Selon le bulletin de presse du Vatican, n° 208, publié le lundi 16 mars 2026, le pape Léon XIV visitera quatre pays d'Afrique : l'Algérie du 13 au 15 avril 2026, le Cameroun du 15 au 18 avril, l'Angola du 18 au 21 avril et en Guinée Equatoriale du 21 au 23 avril, et ce, afin de poursuivre le dialogue et tisser des liens entre les mondes chrétiens, musulmans et les autres religions. A ces eux religions dominantes, nous avons les religions traditionnelles, bien que minoritaires en tant que pratique exclusive (moins de 5-10% déclarés), les croyances ancestrales (animisme, culte des ancêtres) qui restent très vivaces et syncrétiques, souvent pratiquées simultanément avec le christianisme ou l'islam. 3. Relations entre les systèmes religieux en Afrique et la gouvernance : des relations complexes Le lien entre la religion catholique et le système politique est complexe, évoluant d'une union historique (chrétienté) vers une distinction des sphères, tout en maintenant une influence éthique et sociale. L'Eglise catholique s'implique dans la sphère politique pour défendre des valeurs (vie, famille, justice) et le bien commun, en influençant le débat public, mais dans la majorité des pays de l'Occident y compris la Russie-Chine existent une séparation entre la religion et l'Etat -la religion en Israël exerce une influence majeure et structurante, bien que la société soit profondément divisée entre laïcs (environ 40-50 %) et religieux, façonnant la politique, le droit personnel, le shabbat, et le caractère «juif» de l'Etat, provoquant des tensions continues entre valeurs démocratiques et exigences théocratiques. Pour le monde musulman chiite, le système politique, intègre une structure cléricale forte (oulémas, ayatollahs) qui guide la communauté et joue un rôle actif dans l'Etat comme en Iran. Pour le monde musulman sunnite dominant, nous avons le wahhabisme (ou salafisme,) et les Frères qui influencent fortement les systèmes politiques sunnites via deux vecteurs différents : ainsi, le wahhabisme via une influence théologique rigoriste est financée par l'Arabie saoudite, et les Frères musulmans via un activisme politique et social fiancé par le Qatar leur financement repose sur des dons locaux, des revenus immobiliers et, selon certaines sources, des subventions indirectes, ces mouvement cherchant à structurer son influence via des mosquées et des écoles via les systèmes politiques. Le wahhabisme, doctrine rigoriste née au XVIIIe siècle, s'oppose frontalement aux zaouias (confréries soufies), qu'il considère comme hérétiques et proches de l'idolâtrie (chirk). Cette opposition se traduit par la destruction de mausolées, le rejet du culte des saints et une volonté d'éradiquer la spiritualité soufie. Les relations entre les Frères musulmans et les zaouïas (confréries soufies) sont généralement conflictuelles et marquées par une opposition doctrinale profonde, bien que des alliances tactiques existent. Les Frères musulmans prônent un islam politique réformiste et littéraliste, considérant souvent les pratiques des zaouïas (soufisme, intercession) comme des innovations blâmables Concernant les zaouïas, centres névralgiques du soufisme, elles jouent un rôle multifonctionnel crucial dans le monde musulman. Elles structurent la vie religieuse par l'enseignement et le dhikr (invocation), agissent comme des pôles sociaux de solidarité (accueil, éducation), et consolident l'identité culturelle et politique, agissant souvent comme un régulateur social et un rempart pour l'Islam tolérant Ainsi La Tidjaniya fondée en 1781 une confrérie soufie, étant un centres spirituel et éducatif très influente particulièrement en Afrique de l'Ouest (Sénégal, Nigeria, Mali, Niger, Mauritanie), comptant des millions d'adeptes. Elle exerçant une influence significative comme réseau spirituel transnational, favorisant la paix et la cohésion sociale , tout en servant d'intermédiaire dans la diplomatie et l'économie. 4.-Quels messages du pape au monde à partir de l'Afrique ? Il vient de faire une déclaration récente en référence à ce qui se passe au Moyen-Orient, notamment du conflit USA-Israël versus Iran, sans oublier le drame au Soudan ? Dans une déclaration récente juste avant sa tournée en Afrique, le pape a tenu à condamner fermement la guerre, qualifiant les récents conflits, notamment au Moyen-Orient et en Iran, d'injustes, inacceptables et contraires au droit international. Il affirme que « Dieu ne bénit aucun conflit » et appelle à cesser la violence, rejetant toute justification religieuse de la guerre et prônant le dialogue. Aussi, lors de ces visites, en ces moments de hautes tensions au Moyen-Orient, berceau des religions, le Pape Léon XIV lancera certainement un appel aux gouvernants, aux représentants de la société civile, et des organisations internationales en faveur d'un engagement renouvelé de coopération régionale et de solidarité face aux nouveaux défis, notamment du changement climatique, des disparités socio-économiques et la sécurité tant régionale que mondiale. Face à un monde qui connaît un bouleversement sans précédent, super-médiatisé, avec le développement des réseaux sociaux de l'intelligence artificielle, qui prendra de plus en plus d'importance, les messages du pape seront axés pour une nouvelle ère de coopération, fondée sur les valeurs communes de paix, de stabilité et de prospérité commune et d'engager un dialogue sur la manière de construire collectivement un monde plus résilient et plus prospère. Contrairement aux discours extrémistes haineux, le conflit actuel au Moyen-Orient n'est pas une confrontation entre la vision judéo-chrétienne et celle arabo-musulmane du monde. L'histoire millénaire a montré que la symbiose des apports du monde musulman et de l'Occident-Islam, Judaïsme et Christianisme et toutes les autres religions comme le Bouddhisme, pour ne citer que ces grandes religions ont favorisé le dialogue des cultures à travers la tolérance. Comme je l'ai souvent rappelé, dans plusieurs contributions nationales et internationales depuis plus de deux décennies, point de vue partagé par bon nombre d'amis de toutes les tendances, épris de paix et de tolérance, musulmans, chrétiens, juifs, nous dévons combattre le racisme sous toutes ses formes que ce soit la religion, la race, le sexe et tolérer ceux qui ne croient. C'est que l'histoire montre qu' aucune civilisation n'est supérieure à l'autre, chaque pays devant concilier son authenticité et la modernité En bref, au moment où ce sont les rapports de force qui tendent à façonner les relations internationales s'impose le dialogue productif, devant accepter les différences et valoriser la diversité comme une richesse, plutôt que de chercher l'homogénéisation évitant les confrontations pendant durant des siècles, que parce que les extrémismes ont prévalu dans un environnement fait de suspicion et d'exclusion. Or, connaître l'Autre, c'est aller vers lui, c'est le comprendre, mieux le connaître et ce afin de favoriser le dialogue des religions et des civilisations. Il s'agit là de l'unique voie que doivent emprunter les dirigeants de ce monde afin de transcender leurs différends afin de trouver les raisons de vivre harmonieusement ensemble et de construire, toujours ensemble, le monde de demain. Et c'est dans ce cadre que s'inscrit la visite du pape Léon XIV en Afrique. Professeur des Universités Abderrahmane Mebtoul