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MOSTAGANEM, OU L�EPOPEE CULTURELLE D�UNE VILLE
"Mestgha, blad Sa�d, elli dlamha liss imoute kif iride..."
Publié dans Le Soir d'Algérie le 24 - 03 - 2007

A Mostaganem, la culture n�a jamais �t� un vain mot. Vou�e � un avenir culturel des plus sereins, la coquette cit� de Sidi-Sa�d compte d�s lors parmi les grands p�les, dans le monde des arts et ce n�est d�ailleurs que justice si elle a toujours su se hisser au rang des villes les plus hupp�es culturellement.
Une ville ouverte � tous les arts
Son riche patrimoine immat�riel l�gu� de g�n�ration en g�n�ration � travers les �ges et les �poques contribuera ainsi � un �panouissement certain d�une race d�artistes exceptionnels et ce, � travers une sacr�e diversit� artistique qui fait encore jusqu�� l�heure la renomm�e de Mosta et de toute la r�gion du Dahra. Ainsi, cette derni�re aura-t-elle enfant� d�une �poque � une autre de v�ritables sommit�s dans l�art de s�exprimer qui ont d� marquer leur temps au point de laisser derni�re eux un aussi lourd et pr�cieux h�ritage dont peuvent encore s�enorgueillir les Mostagan�mois. A Mosta, comme dans les quatre coins du Dahra, tout est pr�texte � la cr�ation artistique dans un genre comme dans un autre et c�est l� sans doute que r�side le plus fou des myst�res. Dans la vie citadine de tous les jours comme dans le v�cu rural en rase campagne, l�artiste trouve son compte � la faveur d�un potentiel et de valeurs intrins�ques aussi riches que vari�es.
De Belkacem Ould Sa�d � Ma�zouz Bouadjadi
La musique populaire citadine dite �cha�bi� est la plus forte caract�ristique de Mostaganem et ce, pour avoir �t� depuis la nuit des temps, solidement ancr�e dans les m�urs des gens du Dahra. Le cha�bi y a connu ses heures de gloire au temps o� les ma�tres av�r�s du mandole et du banjo faisaient de Mosta, le lieu sacr� de l�in�vitable p�lerinage � accomplir en qu�te des pr�cieux textes et quacidate des c�l�bres po�tes de la r�gion dont le barde de tous les temps, � savoir Sidi Lakhdar Benkhlouf. Mosta a vu na�tre alors orchestres, musiciens et chanteurs de valeur qui chacun � sa mani�re, ont s� perp�tuer le genre musical le plus pris� par les gens de Mostaganem. L�enfant prodige du cha�bi alg�rien, le toujours jeune, Ma�zouz Bouadjadj, n�est en fait que l�aboutissement d�un aussi long parcours parsem�, certes, d'emb�ches par endroits mais � combien envo�tant et charg� de passions... Il y eut bien auparavant l��pop�e des grands che�khs de la sana��galement et l� �galement, beaucoup a �t� fait pour qu�aujourd�hui, prolif�rent les fleurons de cette belle musique classique faite de noubas entre un msader et un khlass... Hadj Moulay Benkrizi, Bouzidi Benslimane Bendada, Tedjini, Abderrahmane Bena�ssa, Belkacem Ould Sa�d, Habib Bentria, Ali Benkoula et tant d�autres ont d� �tre en fait, derri�re de si jolies �closions qui ont pour noms aujourd�hui Zeguiche, Ghalmallah, Fay�al Benkrizi, Kaki Bendjelloul, Kherbab, Norine Ould-Moussa, Mahfoud Boukhalfa et autres Haouki Amine, Boudraf... Et puis, le cha�bi mostagan�mois c�est aussi cette panoplie de styles propres � chaque chanteur. L��cole de Ma�zouz Bouadjadj n�a rien � voir avec celle de che�kh Chadli Ma�mar alors que le style de Habib Bentahar reste tout � fait diff�rent de celui de Norddine Benattia et ce, au moment o� la touche d�un Abdelkader Benda�m�che supposait un tout autre genre. La rel�ve d�aujourd�hui aura pris ainsi la m�me voie pour mieux pr�server cette tradition bien �tablie � Mostaganem, � savoir contribuer encore et toujours � embellir le cha�bi de mouvances diff�rentes, rythmes et cadences faits de chatoyantes permutations, et autres transitions qui donnent plus de charme encore � ce qui se brade par la voix surtout lorsque le timbre diff�re sensiblement entre un soliste et un autre.
