Ça aurait pu avoir le mérite de la clarté : «Je n'accorderai plus jamais de subventions aux associations dont les programmes ne répondent pas à la feuille de route du ministère», a déclaré Mme Mounia Meslem, la ministre de la Solidarité, de la Famille et de la Condition féminine. Ça aurait pu mais ce n'est pas vraiment le cas. D'abord parce que Mme Meslem ne croit pas si bien dire, puisque c'est à son corps défendant qu'elle nous fait cette douce confession : il y aurait donc une «feuille de route» du ministère destinée aux associations qui, théoriquement du moins, sont censées jouir de l'autonomie dans l'élaboration de leur programme, dans leur gestion et surtout dans leurs finances. Ensuite, parce qu'elle ne nous dit pas de quelles associations il s'agit. Sinon, l'essentiel de ces associations… répondent parfaitement à la feuille de route, non seulement du ministère de la Solidarité, de la Famille et de la Condition féminine mais à tout le pouvoir. Les autres, elles n'ont jamais eu de subvention, ce qui fait quelles n'ont rien à perdre dans l'exécution de cette… menace. Ou d'autres encore avec qui on a fait mieux et court : elles n'ont jamais été agréées pour n'avoir pas donné assez de garanties de rentrer dans le rang. En termes d'utilité sociale et de «programmes», ce ne sont pas toujours les associations les plus efficaces qui sont récompensées par les subventions publiques. Ce sont plutôt celles qui font preuve de disponibilité à se «mobiliser» dans le sens du vent, quand ce n'est pas à se redresser en rempart zélé contre toute action ou colère autonomes. La vraie feuille de route est donc celle-là. Et les associations l'ont compris. Si elles ont parfois eu à grenouiller l'espace public pour se donner bonne figure, sur le fond elles ont toujours su par quoi étoffer leurs états de service… commandé ! Le pouvoir, lui, complétait son dispositif par une case. Il a «sa» majorité, «son» opposition, il ne va se priver de s'offrir «son» mouvement associatif. Et il y a mis les moyens, sans jamais demander d'autres bilans sur autre chose que ce qu'il en attendait. C'est précisément le fait que personne ne demande de comptes – ou plutôt de comptabilité – qui a créé un engouement pour des associations en tous genres dont la finalité première est tacitement entendue : en plus d'être une voie royale à leurs initiateurs vers une place au soleil pour services rendus, personne ne s'est jamais soucié de connaître la destination des fonds publics qui leur ont été alloués. Et ces fonds devaient être vraiment consistants pour que Mme Meslem, et certainement d'autres ministres à sa suite, pense à en intégrer la réduction dans le «cadre de la rationalisation des dépenses et du bon usage des deniers publics». Puis, la ministre de la Solidarité s'est fait plus ferme et plus… pertinente : «Je ne vais pas dilapider l'argent du Trésor public avec des associations qui ne sont d'aucune utilité pour mon secteur» ! Mais elles sont là depuis longtemps et elles ont été plutôt gâtées, les «associations qui ne sont d'aucune utilité pour votre secteur, Madame la ministre ! A moins de tout nous dire. Par exemple, qu'elles ne sont plus utiles tout court, parce que l'ancienne feuille de route se fait un peu désuète et qu'elles en demandent un peu trop à des «deniers» qui rétrécissent dangereusement! Slimane Laouari Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.