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Questions majeures pour l'Algérie nouvelle
Devoir de mémoire, devoir d'Histoire et devoir d'anticipation
Publié dans L'Expression le 08 - 05 - 2022

Quelles étapes le pays a-t-il franchies depuis un siècle pour passer de la soumission forcée à la délivrance? Comment une conscience nouvelle a-t-elle pris forme en vue de l'indépendance? Quelles ont été les routes parcourues pour édifier un Etat? À quoi l'Algérie a-t-elle abouti en 2022? Et où va -t-elle? Sans prétendre faire tenir dans un écrit de presse un siècle entier de vie nationale intense (1919-2022) qui inclut les six décennies d'indépendance, la présente contribution a pour objet de jeter succinctement un peu de clarté sur des faits importants dont l'oubli ou l'ignorance sont de nature à faciliter, en ces temps difficiles, l'exploitation d'une colère à fleur de peau susceptible d'être évacuée à tout moment dans l'espace public.
Sans remonter au courant assimilationniste des «Jeunes Algériens» ou «Evolués» apparu en 1892, ni à celui, traditionnaliste, des «Vieux -Turbans» ou «Vieux-Croyants» farouchement attachés à l'islam, on peut constater que tout s'est emballé à partir de 1919, lorsque l'Emir Khaled, petit-fils de l'Emir Abdelkader, saisit l'occasion de la Conférence de la paix réunissant à Versailles les vainqueurs de la Première Guerre mondiale (1914-1918), pour présenter à l'un des participants, le président américain Wilson qui avait évoqué dans une «Déclaration en 14 points» faite le 8 janvier 1918 la question coloniale, une requête stigmatisant le colonialisme français en Algérie. Dans le sillage de cette initiative, un autre Algérien, membre du Parti communiste français (créé en 1920) et de l'Union intercoloniale (fondée en 1921), Hadj Ali Abdelkader (1883-1957), créa en 1926 à Paris, une association dénommée l'Etoile Nord-Africaine (ENA). Cette association sera prise en main l'année suivante par une dizaine d'activistes conduits par Messali Hadj (1898-1974). Ils lui insuffleront une orientation carrément politique pour l'indépendance de l'Algérie. Interdite par les autorités coloniales en 1937, l'ENA se transformera aussitôt en parti politique: le Parti du Peuple Algérien (P.P.A). Suivant son exemple, mais plus accommodants, trois autres mouvements contestataires font leur apparition dès 1930: la Fédération des Elus du Département de Constantine (FEDC, 1930) avec le docteur Mohamed Salah Bendjelloul (1893-1985), l'Association des Oulamas Musulmans Algériens (1931) du cheikh Abdelhamid Ben Badis (1889-1940) et le parti de l'Union Populaire Algérienne (UPA, 1938) de Ferhat Abbas (1899-1985).
Les germes de la désagrégation
En une vingtaine d'années (1919-1938), une avant-garde organisée, active, plus ou moins radicale, entre ainsi en scène face au système colonial qu'elle poussera dans ses derniers retranchements. Celui-ci réagira avec une extrême violence en mai 1945 par le massacre de 45 000 Algériens à Sétif, Kherrata et Guelma. Suspectés d'être à l'origine de la marche populaire du 8 mai qui servit de prétexte au déclenchement de la répression, le PPA et l'UPA durent se reconstituer en 1946 sous de nouveaux sigles: MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques) pour le premier, et UDMA (Union Démocratique du Manifeste Algérien) pour la seconde. Une conscience nouvelle prend alors définitivement forme. Les Algériens ont compris que le système colonial en vigueur depuis
116 ans (1830-1946) portait en germes les causes structurelles de sa désagrégation qui, tôt ou tard, interviendra fatalement. C'est finalement ce qui s'est produit au cours d'une ultime étape qui fut celle de la radicalisation, avec quatre événements marquants: 1- en 1947 eut lieu la création de l'OS (Organisation Spéciale) par le Comité central du MTLD réuni à Zeddine (Aïn Defla); 2- en 1954 eurent lieu la fondation du FLN (Front de Libération Nationale) et le déclenchement de la guerre de libération;3- entre 1954 et 1962 eurent lieu la guerre de libération conduite par le duo FLN- ALN et le congrès de la Soummam (1956); 4- en 1962 eurent lieu la signature des accords d'Evian, le cessez-le-feu et la proclamation de l'indépendance. Au total, il aura fallu près de quatre décennies (1926-1962) d'organisation effective (inconnue jusqu'alors), de préparation méthodique des esprits (tout aussi inédite), de mobilisation à grande échelle et d'épreuves inouïes pour venir à bout du système colonial. En 1962, le pays sortait exsangue d'une guerre atroce. Tout était à l'arrêt, désorganisé, détruit.
