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Glaçante réalité des chiffres
TRAVAIL DES ENFANTS EN ALGERIE
Publié dans L'Expression le 14 - 06 - 2018

La gravité de la situation est illustrée quotidiennement sur les autoroutes et les marchés
«Les chiffres officiels relatifs au travail des enfants en Algérie étaient loin de refléter la réalité...»
Malgré l'existence d'un arsenal juridique très important, pour la protection des enfants de toute sorte d'exploitation, le phénomène du travail des enfants existe dans plusieurs secteurs d'activité. Les observateurs, ont laissé entendre hier, à l'occasion de la célébration de la Journée mondiale contre le travail des enfants, que ce phénomène est réel et ne cesse de prendre de l'ampleur dans le milieu informel.
Le ministre du Travail, de l'Emploi et de la Sécurité sociale, Mourad Zemali a affirmé hier à Alger que le taux du travail des enfants en Algérie ne dépassait pas 0,5% du nombre total des travailleurs sur les lieux de travail contrôlés. Lors d'une cérémonie organisée par son secteur à l'occasion de la célébration de la Journée mondiale contre le travail des enfants, le ministre a souligné, que les enquêtes réalisées sur la propagation de ce phénomène en Algérie démontraient que «celui-ci existe à un taux minime, ne dépassant pas 0,5% du nombre total des travailleurs sur les lieux de travail contrôlés». Pour lui, ces enquêtes indiquaient que la courbe de l'emploi des enfants en milieu professionnel «est en constante baisse», grâce à l'action continue de son secteur en matière de lutte contre le travail des enfants, en coordination avec les secteurs composant la commission permanente de protection et de promotion de l'enfant. Par ailleurs, le même responsable a noté les missions de l'inspection du travail en matière de contrôle du respect du Code du travail, à travers le contrôle journalier et la réalisation d'enquêtes régulières dans ce domaine. M. Zemali a estimé que la célébration par l'Algérie de «la Journée mondiale contre le travail des enfants constitue une occasion pour exprimer la disponibilité et l'attachement des hautes autorités de l'Etat, leur volonté permanente de lutter contre le travail des enfants et leur engagement à mettre nos enfants à l'abri des dangers et risques qui menacent leur intégrité physique et morale, à travers la lutte contre toute forme de violence et d'exploitation», a t-il affirmé. De son côté, le représentant en Algérie du Bureau de l'Organisation internationale du travail (OIT) a évoqué les efforts consentis au niveau international en matière de lutte contre la travail des enfants, saluant par la même occasion les efforts consentis par lAlgérie dans ce domaine.
Dessine-moi une galette...
Il a fait savoir que l'OIT a recensé en 2017 plus de 150 millions d'enfants travailleurs dans le monde dont 73 millions dans des travaux forcés et dangereux.
L'Organisation a choisi cette année le slogan «Génération, sécurité et santé», pour célébrer la Journée internationale contre le travail des enfants.
Dans ce même ordre d'idées, la Déléguée nationale à la protection de l'enfance, Meriem Chorfi, a estimé de son côté que l'Organe national de protection et de promotion de l'enfance recevait quotidiennement via le numéro vert «11-11» entre 3 et 4 signalements de cas d'exploitation économique des enfants. «L'Organe national de protection et de promotion de l'enfance transmet le signalement de cas d'exploitation au Service en milieu ouvert (SMO) relevant du ministère de la Solidarité nationale, constitué d'éducateurs, d'assistants sociaux, de psychologues et de juristes et en charge de la protection sociale des enfants au niveau local, en coordination avec les instances et les institutions concernées par l'enfance», a précisé la déléguée en ajoutant que l'organisation s'engage après confirmation de l'information, un suivi de la situation de l'enfant en danger en amenant la famille à prendre les mesures adéquates pour éloigner l'enfant du danger auquel il est exposé dans un délai fixé.
La situation actuelle des enfants «exploités» dans le monde du travail est loin de répondre aux standards de protection légale.
Un enfant va à... l'autoroute!
La gravité de la situation est illustrée quotidiennement sur les autoroutes et les marchés. Pour sa part, le président du Réseau national pour la défense des droits de l'enfant Nada, Abderrahmane Arar, a affirmé que70% des enfants exploités économiquement dans le marché parallèle exercent une activité commerciale en tant que vendeurs de légumes, de pain et ou de cigarettes.
Un sondage sur l'exploitation économique des enfants dans le marché parallèle entre 2017 et 2018 a révélé que «près de 70% des enfants exploités économiquement dans le marché parallèle exercent une activité commerciale en tant que vendeurs de légumes, de pain, d'articles scolaires et de cigarettes», a souligné le responsable en ajoutant, dans ce contexte que plus de 19% exercent une activité en rapport avec le domaine de la construction et 10% dans des activités de l'agriculture! On rappelle que ce sondage, qui a concerné cinq wilayas (Alger, Sétif, Tipasa, Tizi-Ouzou et Bordj Bou Arréridj) a démontré que 55% des enfants exploités économiquement dans le marché parallèle sont âgés entre 15 et 18 ans, 31% entre 11 et 14 ans et plus de 13% entre 6 et 10 ans.
Dans ce sillage, Arar a préconisé l'introduction d'amendements juridiques élargissant les missions de l'inspection du travail en matière de contrôle et d'inspection aux marchés parallèles en focalisant sur la prévention et la vigilance pour protéger les enfants exploités dans le marché parallèle. Aussi, le président de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (Forem), Mustapha Khiati, a affirmé, pour sa part, que les chiffres officiels relatifs au travail des enfants en Algérie sont loin de refléter la réalité, car ils n'englobent pas la catégorie des enfants activant dans un cadre informel comme les rues et les marchés anarchiques. «Des statistiques réelles sur le travail des enfants au niveau national exigent obligatoirement une coordination avec toutes les composantes de la société civile», a précisé Khiati en estimant que le taux (0,5%) avancé par le ministère du Travail, de l'Emploi et de la Sécurité sociale ne reflète pas la situation réelle du phénomène. La complexité de recenser les enfants travailleurs complique d'avantage la lutte contre ce phénomène!


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