Les Algériens ne parlent que du jeune Messaoud Benagoun et sa rocambolesque nomination en tant que ministre du Tourisme avant d'être limogé 48 heures plus tard. Le fait est aussi grave que pitoyable pour que l'on ne disserte pas de long en large sur ce scandale qui a abîmé l'image de l'Algérie. Mais, en attendant que l'on nous explique bien les tenants et les aboutissants - ce qui n'est pas évident - de cette affaire, il y a d'autres préoccupations dont on ne parle pas mais qui sont symptomatiques de l'insoutenable légèreté dans la gestion du pays. Benagoun est renvoyé à sa ville natale après un éphémère séjour au paradis perdu du pouvoir. On ne sait en revanche pas qui va le remplacer au ministère du Tourisme. Abdelmadjid Tebboune n'est-il pas pressé pour nommer un cadre à la tête de ce secteur érigé par la poésie officielle au rang de «moteur de l'économie» ? C'est un peu curieux de constater ce laisser- aller du Premier ministre alors que les autres membres de son cabinet sont déjà sur le terrain. Comme si le mauvais casting de Benagoun agit comme un facteur inhibiteur. Ce n'est pourtant pas le seul poste à pourvoir. Dans l'équipe de Tebboune, une bonne dizaine de ministres a été puisée des rangs des walis et des entreprises publiques. Oran, Tlemcen, Annaba et Blida demeurent sans walis après que les leurs ont été promus ministres. De même que des entreprises et des structures publiques à l'instar de l'ANEP, de l'ANSEJ, et de la Sonelgaz, n'ont plus de responsables. Seule la Direction générale des Impôts a été pourvue d'un nouveau directeur. Certains diraient que rien ne presse et que ces postes seront confiés à des cadres prochainement. Là aussi, rien n'est moins sûr. La Sonatrach qui est la sève nourricière du pays a été laissée pendant plus de deux ans sans PDG et entre les mains du ministre de l'Energie, un certain Chakib Khelil… Annaba et d'autres villes du pays sont restées plus d'une année sans wali. C'est une mauvaise habitude qui s'est incrustée dans la gestion à l'algérienne. A croire que nul n'est indisponible, et à quelque niveau que ce soit ! Tout de même… Ces actes manqués donnent une piètre image de l'Etat. Ils instillent le doute dans les esprits en considérant que ces postes non pourvus sont réservés aux copains et aux coquins. Tout le monde sait que le népotisme, le clientélisme et autre «benamisme» se pratiquent en quantité industrielle dans les entreprises et les administrations. A tel point qu'à chaque fois qu'un nouveau ministre débarque, il place tous ses hommes et toutes ses femmes et plus si affinités… Et tant pis si les cadres de son secteur étaient compétents et que ses amis n'y pigent que dalle ! Ceci est valable pour à la fois les ministres issus des partis du pouvoir que ceux de l'opposition. Parfois, ces derniers s'avèrent autrement plus voraces que les premiers. Et au diable la «moralisation de la vie publique», «la bonne gouvernance», la «transparence» et autres grand slogans avec lesquels ces partis saoulent le peuple ! La démocratie «algérienne» a clairement un long chemin à faire avant d'épouser les standards internationaux. Cette très lente vitesse de réaction prouve au moins que la notion de temps si importante, voire décisive en économie, est reléguée au second plan. En Algérie, on a tout le temps … pour ne rien faire. Qui sait, peut-être même que cet insondable feuilleton de la nomination puis de l'éviction de Messaoud Benagoun n'aurait rien à voir avec son niveau d'instruction ou ses prétendus antécédents judiciaires…