Hamada n�a pas chant� Bonaparte
Dans un autre registre, l��ternel chantre du chant b�douin, cheikh Hamada restera sans doute pour longtemps l�exemple �difiant de l�artiste rac�. Il aura eu de son vivant l�insigne honneur de r�volutionner � lui seul la tradition musicale dans le genre b�douin et ce, en r�ussissant de fa�on magistrale � brosser la po�sie citadine entre hadri, haouzi et aroubi dans la sauce b�douine pour en faire au fil des temps un non moins succulent m�lange buvable d�ailleurs � souhait... C�est avec Hamada toujours que la gasba sera remani�e et � laquelle il lui apportera une touche propre � la r�gion du Dahra, d�s lors que le r�pertoire cha�bi entrait de plain-pied sous sa f�rule, dans le mode b�doui. De son c�t� cheikh Djillali A�n- Tedl�s assurera la rel�ve de son cheikh en se r�v�lant plus tard le digne successeur de Hamada � la faveur d�une notori�t� qui aura largement d�pass� nos fronti�res. Lui aussi, il laissera des traces apr�s sa disparition et ses nombreux adeptes �pousent aujourd�hui et fid�lement son style particuli�rement s�duisant avec � la cl�, l�innovation dont il fut l��uvre et qui consiste � utiliser dans le rythme � imposer sur le galal la sacr�e chevali�re qu�il a toujours port�e � la main. Pas loin de Blad Touahria d�o� est natif cheikh Hamada et A�n Tedl�s, d�autres grands noms du chant b�douin ont eu la latitude de s�affirmer sur la sc�ne culturelle � l�instar des �cheikh Bosquet� � Hadjadj, che�kh Med El-Mamachi ainsi que son fils � Hassi-Mam�che, et puis El- Guebabi et Bendehiba El Bouguirati de Bouguirat, cheikh Abdellah Ould La�d, Chigueur et tant d�autres.
Mosta, forum du quatri�me art
Par ailleurs, Mostaganem, qu�on a depuis toujours consid�r�e comme la perle du Dahra, constitue l�un des grands p�les du quatri�me art en Alg�rie et ce, depuis l��poque assez lointaine o� pour la premi�re fois dans le pays, une pi�ce de th��tre sera �crite par cheikh Ahmed El Alaoui Ben-Mostefa, fondateur de la confr�rie alaouite. La pi�ce sera mont�e et jou�e il y a de cela d�j� pas loin d�un si�cle. Puis na�tra plus tard le mouvement national du th��tre gr�ce � l�apport de grands hommes de th��tre et autres dramaturges comme Ould Abderrahmane Kaki p�re de la Halqua, Bachali Allel, les Fr�res Mezadja, AEK Benmokadem et autres Chougrani, Fethi Osmane... C�est d�ailleurs au lendemain de l�ind�pendance de l�Alg�rie que Mostaganem devait donner en public la premi�re repr�sentation th��trale, L�Alg�rie ind�pendante, et ce, en pr�sence du leader cubain d�alors, le r�volutionnaire Ernesto Ch� Guevara qui ne s�emp�chera pas, sid�r� sur place, d�avouer qu�il existe bel et bien un th��tre en Alg�rie. C��tait l�un des chefs-d��uvre de Kaki, � savoir 132 ans et magistralement interpr�t� par les com�diens mostagn�mois. Aujourd'hui, la wilaya de Mostaganem compte en son sein plus de vingt formations et troupes th��trales avec autant de com�diens, metteurs en sc�ne et auteurs � l�instar de Djamel Bensabeur, Ahmed Haroun, Belalem, Abdellah Meddah et autres Benmokadem. Faut-il d�autre part savoir que l�immense m�rite aujourd�hui r�side dans le fait que Mostaganem a su jusqu�� l�heure pr�server son festival d�art dramatique qui demeure le doyen des manifestations culturelles de dimension nationale, et ce, depuis sa naissance en 1967, avec le d�but d�une sacr�e aventure men�e par feu Si Djillali Mustapha Benabdelhlim.