«Dans ces conditions exceptionnelles, dans cette Algérie au bord du gouffre, écrit un observateur de l'époque, R. Dumont, le pire guetté par les uns, redouté par les autres, le pire ne s'est pas produit...C'est que de ce peuple démuni sont sortis une énergie et des hommes qui ont su développer une expérience politique originale. De cette expérience sont nés (...) un Etat, une économie et de nouveaux rapports sociaux. Le peuple algérien a pu survivre d'abord et aborder ensuite l'étape de la transformation de son économie et de son développement.» Un tel «prodige» s'est produit grâce à la mobilisation et à l'enthousiasme populaires, ainsi qu'à deux instruments essentiels: 1- un instrument politique, le FLN; 2- un instrument militaire, l'ALN. L'un et l'autre ont mis les Algériens, dès 1954, dans un état d'esprit qui les prédisposait à braver l'épreuve du passage définitif du statut de l'indigénat à celui de membres d'une communauté indépendante. D'entrée de jeu, le premier a tracé trois objectifs: 1- déclencher la révolution (1954);
2- organiser la lutte et mobiliser les masses (1956); 3- définir le contenu social de cette révolution (1959 et 1962). À ce propos l'organe d'information du FLN, El Moudjahid du 1er décembre 1959 écrit: «les aspirations des masses (...) ont dépassé le stade de la simple revendication de l'indépendance (...). Le pouvoir au peuple, la terre aux paysans, la liquidation de l'économie coloniale et l'édification d'une économie nationale indépendante, la destruction des survivances de l'époque médiévale et féodale, tels sont quelques-uns des objectifs qui retiennent d'ores et déjà la faveur du peuple algérien et dont la réalisation donnera son contenu à la révolution démocratique».
D'Evian à Tripoli
Ces contenus seront d'ailleurs formulés officiellement en juin 1962 dans le Programme de Tripoli approuvé à l'unanimité par le Cnra (Conseil National de la Révolution Algérienne). Quant à l'ALN, elle s'attela au travail d'organisation et de modernisation de ses structures, en parallèle avec la lutte armée. Etant donné sa composante éminemment populaire, elle décida également d'endosser ledit programme et de se considérer comme partie prenante dans sa mise en oeuvre en tant qu'ANP (Armée Nationale Populaire), son nouveau sigle adopté en 1962. À l'avènement de l'indépendance, une nouvelle problématique, bien différente de celle de 1954, allait ainsi se poser avec ses enjeux et ses épreuves.
Cette problématique concernait la nature du système politique devant servir de cadre à la mise en oeuvre du projet social décidé à Tripoli. Pour le GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne) encore en place au lendemain du cessez- le -feu signé le 19 mars 1962 à Evian, l'approche la mieux indiquée ne pouvait être que «légaliste». Cela consistait à établir le pouvoir nouveau selon un processus démocratique de type classique. Qu'une telle approche apparaisse en contradiction avec l'esprit même du Programme de Tripoli d'orientation socialiste et d'inspiration monopartite, ou bien qu'elle soit chimérique dans une société démunie et majoritairement analphabète, ne semblait pas inquiéter outre mesure ses partisans entièrement absorbés dans les joutes politiciennes du moment. En revanche, pour les radicaux dont les figures de proue étaient Ben Bella et Boumédiene, une alternative à la logique révolutionnaire était tout simplement inconcevable comme ce fut le cas en 1954. Voilà, grosso-modo, comment s'est produit en 1962 le clivage au sein des instances de l'Algérie combattante entre, d'un côté, le groupe dit de Tlemcen avec Ben Bella, ses partisans et l'Etat- major de l'armée et, d'un autre côté, le groupe dit de Tizi Ouzou avec Krim, Boudiaf et leurs amis. D'un côté, la construction de l'Etat devra précéder l'établissement de la démocratie; de l'autre côté, les deux chantiers pourront être ouverts en concomitance.
