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Mikati entreprend de former un nouveau gouvernement
Crise au Liban
Publié dans L'Expression le 29 - 07 - 2021

Le nouveau Premier ministre libanais désigné, Najib Mikati, a entamé, hier, des consultations avec les principaux blocs parlementaires en vue de former un gouvernement, longtemps attendu dans un pays qui s'enfonce dans une crise sans fin. Avec une fortune estimée à 2,7 milliards de dollars selon le magazine Forbes, M. Mikati, un homme d'affaires de 65 ans, est perçu par beaucoup dans son pays comme l'un des symboles d'un pouvoir accusé de corruption et de népotisme et est soupçonné d'enrichissement illicite. Le Liban, en plein naufrage économique, est géré depuis près d'un an par un gouvernement intérimaire qui se charge uniquement des affaires courantes. Il s'agit du gouvernement de Hassan Diab qui avait démissionné dans la foulée de l'explosion gigantesque au port de Beyrouth en août dernier - ayant tué plus de 200 personnes et alimenté la colère de la rue contre la classe dirigeante. Le vide institutionnel entrave tout éventuel plan de sauvetage financier pour le Liban, qui a fait défaut sur sa dette en mars 2020 et a depuis sombré dans ce que la Banque mondiale qualifie d'une des crises les plus graves au monde depuis le milieu du XIXe siècle.
Najib Mikati, déjà deux fois Premier ministre, a été désigné lundi, quelques jours après la récusation de Saad Hariri. Dans une interview avec le quotidien libanais An-Nahar, il a promis de former une équipe «purement ''technique''», loin des considérations politiques ou politiciennes traditionnelles. Mais la désignation de M. Mikati, homme le plus fortuné du Liban et originaire de la ville de Tripoli, l'une des plus pauvres du pays, suscite le scepticisme général. En 2019, il a fait l'objet de l'ouverture d'une enquête pour «enrichissement illicite» dans le sillage du mouvement de contestation inédit contre la classe dirigeante. «Comment pourrai-je faire confiance à un voleur qui m'a volé et volé l'avenir de mes enfants?», a lancé lundi Mohamad Dib, un habitant
de Beyrouth âgé de 57 ans, après la désignation de
M. Mikati. «Tant que cette caste est toujours au pouvoir, rien ne changera.» Il s'agit depuis fin août 2020 du troisième Premier ministre désigné pour former un gouvernement de «mission» réclamé à l'international, notamment par la France, qui a proposé l'an dernier un plan de réforme économique et de lutte anti-corruption en contrepartie du déblocage d'une aide financière cruciale. Lundi, Najib Mikati avait affirmé que la mise en oeuvre de l'«initiative française» constituerait l'une des principales «priorités» du prochain cabinet. Paris a affirmé «prendre note» de la désignation de M. Mikati soulignant que «l'urgence est désormais de former un gouvernement compétent et capable de mettre en oeuvre les réformes indispensables au relèvement» du Liban. Les réunions, hier, avec les blocs parlementaires constituent une démarche officielle après la désignation d'un nouveau Premier ministre, mais les vraies tractations entre les partis au pouvoir n'ont toujours pas commencé. S'il réussit là où ses deux
prédécesseurs ont échoué, M. Mikati devra conduire le pays vers les élections législatives prévues l'an prochain.
Dans une de ses premières déclarations, M. Mikati a abordé les pénuries de courant ayant plongé le pays dans l'obscurité et paralysé davantage une économie aux abois. L'Electricité du Liban, symbole de la défaillance des services publics, ne peut aujourd'hui fournir qu'une poignée d'heures de courant par jour et peine à s'approvisionner en carburant, faute d'argent. Sa réforme fait partie des demandes pressantes de la communauté internationale dans le cadre d'un vaste programme d'aide. Mais la classe dirigeante n'a jusqu'ici mis en oeuvre aucune des réformes réclamées. L'échec du gouvernement à engager de sérieuses négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) a également entravé le renflouement financier d'un Etat en faillite.
En attendant, le FMI devrait verser environ 900 millions de dollars au Liban sous forme d'allocations de droits de tirages spéciaux (DTS) visant à aider les Etats membres à augmenter leurs liquidités en devises étrangères. Certains observateurs craignent que ce montant ne soit détourné par la classe dirigeante. Selon le quotidien libanais Al-Akhbar, Najib Mikati chercherait toutefois à exploiter cette aide pour construire de nouvelles centrales électriques et augmenter la production électrique.


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