Zorna, A�ssaouas et sana�
Un festival qui a finalement dur� contre vents et mar�es et s�il est � sa quaranti�me �dition cet �t� 2007, c�est qu�il y eut bien des hommes qui n�ont de cesse veill� sur sa p�rennit� en tant que pr�cieux acquis culturel non seulement d�une ville mais de tout un mouvement national. Dans la tradition culturelle � Mostaganem, par ailleurs, la zorna est cet autre aspect qui caract�rise le v�cu du Mostagan�mois ordinaire. A travers toute la r�gion du Dahra, notamment en milieu citadin, comme Mosta-ville, Sayada ou Mazagran, vall�e des Jardins et Sidi Othmane, la zorna est synonyme de tbal et gha�ta accompagn�s de bendir et parfois de tbila. La quasi-majorit� des mariages, nuits de noces, bapt�mes et f�tes familiales sont c�l�br�s au son de tbal et gha�ta, et ce, en vertu des us et coutumes des Mostagan�mois. Le son et la musicalit� qui en d�coulent sont uniques en leur genre, et se d�marquent d�s lors de la gha�ta alg�roise, constantinoise et autres tlemc�nienne. Ainsi, devrons-nous retenir aussi longtemps que possible le nom prestigieux de che�kh Bena�ssa El Ghayatte, issu de la famille Benazzouz o� les fils Abdelkader et Mohamed ont pris dignement la rel�ve du l�gendaire maestro de la gha�ta � Mostaganem. Le plus r�confortant dans tout cela, c�est sans doute la prolif�ration des groupes de zorna d�un coin de la ville � l�autre, notamment dans les fiefs r�put�s de Mazagran et Tigditt. Ceci dit, on ne peut dissocier l�aspect musical et folklorique du genre a�ssaoui. Et l� �galement, la ville des quarante- quatre (44) marabouts peut se targuer de s�inscrire dans la lign�e des A�ssaouas dont la zaouia aura depuis toujours constitu� le point de chute des adeptes d�un rite et d�une tariqua d�une valeur inestimable. Leur doyen vit encore dans le vieux faubourg de Tigditt dans le fief de la zaouia alaouiya, et ce, � l��ge de pr�s d�un si�cle. En effet, Si Omar Benbrahim � la m�moire prodigieuse souffre actuellement des effets d�un �ge assez avanc� et de l�usure de toute une vie vou�e � la bienfaisance, � la foi et � la pi�t�. Sa stature et sa grandeur nous font rappeler entre autres le regrett� si Kaddour Benhaoua dont la voix ensorcelante n�avait pas de pareille. Le sana� est cette autre caract�ristique du citadin mostagan�mois. C�est notamment � la zaouia El-Alaouiya que sont pr�serv�s les textes de che�kh Ahmed El Alaoui et d�autres de che�kh Kaddour Benslimane. Un v�ritable tr�sor de cette po�sie que beaucoup de chanteurs et associations musicales veulent exploiter dans une nouvelle approche musicale. La sana� se chante d�ailleurs aujourd�hui � Tlemcen et Alger comme � Constantine et bien entendu Mostaganem.
