C'est un superbe roman joliment troussé qui fleure bon la nostalgie de l'enfance et de l'adolescence. Paru aux éditions Juba, cet ouvrage Fès ma mémoire» de Latifa El Hassar-Zeghari est un condensé de réminiscences, de souvenances, de sentiments et d'émotions. Il narre un pan de la vie d'une Marocaine de la médina de Fès ainsi que d'une époque. Il exhale des senteurs, des moments de candeur, mais aussi fait part des engagements politiques de cette période. Ce roman autobiographique se décline par l'histoire d'une jeune femme en symbiose avec l'histoire de son pays en proie au colonialisme français (protectorat). L'auteure Latifa El Hassar-Zeghari sonde les tréfonds de sa mémoire pour raconter l'enfance de Malika Abbad, une jeune Marocaine, la ville de Fès, les us et coutumes, l'art de vivre et l'art culinaire de ce pays. Elle porte au pinacle la période marquée par l'engagement politique de son père, lequel l'exhorte à l'émancipation par le biais de l'instruction. Visionnaire, et engagé, nationaliste de bon aloi, il a compris que l'avenir d'une femme se construit avec son instruction. Les chemins du coeur Tout au long du récit, l'auteure plaide pour ce père sage et avisé qui exhorte sa fille à l'instruction, à la connaissance et au savoir. De cet ouvrage suinte ce message judicieux : «La seule arme pour une femme reste l'instruction, moyen incontournable d'émancipation». Femme symbole d'une émancipation, et d'une nation, d'une liberté chèrement acquise au regard du protectorat, l'auteur, comme la conteuse des Mille et une Nuits dévide le fil de sa mémoire pour dire la démesure d'une époque. Mais contrairement à Shahrazade pour sauver sa peau, Latifa veut fixer dans le temps et dans la mémoire collective une époque à jamais révolue. Elle narre ces petits riens qui font des souvenirs. Elle les fabrique comme de petits bijoux de plaisir et d'enfance avec des mots qui sonnent justes. Ce livre Fès, ma mémoire sent bon la vie, l'amour et la liberté. Il rappelle cette citation de l'auteur John Betjeman «L'enfance est faite de sons, d'odeurs, d'impressions avant d'être rattrapée par les heures sombres de la raison». C'est un récit pathétique qui emprunte les chemins du cœur. Tout en couleurs, c'est le Maroc qui est revisité par le regard d'une jeune autochtone qui témoigne des mutations socio-politiques de son pays. Satisfaction Ce roman, qui pourrait être apparenté à un journal intime, ou plus précisément à des chroniques, nous dévoile une période et l'ancienne cité, Fès, avec ses souks et son art de vivre que l'on voudrait connaître. Cette narration haute en couleur, riche de personnages aussi hétéroclites et divers gagnerait à être portée à l'écran sous forme de série. D'une écriture fluide et colorée, palpable et bien maîtrisée, l'auteur allège le récit. De bonne facture, l'ouvrage renvoie par la photo de la couverture à la thématique de la ville. Fès, ma mémoire est un magnifique hymne d'amour, de fraternité et de liberté. Ce livre, qui met en relief le quotidien d'une Marocaine, dans les années 1940/50, donne un aperçu sur l'écriture romanesque marocaine dont le substrat puise du vécu. De ce roman, émane une lecture qui procure de la jubilation et un sentiment de satisfaction de femme.