Une belle occasion pour les enfants La fête de l'Aïd (fête du Sacrifice) en plus d'être une occasion religieuse est surtout une opportunité commerciale. A la vue des matricules des véhicules qui se dirigent ces derniers jours au marché de gros du bétail de Bouira, et leur multitude on déduit que l'Aïd est d'abord une occasion mercantile. Ils viennent de partout proposer leur bétails. Les 26 et le 28 sont les deux plaques numérologiques les plus en vue. L'arrivée en force du mouton du Sud a influé sur les prix. La décision des pouvoirs publics de contrôler le flux vers la capitale a aussi sensiblement réduit le coût. Par un passé récent, les intermédiaires, surtout eux, transféraient les ovins à bord de camions entiers vers les villes en périphérie d'Alger et dictaient leur loi. En interdisant ce genre de transfert, les autorités ont coupé l'herbe sous les pieds de ces maquignons circonstanciels. Il faut préciser aussi que la partie sud de la wilaya de Bouira a toujours été une destination aux éleveurs. Réputée pour sa production céréalière, toute la zone située entre El Hachimia et Dirah accueille les bergers en provenance de Sidi Aïssa et ses environs. Les déplacements vers le nord sont une habitude en raison du manque de nourriture d'une part, mais aussi en raison des grandes chaleurs. L'après-moisson libère des espaces immenses de paille. Les éleveurs qui louent ces espaces s'y installent quelquefois en famille avant de repartir au Sud à l'approche de l'hiver. La coïncidence de la célébration de l'Aïd avec cette période de transhumance reste bénéfique aux acheteurs qui dénichent de bonnes affaires auprès de ces éleveurs. Un autre fait a sensiblement réduit les prix qui faut-il le rappeler ont grimpé légèrement ces derniers jours en raison de la demande de plus en plus forte. La Kabylie est réputée pour sa ferveur pour le bovin. Dans la partie nord de la wilaya et plus précisément les régions accrochées la long du flanc sud du Djurdjura on aime le taureau. La bête qui vit en montagne à l'état sauvage est très prisée. Pour les fêtes de mariage comme pour l'Aïd, les acheteurs passent commande des semaines, sinon des mois avant. Le propriétaire fait une battue et ramène la bête qui est attrapée souvent autour des points d'eau. L'esprit communautaire et l'esprit associatif sont les deux facteurs qui poussent beaucoup à cotiser et à sacrifier un bovin. «Médicalement parlant, le bovin est préférable au mouton en raison du fort taux de cholestérol dans la viande ovine» nous confie un médecin. Cet argument n'est pas le seul à être pris en compte par les citoyens. «Un bon mouton de 50.000 DA donnera au maximum 30 à 35kg de viande. Pour la même dépense vous aurez le double du poids en égorgeant un taureau», commente Ali un retraité qui chaque année s'associe avec ses voisins. En marge de ces habitudes et us, de nombreux commerces prolifèrent. Déjà pour le boucher, il fallait s'inscrire il y a un mois. Les abattoirs et les professionnels du couteau ont leurs carnets pleins. Les jeunes eux acquièrent une motte de foin qu'ils revendent en petits lots. Les aiguiseurs de couteaux «tournent» à plein régime. L'Aïd c'est aussi cette ambiance arrangée par les bêlements des moutons depuis les balcons, le foin étalé partout et les enfants qui débattent autour du mouton le plus cornu. La valeur et la portée religieuse de la circonstance tendent, à partir laissant la place à une célébration où il est plus question de viande, de barbecue, de grillade...hélas, ils sont nombreux les enfants qui le jour de l'Aïd n'auront pas la chance de voir se débattre leur mouton.