique », sans chercher à démonter de tels « artifices ». Il brosse au contraire un tableau haut en couleurs de la « vraie guerre imaginaire contre la France », osant même affirmer que le clivage entre tenants du régime et contestataires du Hirak est aujourd'hui moins important que la contradiction entre pro et anti-Français. Emporté par son élan, il assène que « la contestation a déjà signé l'irréversibilité de la dictature ».
Kamel Daoud, tout à la mise en scène du grand récit du régime, n'a pas un mot pour la « nouvelle indépendance » que réclament depuis 48 vendredis les manifestants algériens dans des dizaines de villes du pays, cette « nouvelle indépendance » post-dictatoriale tant attendue depuis l'indépendance post-coloniale de 1962. Il occulte l'immense travail de mémoire accompli par ces manifestants depuis un an pour se réapproprier l'histoire authentique de la lutte de libération anti-française. Il ne juge pas bon de rappeler leurs slogans « Un Etat civil, et non militaire » et « Un pays ne se gouverne pas comme une caserne ». Il accrédite en revanche la fable d'une armée qui aurait « accompagné le soulèvement sans verser une goutte de sang ». Or l'armée est demeurée cantonnée depuis un an, laissant policiers et gendarmes en première ligne face à des défilés dont le Hirak, par sa détermination pacifiste, a seul garanti le caractère non-violent, et ce malgré les provocations répétées.
BOUTEFLIKA ETAIT-IL LE SEUL PROBLEME?
Kamel Daoud demeure cohérent avec sa participation au tout début du Hirak, quand il dénonçait depuis Oran le « royaume tentaculaire » de la présidence Bouteflika. Il n'a en revanche jamais mis en cause l'emprise de Gaïd Salah et des « décideurs » militaires, prêt qu'il était à accepter que la chute de Bouteflika et la purge de son clan marquent la fin de la contestation. La sincérité des convictions du romancier est en soi respectable, même si elle creuse son décalage croissant avec la mobilisation populaire. Il en est réduit à fustiger « l'ultranarcissisme » de « certains militants de la rue algéroise », opposant une « Algérie profonde » au « ghetto politique » que serait devenu « l'urbain ». Et tant pis si la cité/polis constitue la racine même du politique et si le taux d'urbanisation de l'Algérie dépasse les 70%! Daoud ne craint d'ailleurs pas la polémique en accusant les dirigeants du Hirak d'être « incapables de sortir de la capitale » et « d'imaginer un leadership décentralisé », alors même que la contestation algérienne est mise en cause pour sa structuration trop souple, plutôt que trop rigide. Il apparaît plus clairvoyant lorsqu'il souligne « la montée vigoureuse du néo-islamisme qui propose déjà à l'armée d'être son bras politique ».
L'historien, dans son travail de lucidité et d'interprétation, se heurte souvent aux invocateurs des mythes, prompts à réduire un peuple ou une culture à une essence. Kamel Daoud a certes prouvé, dans une intervention mémorable à Sciences Po, qu'il pouvait conférer à un mythe, celui de Jonas, une dimension universelle. Il est aujourd'hui bien moins convaincant quand il place au centre de son pays le « lien oedipien avec l'armée, figure de paternité sécurisante »: « en boucle, l'Algérie, c'est le fils qui s'aveugle en tuant le père et le père qui tue le fils en l'égarant dans le labyrinthe des revendications ». La jeunesse algérienne n'a que faire de ces clichés freudiens, dont on voit mal pourquoi ils s'appliqueraient plus à cette société qu'à une autre. Elle entend bien vivre libre et digne sur sa terre, une revendication qu'elle exprime avec force au nom de sa « nouvelle indépendance ». Et c'est ce message d'espoir qu'elle continue d'adresser au monde en 2020, n'en déplaise à Kamel Daoud.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.