Au moins 24 personnes ont été tuées au Soudan du Sud au cours de nouvelles violences tribales dans l'Etat de Jonglei (est), où elles ont déjà fait de nombreuses victimes ces dernières semaines, a-t-on appris hier auprès de responsables locaux. «Dans le comté de Akobo Est, la ville de Deng Jok a été attaquée (dimanche) et 22 personnes ont été tuées», a déclaré le gouverneur de Jonglei, Kuol Mayang, ajoutant que 20 autres personnes sérieusement blessées avaient été transportées à l'hôpital. «Il y a aussi eu une attaque sur le village de Kaikuin, à Akobo Ouest. Deux femmes ont été tuées et du bétail a été volé», a-t-il ajouté. Jonglei, un Etat de l'est du pays, se relève à peine de l'attaque ces dernières semaines de villages de la tribu Murle, autour de la localité de Pibor, par environ 8.000 jeunes hommes armés de la tribu rivale Lou Nuer, pour des histoires de vols de bétail. Des dizaines de milliers de personnes ont dû fuir et le bilan exact des victimes n'est pas encore connu. La coordinatrice humanitaire pour le Soudan du Sud, Lise Grande, a annoncé la semaine dernière que «des dizaines, peut-être des centaines» de personnes pourraient avoir été tuées. Joshua Konyi, commissaire du comté de Pibor et lui-même d'ethnie Murle a, de son côté, affirmé que 3.141 personnes étaient mortes, un bilan qui n'a pas été confirmé par d'autres sources. Suite à cette explosion de violence, le gouvernement a décrété Jonglei «zone de désastre» national tandis que les Nations unies ont annoncé qu'elles procèderaient à «une opération massive d'urgence» pour venir en aide aux 60.000 personnes déracinées par la violence. Les attaques les plus récentes se sont produites dans des villages Lou Nuer. Il est toutefois peu probable qu'elles aient été menées par les Murle, qui habitent au sud d'Akobo alors que les violences venaient de l'ouest. Au cours de l'assaut autour du village de Deng Jok, des champs ont été rasés, des bêtes volées et des maisons brûlées, a témoigné Both Jangjuol, un travailleur humanitaire basé dans la région. «Quand je regarde autour de moi, je vois de la fumée partout», a-t-il indiqué. Il a lui-même aidé à enterrer quelque 20 corps dimanche soir, principalement des femmes et des enfants. Onze enfants sont encore portés disparus selon lui. Dix officiers de police ont essayé en vain de s'opposer aux assaillants, faute d'avoir reçu des renforts, a-t-il ajouté. Deux autres villages dans le comté d'Akobo Est, ont été la cible de violences mais le nombre de victimes n'y est pas encore connu, a indiqué le gouverneur de l'Etat. Selon Wal Makwach, président de l'Association de la jeunesse d'Akobo, des personnes y ont été abattues par balle et jetées dans la rivière, d'autres se sont noyées en tentant de fuir. «La plupart des disparus sont des enfants», a-t-il indiqué. «C'est le chaos total, tout le monde fuit vers la ville d'Akobo, emportant aussi le bétail», a-t-il ajouté. Jonglei a été l'une des zones les plus affectées par la guerre civile qui a ravagé pendant deux décennies le Soudan et a pris fin en 2005. L'accord de paix signé alors a mené à l'indépendance du Soudan du Sud le 9 juillet dernier.