Tôt le matin, les rues des villes et des villages étaient vides de ces ribambelles d'enfants et d'adolescents endimanchés. Sur le tableau de cette classe de village, un tableau écaillé et mal essuyé, on peut deviner que le texte de la veille portait sur l'addition. Prémonitoire était en fait la leçon, addition des problèmes et de malentendus entre les enseignants et leur tutelle. En Kabylie, tôt le matin, les rues des villes et des villages étaient veuves de ces ribambelles d'enfants et d'adolescents endimanchés. Les enfants ont préféré faire la grasse matinée, leurs enseignants, et ils le savent, ont massivement suivi le mot d'ordre de grève. De Tadmaït à Azazga et d'Azeffoun à Draâ El Mizan, c'est le même spectacle d'écoles fermées, que c'est triste une cour d'école sans enfants! Approchés, les responsables de wilaya du Cnapest et ceux de l'Unpef se félicitent du suivi du mot d'ordre de grève et affirment qu'«il n'est plus possible de faire marche arrière car les enseignants ne comprendraient pas ce recul». Et d'ajouter que les enseignants, ces parents pauvres de la Fonction publique, ont marre de patienter. «Vous savez, dira un de ces enseignants grévistes, les menaces de la tutelle ne nous font pas peur car on ne risque pas plus que ce que l'on vit avec des salaires de misère et une image ternie. La justice s'est prononcée certes sur ce cas mais il nous semble que la justice a examiné la lettre et non l'esprit!» Les responsables des syndicats autonomes de la wilaya ne se sont pas empêchés d'afficher une satisfaction certaine devant le suivi assez important de ce mouvement. Selon un membre du Cnapest: «Le mouvement est très bien suivi, à hauteur de 95%. Même les employés de la direction de l'éducation sont entrés en grève. Et que l'on ne dise pas cette fois-ci que le mouvement est suivi à 20% seulement, ce serait trop grossier.» Les parents d'élèves, quant à eux, sont perplexes. «Que veulent donc les enseignants?», dira ce parent qui affirme être excédé devant ces «grèves à répétition». Des enseignants lui expliquent: «Il s'agit d'une revendication sur le salaire justement, aujourd'hui on n'est pas en mesure de faire face aux besoins essentiels d'une famille...» Et notre parent de s'esclaffer: «Alors là je comprends et suis d'accord mais le ministère doit discuter avec ces syndicats afin de trouver un terrain d'entente, car en dernier ressort ce sont nos enfants qui paient la facture.» De guerre lasse, le syndicaliste hausse les épaules comme pour dire «hélas c'est là où les Athéniens s'atteignirent!». Ainsi, les écoles, collèges et lycées de Kabylie, peu soucieux du respect de la décision de justice rendue avant-hier, ont massivement suivi le mot d'ordre de grève de la coordination syndicale. Cette dernière devait se réunir d'ailleurs, hier après-midi, à Alger pour tirer le bilan de cette première journée de protestation. Les enseignants, syndiqués ou non, affirment que «cette fois-ci le mouvement sera très bien suivi car notre patience est à bout». Rappelons que les enseignants protestataires demandent une révision à la hausse du salaire, la retraite à 100% et aussi le libre exercice des activités syndicales.