Brahim Taouchichet Deux mois de guerre des mots alimentant la chronique quotidienne. On a vu les dr�les d��changes d��amabilit�s� � corruption, opportunisme � qui ont parfois fris� l'ind�cence. Abdelaziz Belkhadem, le secr�taire g�n�ral du parti FLN, se frotte les mains. Il se sort sans dommages apparents de la 3e session du comit� central tenue jeudi et vendredi derniers. En effet, pour ordinaire qu�elle soit, cette session s�est d�roul�e dans un contexte tr�s particulier marqu�, notamment, par l�appel au boycott d�un certain nombre de membres du parti, hauts cadres s�il en faut, successif � plus de deux mois de guerre des mots alimentant la chronique quotidienne. On a vu les dr�les d��changes d��amabilit�s� � corruption, opportunisme � qui ont parfois fris� l'ind�cence. Oui, le premier responsable du FLN peut se targuer d�avoir offert � l�opinion publique et aux observateurs politiques une apparente unanimit� de tous les membres du comit� central. C�est surtout pour dire que les absents ont vraiment tort, d�autant plus qu�ils seraient � peine 17. De l� � croire qu�il joue sur du velours face � un �mouvement de redresseurs � pris en faute et culpabilis� face � ses pairs, c�est bien l�apparente impression qu�il d�gage. Fort de l�appui de ses partisans au comit� central et au bureau politique, Abdelaziz Belkhadem se drape de la tenue de chef incontestable et exhibe ses galons de secr�taire g�n�ral qui lui donnent toutes les pr�rogatives de mener sa troupe contre les �redresseurs� et annihiler ainsi toutes leurs vell�it�s. A ses contradicteurs qui lui reprochent de ne pas prendre les d�cisions qui s�imposent dans les moments qu�il faut, le voil� qu�il leur prouve qu�ils se trompent. Une fa�on de leur retourner l�argument. Les deux principaux animateurs du mouvement �dissident�, en l�occurrence Mohamed-Seghir Kara et El-Hadi Khaldi, font les frais de son amour-propre bless�. Ils seront exclus du comit� central du parti jusqu�� nouvel ordre, c�est-�-dire d�ici la session de mars 2011 et ils devront, pour �tre �pardonn�s�, faire preuve de repentance, supr�me vengeance contre ceux qui veulent lui tordre le cou ! Car il ne s�agira rien d�autre que de pr�senter publiquement leurs excuses � leurs coll�gues, c�est-�-dire donner ainsi raison au secr�taire g�n�ral qui les accuse de mener un travail fractionnel et d��tre une menace pour le parti. Le d�put� Mohamed Bourayou et le ministre d�l�gu� aupr�s de l�Assembl�e populaire nationale, Mahmoud Khoudri, qui sont �galement membres de la commission de discipline du FLN (charg�e d��tudier l�affaire de Kara et Khaldi), seront aussi exclus car convaincus d�appartenance au mouvement de redressement. Abdelaziz Belkhadem veut donc jeter l'opprobre sur ses adversaires en se voulant grand seigneur. Il affirme donc que tout peut rentrer dans l�ordre et ne pas fermer la porte aux ��gar�s�. En man�uvrier habitu� des coulisses, il ne jette cependant pas la pierre � ce qu�il est convenu d�appeler les t�nors du parti FLN qui ont pour noms : Abderrezak Bouhara, Mohamed Boukhalfa, Abdelkader Hadjar et Salah Goudjil, qui lui ont pourtant clairement exprim� leur opposition quant � la gestion qu�il fait du parti dans les m�mes termes d�ailleurs que les �redresseurs�. Belkhadem ne veut pas les affronter de front et pr�f�rent louvoyer en les invitant � un� d�bat d�id�es ! Chose qu�il avait auparavant toujours �lud�e pour ne pas dire refus�e. D�o� le choix de faire �clater le bloc des redresseurs par la division. R�primer les uns, pr�ter une oreille attentive aux autres. Cela aura bien plus pour cons�quences de les faires enrager ! �Ainsi, contre vents et mar�e, la direction actuelle et � sa t�te le secr�taire g�n�ral, sourde et aveugle, s�obstine � se voiler la face et maintient sa trajectoire en d�clamant � qui veut l�entendre et � travers les m�dias (�) que le parti du FLN est en bonne sant� et que les gens se bousculent pour y adh�rer�, dit Salah Goudjil qui juge que cette �attitude irresponsable, loin de r�sorber la crise, pousse au pourrissement �.Euphorique, Abdelaziz Belkhadem peut chanter victoire et crier sur tous les toits qu�il n�y a pas crise au parti FLN. Il se trouve toutefois que le probl�me reste entier, car pourra-t-il faire taire la contestation qui est aliment�e par les m�contents de la base ? Il faut croire que cette session du comit� central du FLN aura �t� marqu�e par un effet d�annonce. Bien s�r, l�on consid�re boucl�e la question du renouvellement des kasmas et qu�il convient d�sormais de s�int�resser aux mouhafadate d�s le mois de janvier prochain. Cependant, il ne faut pas �tre dupe, cette r�union du comit� central aura �t� marqu�e par la crise du vieux parti. Il n�aura �t� question que de cela, y compris au sein des commissions. Mais au-del� des d�rapages verbaux relev�s, une concession de taille est apparue : celle qu�aura consentie Abdelaziz Belkhadem en rapport avec l�intention que lui pr�tent les �redresseurs� de vouloir briguer un mandat pr�sidentiel en 2014. Il prend ainsi les devants et d�clare devant �l�honorable assembl�e� des membres du comit� central qu�il n�en voudrait pas� parce qu�il ne voudrait pas se substituer au pr�sident Bouteflika, candidat naturel du FLN pour un quatri�me mandat ? Est-ce pour faire baisser la pression qui s�exerce sur lui ? Reculer pour mieux sauter ? Ses opposants prendront-ils pour argent comptant une telle affirmation ? Rien n�est moins s�r, sachant que cette question agite les cercles du pouvoir et que tous les paris restent ouverts et ouvrent la voie � toutes les supputations. De ce point de vue, Belkhadem aura re�u du plomb dans l�aile et ce ne sont pas ses partisans aujourd�hui inconditionnels qui se battront jusqu�au dernier souffle pour le candidat Belkhadem. Tout est du domaine de l�imaginable dans le cas d�une redistribution des cartes comme seuls savent le faire les ma�tres du jeu de la sc�ne politique alg�rienne. Toute sortie de crise du FLN est conditionn�e par une recomposition de la donne politique nationale, elle-m�me tributaire de la paix sociale assur�e par une rente p�troli�re dont veut profiter chacun des segments de la soci�t�. Le facteur argent, justement, fait intrusion dans cette crise au sein du FLN vu la primaut� qui est aujourd�hui la sienne. Querelles de personnes, courses aux privil�ges et avantages sont devenus la marque de fabrique du parti FLN, version Belkhadem, lequel ne d�ment gu�re ses pourfendeurs et brandit la parade du programme du pr�sident de la R�publique que seuls les entrepreneurs suffisamment nantis peuvent mener � bien ! C�est fort � propos que Abderrezak Bouhara intervient pour mettre le hol� � ce qui pourrait �tre qualifi� de d�rive quant aux id�aux du FLN originel parlant �d�identit�. Mais son secr�taire g�n�ral a fait ses choix. Mieux, il s�inscrit dans cette logique d�argent si conforme � l��conomie de march�. Aura-t-il saisi le coup de semonce des �redresseurs� ? Et de quel poids p�sera-t-il face � d�autres pr�tendants visibles ou immerg�s ?