Il n´est jamais trop tard pour bien faire et tout vient à point à qui sait attendre. Il a fallu attendre quarante-deux années d´errements, de replâtrages, de magouilles insensées, de passe-droit, de combines pour qu´enfin, les pouvoirs publics comprennent le problème. Il a fallu des centaines de manifestations de citoyens indignés, des sit-in, des marches de protestation, des émeutes pour qu´enfin, ceux qui ont accaparé la chose publique mettent le doigt là où ça fait mal. Et oui! Le pauvre Algérien a été soumis pendant quatre décennies au diktat des responsables des biens vacants, aux gestionnaires des offices publics, du patrimoine immobilier, à la mollesse des institutions chargées de la promotion immobilière et de l´accession pour qu´enfin le citoyen algérien moyen, celui qui ne vit que d´un maigre salaire sans cesse dévalué, que son employeur, public ou privé, ne réévalue que quand le couvercle de la marmite de la colère et du désespoir est prêt de sauter. Qui se souvient des multiples démarches qu´il fallait faire pour espérer un petit chez soi, qu´il fallait connaître quelqu´un à la wilaya, à la daïra, à la mairie, à la Cnep, à l´Eplf pour espérer qu´un jour enfin, la commission ad hoc puisse se pencher des années sur son dossier. Pendant ce temps, des responsables politiques ou administratifs distribuaient des logements à tour de bras à leurs «clients» ou à des catégories de citoyens privilégiés qui vont découvrir un filon qu´ils ne vont pas s´empêcher d´exploiter d´une manière honteuse. La spéculation foncière et immobilière va devenir le nouvel Eldorado que bureaucrates et apparatchiks vont faire fructifier à leur plus grand bénéfice. Même les promoteurs immobiliers privés vont entrer dans la danse pour se partager les oripeaux de ce pauvre salarié qui va gaspiller une partie de son existence, de son énergie pour faire son petit trou. On ne compte pas le nombre de drames, de dépressions, de conflits qu´ont engendrés les désastreuses conditions de vie de ceux qui sont soumis soit à une trop oppressante et durable promiscuité soit à la dégradante condition de vie qu´on peut mener dans un bidonville. Le programme Aadl vient un peu tard certes, mais il est venu quand même et les conditions de transparence dans lesquelles seront menées les attributions des nouveaux logements et surtout la qualité de la gestion de ces espaces de vie ne pourront que rendre au citoyen désabusé le sentiment qui l´attachait à ce pays qui a tourné le dos aux préoccupations de chacun au point que le visa était devenu la clé de tous les problèmes.