Il y a quatre ans disparaissait une figure majeure de la scène artistique nationale. Mustapha Preure, considéré comme le doyen des comédiens algériens, laissait derrière lui un parcours dense, intimement lié à l'histoire culturelle et politique du pays. Son nom demeure associé à plusieurs générations de spectateurs qui ont découvert à travers lui la puissance du théâtre, du cinéma et de la radio. Né en 1935 au cœur de la Casbah d'Alger, Mustapha Preure grandit dans un environnement populaire où la parole, la musique et la solidarité occupaient une place essentielle. Elève à l'école Sarrouy, à Soustara, il montre très tôt un goût prononcé pour la scène. À seulement six ans, il rejoint la troupe théâtrale « El Kotb » de la Pêcherie d'Alger, affiliée aux Scouts musulmans algériens. Cette première expérience scelle son destin : le quatrième art deviendra son langage, son engagement et sa raison d'être. Au fil des années, il affine son jeu et intègre la troupe « El Manar El Djazaïri », dirigée alors par Mohamed Zinet et Réda Bastandji. Avec eux, il sillonne le pays dans le cadre de tournées artistiques destinées à sensibiliser la population à la lutte pour l'indépendance. Le théâtre devient un outil d'éveil et de résistance, un espace où l'expression artistique se confond avec l'aspiration à la liberté. Parallèlement à la comédie, Mustapha Preure cultive une véritable passion pour la musique. Percussionniste accompli, virtuose du tar, il rejoint l'orchestre conduit par Mustapha Sahnoun, aux côtés de musiciens prestigieux comme le violoniste Mohamed Mokhtari et le flûtiste et compositeur Ahmed Malek. En 1953, il part à Paris, poursuivant son apprentissage et élargissant ses horizons artistiques. Deux ans plus tard, il prend part au Festival mondial de la jeunesse en compagnie de figures emblématiques telles que Mahieddine Bachtarzi, Sid Ali Kouiret et Yahia Ben Mebrouk, confirmant ainsi sa place parmi les pionniers du théâtre algérien. L'engagement de Mustapha Preure ne se limite pas aux planches. En 1958, contacté par le révolutionnaire Osman Hadji, dit Ramel, héros de la bataille d'Alger, il rejoint les rangs des moudjahidines. Arrêté, il est incarcéré à la prison d'El Harrach puis à Blida. Cette épreuve forge davantage son caractère. À sa libération, il noue une profonde amitié avec El Hachemi Guerrouabi, relation qui marquera durablement sa vie. À l'indépendance, en 1962, il retrouve à Oujda la troupe du FLN venue de Tunis. Il ne s'en séparera plus. Au Théâtre national algérien (TNA), il débute au sein de l'orchestre avant de participer à la retransmission radiophonique de nombreux spectacles. Il contribue également, aux côtés de Mohamed Boudia, Mustapha Kateb, Taha El Amiri et d'autres grandes figures, à la transformation de l'Opéra d'Alger en Théâtre national algérien, officiellement institué le 8 janvier 1963. La carrière de Mustapha Preure est impressionnante par son ampleur. Il compte plus de 80 films à son actif, dont une cinquantaine de productions télévisées, ainsi que des dizaines de pièces radiophoniques. Sa voix a accompagné des centaines de lectures de romans à la radio, à l'époque de Mohamed Touri et de Rouiched. Sur scène comme à l'écran, il a marqué des œuvres telles que « Enness elli m'aâna », « La nuit a peur du soleil », « Les portes du silence », « Chafika baâd El'likae » ou encore le feuilleton « Le brocanteur ». Mustapha Preure s'est éteint à Alger à l'âge de 87 ans, emporté par des complications liées au Covid-19. Avec lui disparaissait un témoin privilégié de l'évolution du théâtre algérien, un artiste engagé dont la trajectoire épouse celle d'un pays en quête de liberté et d'expression. Son héritage continue d'inspirer les nouvelles générations de comédiens.