Les medahettes, cette autre richesse
Le chant sacr� et le folklore f�minin ne sont pas en reste dans les vieilles habitudes de la femme citadine mostagan�moise tant et si bien que ce genre tr�s distingu� aura fait d�u chemin entre une halqa et une autre... En effet, celle des medahattes est cette autre richesse ancestrale de la r�gion. Il s�agit en fait de v�ritables orchestres form�s � base de percussion notamment o� dominent galal, tar, tbila, bendir et derbouka. Tout cet arsenal va alors s�allier � un r�pertoire de chants sacr�s et morceaux de textes lithurgiques dans souvent un contexte purement mystique o� la bonne parole se fait dominante. Ainsi, lors des grandes c�r�monies de f�tes familiales, les medahattes font alors �talage de magnifiques prouesses dans l�art de d�clamer un de ces genres sublimes de po�sie. De non moins chatoyants louanges au Tout-Puissant et � son proph�te Mohamed(QSSSL) ainsi que de non belles paroles glorifiant �el ouelya essalihines�, et saints marabouts d�un coin � l�autre du Dahra. Du temps de Badra Bent El Hocine, Cheikha Sifiya, Sabria, O�da, Dahmana et autres Dahmania � nos jours, ce genre de musique f�minine continue de faire cavalier seul dans la tradition des familles conservatrices de Mostaganem, jalouses pour un aussi vieux patrimoine. C�est dire que Doukkar djnani, Y a Sid Ahmed, y a Mohamed, Hna djina ziyar, Sidi Rssoul Allah, Ya mekka ya lalla demeurent d�s lors autant de chefs-d��uvre inscrits dans les registres de la m�moire...
Mosta, cit� de Chouikh et de Khadda
Et puis que dire aussi de cette sublime r�gion des Salhines qui s��rige fi�rement sur l�autel du savoir spirituel et des croyances diverses. Le sol de Mosta et du Dahra est couvert, dit-on, des plus belles b�n�dictions � la faveur de ses m�rabtines dont les goubettes et maquamettes font face au mal et � la propagation du vice. De Sidi Radjel, Bendehiba, Charef ou Shab el hel � Belkacem, El Harrag, Mansour et Lalla Azouna en passant par Lakhal ould el Khlouf, Ali ou Affif Ghirhoum mekk�ne cherif, bien des miracles, avec la volont� du Bon Dieu, cela s�entend, auraient eu lieu � une �poque ou une autre et c�est l� aussi que r�side le myst�re... Mostaganem, enfin, peut se targuer de tenir en beaucoup de ses enfants d�authentiques pointures dans le monde de la culture, et ce, � l�instar du cin�aste Mohamed Chouikh et du peintre Med Khadda. Ces deux derniers avaient fait leurs classes � Mosta m�me dans les ann�es 1960, aux c�t�s des Kaki, Ma�zouz Ould Abderrahmane, Mostefa Abderrahmane, Djamel Bensabeur et bien d�autres... Il y a lieu de citer en outre l�extraordinaire ascension du graveur Abdellah Bemanteur qui vit en Europe ainsi que du cin�aste Touita Okacha, install� depuis longtemps � Paris. Sinon l�art pictural � Mostaganem semble avoir de beaux jours encore, et ce, eu �gard aux multiples potentialit�s qui existent sur place avec, � la cl�, l�Ecole r�gionale des beaux-arts o� divers ateliers de tendances diff�rentes donnent l�occasion aux apprenants d�avoir acc�s � leur domaine de pr�dilection, sans doute au grand bonheur des as du pinceau que demeurent d�un coin � l�autre du Dahra Oulhaci, Zerhouni, Hachemi Ameur, Djeffal et tant d�autres... En fait, si tout ce magnifique brassage culturel fait et a toujours fait de Mostaganem le forum id�al de tous les arts, il n�en reste pas moins que ce si bel h�ritage jalousement conserv� d�une g�n�ration � une autre aura depuis longtemps servi � combler le moindre vide. Ce qui a contribu� alors � �viter � Mostaganem de patauger dans la m�lasse de tous les malheurs qu�aura connus l�Alg�rie en quinze ans de cauchemar. Cela �tant, n�est-il pas temps alors que de telles moissons soient �rig�es sur le pi�destal de la culture nationale ? Et ce ne sera sans coup f�rir que justice...


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