S'exprimant à la radio Chaîne III dans son émission «L'invité de la rédaction», le ministre de la Formation et de l'Enseignement professionnels, Mohamed Mebarki, a déclaré que plus de 40 000 jeunes des wilayas du sud du pays vont bénéficier d'une formation dans les centres ou les entreprises. Ces jeunes, qui vont entrer en stage avec, manifestement, promesse ferme de recrutement au terme de leur formation, sont répartis entre les wilayas de Ouargla, Laghouat, Biskra, Adrar et Illizi. Parmi ces jeunes, 500 seront directement pris en charge par les entreprises qui leur assureront la formation, l'hébergement, la restauration et les indemnités de stage. Bien sûr, le ministre n'a pas oublié de nous préciser que cette mesure est venue en «application des instructions données par le Premier ministre Abdelmalek Sellal en faveur de l'encouragement de la création d'emplois dans le sud du pays» ! On pouvait donc donner une formation et une promesse ferme d'emploi à 42 800 jeunes algériens en un temps record, et on ne le savait pas ! Tout est si facile, finalement : tellement facile qu'on va jusqu'au bout, en venant à bout de tous les obstacles, comme reculer l'âge réglementaire d'entrée à une formulation professionnelle, portée de 25 à 30 ans en un clin d'œil ! Tellement facile qu'on permet – pour l'occasion – à ceux d'entre ces jeunes qui ont suivi un cursus scolaire littéraire d'accéder aux formations techniques qui leur étaient auparavant – à tort ou à raison – inaccessibles ! La vie est belle, non ? Les «entreprises» vont former et assurer un emploi à des dizaines de milliers de jeunes… sur injonction du Premier ministre ! Quelque 3000 jeunes ont déjà été recrutés par les entreprises installées dans le sud algériens depuis la mi-mars. Et au ministre de la Formation et de l'Enseignement professionnels de… préciser : «Selon une première évaluation que nous avons faite du mécanisme de recrutement mis en place sur instruction du Premier ministre, il y a déjà quelque 3000 jeunes qui ont été recrutés dans les wilayas du Sud» ! Avant, on pouvait créer de l'emploi et on n'y avait pas songé. Maintenant, on donne des emplois sans songer à en créer. Astucieux, non ? Et l'entreprise alors ? Mais qui a parlé d'entreprises, puisqu'il suffit que viennent les instructions ? Non, l'emploi n'a rien à voir avec l'entreprise, surtout pas avec les entreprises publiques. Elles peuvent forcément former et recruter, puisqu'elles sont déjà bien développées, hautement productives et superbement performantes. Elles peuvent donc s'élargir et diversifier leurs activités, investir d'autres créneaux, comme on dit. Il y a quelques décennies, le ministre de l'Intérieur de l'époque rassurait ainsi les habitants d'un bidonville de la capitale qui s'inquiétaient pour la scolarité de leurs enfants qu'on venait «déménager» manu militari vers l'intérieur du pays au milieu de l'année scolaire : «Ne vous en faites pas, j'ai saisi mon collègue de l'Education pour que tous les enfants partis d'ici passent automatiquement aux classes supérieures quand on les aura recasés à la rentrée prochaine» ! On y est encore. Après tout, que peuvent bien opposer les dirigeants d'entreprises publiques qui vivent des richesses du sous-sol ou des perfusions que permet le sous-sol ? Que peuvent-ils, eux qui n'ont de comptes à rendre qu'à ceux qui les nomment sans autre obligation de résultat que celle d'obtempérer aux… instructions quand le besoin – politique – l'exige ? Plus de 3000 emplois «offerts» en moins d'un mois et plus de 40 000 dans pas très longtemps, parce qu'on semble aller très vite, dans cette histoire ! Exactement comme il y a 30 ans, quand l'essentiel était de faire disparaître le bidonville et ses occupants «qui ternissaient l'image d'Alger la Blanche», avant une certaine échéance. Quant aux enfants, ils passeront en classe supérieure sur instruction. Comme on va former au rabais aujourd'hui les jeunes du Sud, pour des emplois… fictifs !