Les appels à l'arrêt des violences se sont succédés vendredi au Sénégal et à l'étranger après un déchaînement qui a poussé les autorités à déployer l'armée à Dakar, et qui fait craindre un embrasement en cas d'arrestation de l'opposant Ousmane Sonko, candidat à la présidentielle de 2024, condamné à de la prison ferme. Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres condamne la violence et «exhorte tous les acteurs à (...) la retenue», a dit un porte-parole. Langage similaire de la part de la France, aux relations fortes avec le Sénégal et «extrêmement préoccupée»: Paris appelle «à cesser les violences et à résoudre cette crise, dans le respect de la longue tradition démocratique du Sénégal». La Communauté des Etats ouest-africains (Cédéao) a fait part de son «inquiétude» et appelé toutes les parties à «défendre la réputation louable du pays en tant que bastion de paix et de stabilité». Le Sénégal, réputé comme un rare îlot de stabilité en Afrique de l'Ouest, sans être exempt de troubles en période préélectorale, a connu jeudi l'une de ses pires journées de contestation depuis des années avec la mort de neuf personnes selon le ministère de l'Intérieur. Ces violences font suite à la condamnation d'Ousmane Sonko à deux ans de prison ferme dans une affaire de moeurs contestée par le concerné et ses partisans qui y voient un complot du pouvoir pour l'écarter de l'élection présidentielle. Des heurts épars ont encore été signalés vendredi dans la capitale et en Casamance. Des affrontements se sont également déroulés à Cap Skirring, une station balnéaire de Casamance, faisant un dixième mort lors de l'attaque d'une caserne de gendarmerie par des manifestants, a indiqué le porte-parole du gouvernement à la télévision TFM. La tension est restée élevée toute la journée, dans l'incertitude sur l'arrestation du plus farouche adversaire du président Macky Sall. Les autorités ont déployé des soldats en treillis et armes de guerre à Dakar, capitale quasiment paralysée, avec notamment deux blindés sur la place de l'Indépendance, à cinq minutes à pied du palais présidentiel. Depuis, une trentaine de civils ont été tués dans des troubles largement liés à la situation de Sonko. Le pouvoir et le camp de l'opposant s'en rejettent mutuellement la faute. Acquitté jeudi des charges de viols et menaces de mort contre une employée d'un salon de beauté où il allait se faire masser entre 2020 et 2021, Sonko a en revanche été condamné jeudi à deux ans de prison ferme pour avoir poussé à la «débauche» cette jeune femme de moins de 21 ans. La condamnation paraît, au vu du code électoral, entraîner l'inéligibilité de Sonko, personnalité anti-système populaire parmi les jeunes et dans les milieux modestes en quête d'espoir et de changement dans un contexte économique éprouvant. Sonko n'a cessé de nier les accusations, dénonçant une machination pour l'écarter de la présidentielle, ce que le pouvoir réfute. Sonko peut désormais être arrêté «à tout moment», a dit le ministre de la Justice Ismaïla Madior Fall. Sonko est bloqué, «séquestré» dit-il, chez lui dans la capitale par des forces de sécurité qui empêchent par la force quiconque de l'approcher. La perspective de son arrestation alarme des Dakarois.»S'il y a une personne qui n'ira jamais en prison au Sénégal, c'est bien Ousmane Sonko. S'ils le défèrent, ils vont aggraver la situation», abondait Alioune Diop, commerçant de 46 ans. La star mondiale de foot Sadio Mané et le khalife général de Médina Baye, Serigne Mahi Ibrahim Niass, éminent dignitaire religieux, ont appelé à la paix. La réponse sécuritaire des autorités leur a attiré les critiques. Amnesty International les a pressées de cesser les «arrestations arbitraires» et de lever les restrictions d'accès aux réseaux sociaux. «Les violences socio-politiques ne doivent pas être prétexte à restreindre le droit d'informer», s'est émue l'ONG Reporters sans frontières.