Pragmatique et soucieuse sans doute d'éviter au pays le gaspillage d'un temps précieux dans des palabres sans fin, dans les jeux politiciens et dans le choc des ambitions personnelles, l'armée pesa de tout son poids pour arbitrer en faveur de l'approche révolutionnaire endossée par le Bureau politique du FLN et par Ben Bella. Après une courte transition que ce dernier assuma à la tête du pays (1962-1965), et alors que le FLN historique a fini par se disloquer avec la démission en avril 1963 de son secrétaire général, Mohamed Kheider, auquel la façon de faire du président déplaisait, Boumediene alors chef incontesté de l'institution militaire, s'empara du pouvoir le 19 juin 1965. Il mit en place un Conseil de la révolution et adopta aussitôt une démarche qui a consisté à faire preuve d'autorité pour poser les règles et les codes de l'Etat naissant. Il estimait, en effet, qu'il fallait mettre chacun à sa place dans une société qui n'avait connu pendant des siècles rien d'autre que l'émiettement, le tribalisme et le nomadisme. Une société qui était encore bien loin des enjeux théoriques et de l'effervescence intellec tuelle qui ont été au fondement du système démocratique contemporain. Aussi, seule une action résolument volontariste lui paraissait de nature à favoriser l'édification de l'Etat et la construction de l'économie nationale sur la base des principes posés dans le Programme de Tripoli, inspiré lui-même de toute la littérature du Mouvement national apparu dans le courant des années 1920.
Les avancées de l'Algérie indépendante
Dans cette optique, et malgré les déconvenues caractéristiques de toutes les oeuvres humaines, l'Algérie a enregistré des avancées considérables qui en ont fait un modèle de développement dans le Tiers-Monde, suscitant l'attention des observateurs et des chercheurs du monde entier. Mais après la mort de Boumediene en 1978, un essoufflement s'est produit qui s'est traduit par une altération sensible du projet idéal au vu des circonstances dans lesquelles il avait été conçu.
Dès 1989, un projet de substitution voit alors le jour dans le cadre de la Constitution du 23 février, sous la pression des évènements d'octobre 1988. Mais ce projet d'inspiration libérale a été conçu dans la précipitation en opposition radicale avec le Programme de Tripoli (1962), lequel avait été entériné par la charte d'Alger (1964), puis la Charte nationale (1976).
D'entrée de jeu, la brusquerie qui a caractérisé sa mise en oeuvre a donné lieu à toute une série d'imperfections qui ont combiné leurs effets pour générer une crise gravissime ayant ébranlé tragiquement la société au cours de la décennie 1990. Les tentatives d'en atténuer principalement l'impact social et politique faites avec beaucoup d'entrain et un relatif succès dans le courant de la décennie 2000, n'ont pas permis d'endiguer un affaissement rendu inévitable par une dérive oligarchique intervenue dans l'entourage du président Bouteflika gravement affaibli par la maladie. Il en a résulté naturellement une attitude négative des Algériens à l'égard du pouvoir. Cette attitude ira crescendo jusqu'à sa métamorphose en mouvement contestataire massif en février 2019.
Fin mars, l'armée prend ouvertement position aux côtés du peuple, astreignant ainsi le président Bouteflika à la démission en date du 2 avril 2019. Tout se termine dans la confusion et les convulsions de manifestations populaires générales.
Une époque nouvelle s'esquisse
C'est la fin d'une époque. Une page se tourne. Une époque nouvelle s'esquisse où l'Etat est confronté à une mentalité, des problématiques et des contraintes déconcertantes qui remettent carrément en question la façon de faire de ses multiples acteurs et appareils. À maints égards, leurs approches et leurs méthodes sont à bout de souffle. Elles ne correspondent plus aux besoins et aux attentes du présent et aux enjeux du futur dans un monde en mutations rapides.
C'est dire que l'étape actuelle a vocation à être celle de la réponse à une quatrième question cruciale qui vient après celles que le pays a eu à se poser depuis 1962. En effet, il s'agissait de savoir à l'indépendance: 1- comment fonder un Etat et poser les bases d'une économie à caractère national?; puis en 1989: 2-comment adapter l'Algérie à la politique planétaire apparue après la fin de la guerre froide?; enfin, en 1999: 3- comment réconcilier les Algériens et effacer les stigmates de la tragédie nationale des années 1990?
Aujourd'hui, le propos et la problématique concernent à l'évidence le fonctionnement de l'Etat et de la société dans ses composantes organisationnelles, administratives, économiques, culturelles, et aussi éthiques. Cela concerne donc l'avenir ou comment renouer avec les normes et les règles de comportement qui cadrent la bonne gestion et la performance. Comment retrouver et utiliser les savoirs et les savoir-faire relatifs à la conduite d'une réforme? Comment venir à bout de la résistance des appareils administratifs, des appareils partisans et autres à l'innovation? Comment faire retrouver aux agents publics le chemin de la rationalité et de la déontologie? Comment fédérer les énergies? Autant de sujets importants pour un débat largement ouvert, articulé sur l'anticipation du Centenaire de l'indépendance de l'Algérie (2062) dans quatre décennies à peine. Quelle Algérie laisserons - nous aux enfants qui vont naître en 2022 et à ceux qui vont entrer pour la première fois à l'école en ce 60ème anniversaire de l'indépendance? Question majeure dont le traitement est à entamer dès aujourd'hui.


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